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Le noyau des vérités
Les sagesses incomparables
Avertissement
Voila un moment que mon cher oncle Badî‘ az-Zamân, n’aborde plus les questions, quelles qu’elles soient, guidé par l'intellect : il les aborde guidé par le cœur. Il me dictait ce qui se présentait à son cœur, affirmant que « la science est ce qui s’établit dans le cœur. Si elle ne s’établit qu’en l’intellect, elle ne t’appartient pas. » Et il disait : « Ces questions ne sont pas seulement des règles scientifiques, mais des fondements de certaines lois du cœur que je perçois par voie d’intuition. » Et il m’a fait un jour la recommandation suivante : « Sélectionne les enseignements qui se présentent à mon cœur, selon ton goût. »
J’ai ainsi glané les paragraphes suivants des enseignements qu’il nous a légués :
Goutte de lumière de la connaissance du Très-Haut.
Manifestations de la miraculeuse inimitabilité à travers la concision.
Les inspirations
Rayons de connaissance du Prophète, que la prière et la paix l’accompagnent.
Symboles.
Les visions
Les jugements.
Les indications.
‘Abd ar-Rahmân
Matba ‘a al-awqâf al-islâmiyya, Istanbul, premier tirage, 1918.
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اَلْحَمْدُ ِللهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ وَالصَّلاَةُ وَالسَّلاَمُ عَلٰى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَعَلٰۤى اٰلِهِ وَصَحْبِهِ اَجْمَعِينَ
« Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ! »
Louange à Dieu, Seigneur des mondes. Que la prière et le Salut soient adressés à notre souverain maitre Muhammad, ainsi qu’à sa famille et à l’ensemble de ses compagnons.
Une époque malade, une substance souffrante et un membre malade : ce qu’il convient de prescrire en remède à son mal est de se conformer au Coran.
Un continent vaste et aux contours immenses… dans un état déplorable ; une nation illustre et à la gloire ancestrale… dans une piètre condition ; une communauté noble, d’une valeur insigne… sans dirigeant. Ce qu’il convient de prescrire en remède à son mal est l’unité islamique.
Celui qui n’a pas la poigne suffisante pour porter la terre et l’ensemble des étoiles et des soleils, et pour les mouvoir comme les graines d’un chapelet ne saurait prétendre à la création et à l’existentiation. Car tout est lié à tout.
Donner vie à l’ensemble des êtres animés au jour du rassemblement ne pèse pas davantage à la puissance divine que de donner vie à un insecte et de le réanimer après une hivernation comparable à la mort. Parce que la toute-puissance divine est intrinsèque : elle n’est pas contingente ; elle ne peut être affectée par l’impuissance ; elle ne peut être soumise à des événements la limitant ; elle n’est absolument pas relative et toute chose lui est d’une égale facilité.
Celui qui a créé l’œil du moustique est aussi celui qui a créé le soleil.
Celui qui a donné sa conformation à l’estomac de la puce est aussi celui qui a ordonné le mouvement du soleil.
Il y a dans la disposition de l’univers un prodige éblouissant. Car si l’on supposait – ce qui est impossible – que toutes les causes secondes de la nature étaient agissantes et dotées de libre arbitre, elles se prosterneraient toutes – dans leur parfaite impuissance - et elles diraient : سُبْحَانَكَ لاَ قُدْرَةَ لَنَاۤ اِنَّكَ اَنْتَ الْعَزِيزُ الْحَكِيمُ « Gloire à Toi… Nous ne pouvons rien…C’est Toi qui es le Puissant, le Sage. »
Les causes secondes n’ont pas d’effet réel. C’est ce qu’impliquent l’unité et la majesté. Mais les causes constituent un voile entre les mains de la toute-puissance du côté du royaume. C’est ce qu’impliquent la gloire et l’immensité. Il en va ainsi afin qu’on ne voit pas, en apparence, la main de la toute-puissance directement agissante sur les faits méprisables du côté du royaume.
Le côté du royaume céleste, qui est le lieu du lien entre la puissance et l’ensemble des choses, est transparent et transcendant.
Le monde manifesté est un voile bigarré jeté sur les mondes invisibles.
Pour créer un point à sa juste place, il faut une puissance absolue capable de créer tout l’univers. Parce que chaque lettre du livre de l’univers – en particulier les êtres vivants – ont un visage qui regarde toutes les phrases du livre et ont un œil braqué sur elles.
Il est une anecdote célèbre qui raconte que des gens guettaient une nuit la nouvelle lune annonçant l’Aïd. Personne ne la vit à part un vieillard. Celui-ci jurait être sûr de lui-même. Mais on découvrit bientôt qu’il n’avait pas vu le croissant de lune, mais simplement un poil incurvé qui pendait de ses sourcils ! Ce poil a-t-il une commune mesure avec la lune ? Et le mouvement des atomes a-t-il rien de commun avec celui qui agit sur la création de la variété des choses.
La nature est une impression fidèle d’un modèle, non une imprimante ; elle est une gravure, non un graveur ; elle est passive, non active ; elle est un récipient, non une source ; elle est un ordre, non un organisateur ; elle est une loi, non une puissance ; et elle est la manifestation d’une volonté, non une vérité extérieure.
L’attraction et l’attirance inscrites dans l’être – lesquelles sont une disposition naturelle dotée de ressentis – procèdent d’une attirance véritable extrêmement forte.
La disposition naturelle ne ment pas. Car la graine est encline à pousser. Si elle déclare : « Je vais germer, je vais produire des fruits », elle dit vrai. L’œuf est enclin à faire éclore la vie. S’il déclare : « Je serais un poussin », par la permission de Dieu, il dit vrai. Si une eau gèle dans un récipient et dit : « Je vais occuper un espace plus grand », le fer ne peut l’en empêcher, malgré sa solidité. La véracité de son propos fait éclater le fer. Cette inclination n’est autre que la manifestation des ordres cosmiques procédant de la volonté divine.
La toute-puissance prééternelle, qui ne laisse pas une fourmi sans dirigeant et pas une abeille sans reine, ne laisse pas non plus l’être humain sans prophète. De même que la scission de la lune a constitué le miracle de Muhammad à l’attention des hommes dans le monde de la manifestation, ainsi son ascension a constitué son miracle à l’attention des anges et des êtres spirituels dans le monde du royaume céleste. Sa faveur en tant que prophète a été établie par ce miracle éblouissant. Sa personnalité lumineuse était comme la flamme vive, comme l’éclair ou comme la pleine lune dans le monde du royaume céleste.
Les deux propositions de la profession de foi attestent l’une de l’autre. La première est une preuve déductive de la seconde et la seconde une preuve inductive de la première.
La vie est une forme de manifestation de l’unité dans la multiplicité. C’est pourquoi elle pousse à l’unification. Ainsi, la vie fait-elle qu’une chose unique possède toute chose.
L’esprit est une loi à l’existence extérieure et un code doté de sens. Il vient du monde de l’ordre et de l’attribut de volonté, comme les lois naturelles établies et permanentes. La puissance l’a revêtu d’une existence sensible et elle a fait d’un fluide subtil un écrin pour cette perle. L’esprit existant est le frère de la loi intelligible. Les deux sont permanents et les deux proviennent du monde de l’ordre. Et si la puissance prééternelle revêtait les lois des variétés d’une existence extérieure, elles deviendraient esprit ; et si l’esprit abandonnait sa perception sensible, elle deviendrait une loi qui ne meurt pas non plus.
Les créatures ne sont visibles que grâce à la lumière. Et l’existence des créatures n’est connue que par la vie. Chacune de ces deux réalités est un révélateur.
Le christianisme rendra les armes et se ralliera à l’islam, que ce soit par extinction ou par élection. Le monde chrétien s’est déjà déchiré à plusieurs reprises et a donné naissance au protestantisme. Puis le protestantisme s’est déchiré est s’est rapproché de l’unicité. Et il s’apprête à se déchirer de nouveau. Soit il s’éteindra et viendra à son terme, soit il trouvera en les vérités islamiques unifiantes les fondements du vrai christianisme et de ses bases, et il se ralliera. L’envoyé de Dieu, que la prière et la paix l’accompagnent, a fait allusion à ce fait quand il a dit : ‘Jésus, que la paix l’accompagne, viendra ; il s’inclura à ma communauté et œuvrera selon ma voie légale (Sharî‘a).’
Ce qui conduit la plupart des gens à suivre et à se conformer aux ordres est la douceur de sacralité qu’ils trouvent en la source. Cette sacralité est ce qui pousse la plupart des gens à se conformer, plus que le pouvoir des argumentations et des probantes explications.
Quatre-vingt-dix pour cent de la voie légale – c'est-à-dire les vérités intangibles et établies avec certitude – constituent autant de piliers de diamant. Quant aux questions discutées par les savants, elles ne représentent que dix pour cent de la voie légale. Or quatre-vingt-dix piliers de diamant ne doivent pas être sous l’égide de dix piliers d’or. Aussi, les livres de jurisprudence doivent-ils être des miroirs et des lieux de manifestation du Coran, non des voiles, des ombres et des substituts de celui-ci.
Toute personne prédisposée à concevoir des avis juridiques a le loisir d’émettre ces avis pour elle-même, non d’établir des lois.
Le prêche d’une idée quelle qu’elle soit est subordonné à l’adhésion de la majorité des savants, sans quoi il s’agit d’une innovation condamnable rejetée.
L’être humain, du fait du caractère honoré de sa constitution originelle, cherche la vérité en permanence. Alors qu’il cherche, il trouve parfois des erreurs et il les cache et les préserve en sa poitrine. Il se peut que l’égarement tombe sur sa tête alors qu’il cherche la vérité, qu’il s’imagine être dans le vrai et qu’il s’en coiffe comme d’un chapeau.
La puissance divine possède de nombreux miroirs, tous plus brillants et subtils les uns que les autres. Ils sont tantôt fait d’eau, tantôt d’air et tantôt d’éther, puis tantôt ils appartiennent au monde imaginal ou au monde spirituel et je dirais même au temps et à la pensée. Dans le miroir de l’air, un mot devient des millions de mots. Le calame de la puissance divine exécute le secret de cette filiation selon une modalité surprenante. Le reflet contient soit l’identité seule, soir l’identité et la quiddité. Les statues de la matière – c'est-à-dire ces formes – opaque, sont l’expression de morts qui se meuvent. Quant aux statues des esprits lumineux se reflétant dans leurs miroirs respectifs, elles sont vivantes et liées à la vie. Si elles n’en sont pas la source, elles n’en sont pas différentes.
Lorsque le soleil se secoue selon son mouvement axial, ses fruits ne tombent pas ; et s’il ne se secoue pas, les fruits de ses étoiles filantes tombent et se dispersent.
La lumière de la réflexion est une obscurité qui aboutit à l’iniquité tant qu’elle n’est pas éclairée par la lumière du cœur à laquelle elle se mêle ; de même que si le jour du blanc de l’œil n’est pas éclairé par la nuit de sa pupille, l’œil ne voit pas, ainsi, une blanche pensée ne voit-elle pas si elle ne renferme pas la pupille du cœur.
Si une connaissance n’est pas accompagnée de l’observance du cœur, il s’agit d’une ignorance. Car adopter une conviction et se conformer à ce que celle-ci implique sont deux choses différentes.
Représenter des erreurs de belle façon participe à égarer les intelligences saines.
Le savant chargé de guider les gens doit être comme la brebis non comme le rapace. La brebis donne à ses petits du lait, le rapace leur donne des aliments régurgités.
L’existence d’une chose nécessite l’existence de toutes ses parties, tandis que son anéantissement est seulement subordonné à l’anéantissement d’une de ses parties. C’est pourquoi l’être faible tend à détruire pour démontrer sa force. Il accomplit des actes négatifs et destructeurs au lieu d’actes positifs et bénéfiques.
Si les lois de la sagesse ne s’harmonisent pas avec la législation d’un gouvernement, et si les lois de la vérité ne s’harmonisent pas avec l’usage de la force, rien de cela ne sera bénéfique à la majorité du peuple.
L’iniquité s’est coiffée du chapeau de l’équité ; la trahison s’est revêtue de l’habit du patriotisme ; on a qualifié le combat de tyrannie et l’emprisonnement de liberté. Ainsi, les choses se sont-elles inversées.
La politique rodant autour des intérêts est une bête fauve effrayante.
Manifester de l’amour à une bête fauve affamée ne suscite pas sa compassion, mais attise sa faim, et elle demande en outre la récompense pour ses dents et ses griffes.
Le temps a montré que le paradis ne se donne pas à vil prix et que l’enfer n’est pas non plus une réalité injustifiée.
La prérogative de l’élite de ce monde qui suppose l’humilité et l’indulgence est devenue une cause d’orgueil et de fatuité. Et l’impuissance des pauvres et l’indigence des gens du peuple qui suscitent la miséricorde et la bienveillance sont devenues une cause de leur captivité et de leur avilissement.
Si une chose comporte quelque beauté et quelque noblesse, on a tôt fait de l’attribuer aux élites. Mais si elle comporte quelque tare, on a tôt fait de l’attribuer aux gens du peuple.
Si la pensée n’a pas un but et un idéal, ou si cet idéal est oublié ou volontairement omis, alors les esprits se tournent vers le « moi » individuel et évoluent autour de lui.
Si tu médites sur les méfaits de la communauté humaine, tu constateras que le fondement principal de l’ensemble de ses travers et de ses perversions, ainsi que la cause de toutes les immoralités sociales, se résument en deux idées :
La première est la suivante : si je suis rassasié, que m’importe que les autres aient faim.
La seconde est la suivante : travaille, toi, pour que je mange, moi ; et fatigue-toi pour que je puisse me reposer.
Le moyen de contrecarrer la première n’est autre que l’aumône. Et le moyen de déraciner la seconde et d’y porter remède n’est autre que l’interdiction de l’usure.
La justice coranique se tient sur la porte du monde et crie à l’usure : Entrée interdite ! Quand l’humanité renonça d’écouter ce conseil, elle reçut un grand coup. Et elle doit l’écouter avant de recevoir un autre coup, plus fort et plus amer encore.
Les guerres que livrent les états et les peuples – l’un contre l’autre- quitteront la lice pour laisser place aux guerres des classes. Parce que de même que l’être humain n’agrée pas d’être emprisonné, il n’agrée pas non plus d’être à la solde d’autres hommes.
Ceux qui tentent d’atteindre un objectif par des voies non légales sont souvent punis par un résultat inverse. Et la rétribution d’un amour non légal – comme – l’amour de la civilisation occidentale – est une traitre adversité de la part de l’aimée.
Il convient de regarder le passé et les malheurs de l’œil de la « destinée » ; tandis que l’avenir et les transgressions doivent être considérés selon le regard de la responsabilité légale. Ainsi, la doctrine Jabrite et la doctrine Mutazilite se réconcilient-elles.
Il ne convient pas de s’abandonner à l’impuissance lorsqu’on peut résoudre un problème ni de s’abandonner à l’affliction lorsqu’on ne peut pas le résoudre.
Les blessures de la vie cicatrisent, mais les blessures de la gloire de l’islam, de l’honneur et de la gouvernance de la communauté sont très profondes.
Un jour viendra ou un mot déplacé conduira une armée entière au combat et où une mise à feu causera la mort de trente mille personnes.
Des circonstances viendront où un simple mouvement élèvera l’homme au plus haut rang et où une petite action le rabaissera au plus bas niveau.
Un grain de blé de sincérité annihile une aire de battage remplie de blés de mensonge ; et une vérité unique vaut mieux qu’une montagne d’illusions.
Tu dois être sincère dans tout ce que tu dis, mais il ne convient pas de dire tout ce que tu penses sincèrement. Car il n’est pas nécessaire pour être sincère en tout propos d’exprimer toute conviction sincère.
Quiconque observe bien les choses agit avec circonspection et pense juste. Et qui pense juste jouit d’une vie saine.
L’espoir fait naitre la vie en l’homme et le désespoir le tue.
Cet état islamique qui s’est chargé depuis des temps anciens d’assumer le devoir du combat – ce devoir suppléable - pour prêcher la parole de Dieu et pérenniser la liberté du monde islamique qui est comme un seul corps ; cet état qui s’est donné en rançon au monde islamique et a porté l’étendard du califat, verra le malheur qui l’a frappé compensé et remplacé par le bonheur qui gagnera le monde islamique. Ce malheur a accéléré le regain de fraternité islamique aux quatre coins du monde, cette fraternité qui est l’essence et l’esprit de notre vie.
Attribuer indument le mérite de la civilisation au christianisme et faire porter à l’islam la responsabilité du recul et de la régression, alors qu’il en est l’ennemi, est le signe que les valeurs sont inversées.
Un diamant rare, même poussiéreux, vaut mieux qu’un éclat de verre, fut-il brillant en permanence.
La raison de ceux qui cherchent tout dans la matière se situe dans leurs yeux. Or les yeux ne peuvent voir les réalités conceptuelles.
Lorsque les concepts passent des mains de la science aux mains de l’ignorance, ils se transforment en réalités matérialistes et ouvrent la porte aux affabulations.
Une bienfaisance qui serait au-delà de la bienfaisance divine ne serait pas une bienfaisance. Car il convient de nommer les choses selon leurs caractéristiques.
La notoriété donne à l’homme des vertus qu’il ne possède pas.
Les paroles prophétiques sont la source de vie et le baume des vérités.
La revivification de la religion revivifie la communauté ; et la vie de la religion est la lumière de la vie.
Le Saint Coran, qui est une miséricorde pour l’ensemble de l’humanité, n’accepte qu’une civilisation qui garantit le bonheur de l’ensemble, ou du moins, le bonheur de l’immense majorité. En revanche, la civilisation actuelle se fonde sur cinq principes négatifs :
Premièrement : son point d’ancrage est l’usage de la force. Ce qui conduit à l’excès et à l’agressivité.
Deuxièmement : sont but est l’intérêt particulier. Ce qui conduit à la course au profit.
Troisièmement : sa ligne de conduite est la polémique et l’affrontement. Ce qui conduit au déchirement.
Quatrièmement : ce qui cimente la masse des humains est le sentiment de supériorité, et le nationalisme négatif qui croît et s’élargit en mangeant les autres. Ce qui conduit à de terribles confrontations.
Cinquièmement : le service séduisant qu’elle rend à l’humanité consiste à encourager ses passions et ses lubies, et à satisfaire à ses désirs égotiques. La passion est ce qui conduit à anéantir spirituellement l’être humain.
Quant à la civilisation qu’induit et que prescrit la voie légale Mohammadienne :
- Son point d’ancrage est la vérité plutôt que la force. Or la vérité conduit à la justice et à l’équilibre.
- Son but est la vertu plutôt que l’intérêt. Or la vertu conduit à l’amour et à la cohésion.
- Son ciment est l’unité sociale et le patriotisme fondés sur des valeurs communes, plutôt que le sentiment de supériorité et le nationalisme. Ce qui induit la fraternité sincère et la paix solide, et ce qui implique uniquement de se défendre lorsqu’une agression vient de l’extérieure.
- Sa ligne de conduite consiste en l’entraide plutôt que la polémique et la confrontation. Or l’entraide conduit à l’unité et à la coopération.
- Et il remplace la passion par la guidance. Or la guidance élève spirituellement l’être humain vers les hautes stations de la perfection.
- Ne cesse donc de t’agripper à l’islam. Cette foi est le garant de notre existence. Mets-toi sous sa protection, sans quoi tu cours à ta perte.
Les malheurs communs sont provoqués par les fautes de la majorité. Le malheur est donc le résultat de méfaits et la prémisse de la rétribution.
L’homme martyr se considère vivant. Il ne connait pas les affres de la mort et il voit la vie dont il a fait le sacrifice se prolonger. Mais cette vie subsiste selon une modalité plus estimable est plus sublime.
La justice coranique pure ne fait pas couler le sang d’un innocent et n’attente pas à sa vie, même s’il s’agit de toute l’humanité. De même que cela ne fait pas de différence au regard de la toute-puissance, cela ne fait pas de différence au regard de la justice. En revanche lorsque l’envie et l’égoïsme s’emparent d’un homme, celui-ci veut se débarrasser de tout ce qui s’oppose au contentement de son désir, même s’il doit détruire le monde et l’humanité tout entière.
La peur et la faiblesse encouragent les influences extérieures.
Ne sacrifie pas un intérêt existant pour éviter un mal hypothétique.
La politique actuelle d’Istanbul est une maladie semblable à la grippe d’Espagne : elle cause un état de délire.
Il n’est pas rare que l’état d’un fou s’améliore si on lui répète : « Tu es sain d’esprit ; tu es vertueux. » Et il n’est pas exclu qu’un homme sensé s’aliène si on lui répète : « Tu es dérangé ; tu es vicieux. »
L’ennemi de l’ennemi est un ami, tant qu’il demeure son ennemi ; et l’ami de l’ennemi est un ennemi tant qu’il demeure son ami.
L’opiniâtreté est ainsi faite : lorsqu’un démon veut aider un homme, il lui dit qu’il : « est un ange » et il se montre clément envers lui ; tandis que s’il voit un ange parmi ceux qui le contredisent, il lui dit que : « C’est un démon déguisé. » Et il le maudit.
Le remède d’un mal peut constituer par ailleurs un poison causant un autre mal. Et si un remède est utilisé au-delà de sa mesure, il se change en son contraire.
Un groupe humain où règne l’entraide constitue une machine propice à mettre les choses en mouvement ; un groupe humain où règne la jalousie constitue une machine propice à freiner tous les élans.
Si un groupe n’est pas constitué d’unités entières, lorsque ses éléments sont multipliés, leur produit diminue, comme les fractions en mathématique.
Il arrive souvent que la non-acceptation se confonde avec l’acceptation du néant. Pourtant la non-acceptation indique l’absence de preuve, tandis que l’acceptation du néant implique une preuve du néant. L’un est donc un doute, tandis que l’autre et une réfutation.
Relativement aux questions religieuses, si un doute invalide un argument, ou même cent, cela n’a pas d’incidence sur l’objet de vérité, parce qu’il existe des milliers de preuves qui l’attestent.
Il convient de suivre l’immense majorité (des gens). Car les Omeyyades se sont appuyés sur la majorité et – en dépit de leur frivolité – se sont au final ralliés au sunnisme. Tandis que les ‘Alaouites se sont appuyés sur une minorité et – en dépit de leur gravité – certains se sont ralliés au Rafidisme.
Si l’accord sur une vérité cause un désaccord sur une vérité plus grande, cette première vérité est parfois plus légitime que cette seconde ; et le bien dans ce cas prévaut sur le mieux. Il appartient à tout homme de dire au sujet de son école juridique : « c’est vrai, c’est bien. » Mais il ne lui appartient pas de dire : « C’est la vérité, c’est le bien. »
N’était-ce le paradis, l’enfer ne serait pas tourmenté.
Plus le temps vieillit, plus le Coran rajeunit, rendant plus explicites ses symboles. Et de même que la lumière apparaît parfois comme du feu, l’extrême éloquence apparaît parfois excessive.
Les degrés de la chaleur sont fonction du froid qui y pénètre et les degrés de la beauté sont fonction de la laideur qui s’y mêle. Quant à la puissance éternelle, elle est essentielle, permanente et nécessaire. C’est pourquoi l’impuissance ne la touche aucunement et c’est pourquoi elle n’a pas de degrés. Tout est égal relativement à elle.
L’image du soleil, qui est la manifestation de son effusion, révèle la même identité à la surface de la mer que dans une seule de ses gouttes.
La vie est une manifestation de l’unicité et sa finalité est d'atteindre l’unité.
Puisque les saints se tiennent parmi les hommes, puisque l’heure où les prières sont exaucées est inscrite dans le vendredi, puisque la nuit du destin est inscrite dans le mois de Ramadan, puisque le nom suprême de Dieu fait partie de Ses sublimes noms et puisque le terme de toute vie est inconnu, alors chaque élément individuel conserve sa valeur et son importance. Vingt ans d’une vie dont le terme est inconnu valent mieux que mille ans de vie dont le terme est connu.
Le fait qu’une transgression soit punie en ce monde est le signe du châtiment qu’elle requière en l’au-delà.
Les biens de subsistance ont une importance du point de vue de la toute-puissance, tout comme la vie a une importance. La toute-puissance extrait les biens de subsistance, le destin les revêt – d’un habit déterminé – et la bienveillance les fait croître. La vie est donc actuelle et fixée – c'est-à-dire visible et délimité. Mais la subsistance quant à elle, n’est pas actuelle, progressive et dispensée. Elle invite l’homme à réfléchir. Il n’y a pas de mort par la faim. Parce que l’individu ne meurt pas avant l’épuisement de la graisse et des éléments nutritifs contenus dans le corps. La cause de la mort est donc la maladie procédant de la rupture de continuité, non de l’épuisement des biens de subsistance.
Les biens de subsistance licites des charognards se constituent d’innombrables cadavres. Lorsque ces animaux s’en nourrissent, ils nettoient ce faisant la surface de la Terre.
Une bouchée à un sou équivaut à une autre à dix sous, avant d’entrer dans la bouche. Puis lorsqu’elles passent dans la gorge, la seule différence entre les deux est la plus grande saveur de l’une qui dure quelques secondes. C’est pourquoi dépenser dix sous au lieu d’un pour contenter le sens du goût, dont la fonction originelle est de surveiller et de contrôler, est la plus méprisable forme d’excès.
À chaque foi que les saveurs appellent, il convient de répondre : « C’est comme si j’avais mangé ». Quiconque adopte cette règle peut manger la valeur d’une mosquée entière appelée « C’est comme si j’avais mangé », sans qu’il n’ait rien mangé.
Auparavant, les musulmans n’étaient pas affamés. Ils avaient le loisir d’adopter le luxe ou non. Mais maintenant, ils sont affamés et ils n’ont plus le loisir de faire le choix de se délecter.
Il convient d’aborder la douleur temporaire avec le sourire et de lui faire bon accueil, plus que le plaisir temporaire. Parce que les plaisirs passés arrachent à l’homme des expressions de regrets et ne font que traduire une douleur cachée ; tandis que les douleurs passées lui font exprimer des louanges, lesquelles sont l’expression d’un plaisir et d’une jouissance implicite.
L’oubli est aussi un grand bienfait. Parce qu’il fait que l’individu ne souffre que son mal présent et qu’il n’a plus en conscience tous les maux accumulés.
Tout malheur comporte son degré de plaisir comme les degrés de température – lesquels sont pénétrés de fraicheur. C’est pourquoi il convient d’exprimer à Dieu de la gratitude en se représentant ce qui est plus immense et en voyant le bienfait de ce qu’il y a de plus petit. Car si au contraire on gonfle et amplifie le malheur, il devient grand. Et si l’individu s’afflige, le mal redouble et son image illusoire se transforme en une réalité qui anéantit le cœur.
Tout individu dispose d’une fenêtre au travers de laquelle il peut voir la société et exercer sa volonté, on l’appelle le rang. Si ce rang est au dessus du niveau et de la valeur de cet individu, celui-ci s’infatue et s’enorgueillit. Si en revanche ce rang est en deçà de son niveau et de sa valeur, il s’humilie en se courbant et il s’abaisse jusqu’à ce qu’on le voit et l’observe à ce niveau. L’aune à laquelle se mesure la grandeur de l’homme est l’humilité ; et l’aune à laquelle se mesure sa bassesse est l’orgueil et la superbe.
Si la fierté du faible face au fort se manifestait chez le fort, ce serait de l’orgueil ; et si l’humilité du fort face au faible se manifestait chez le faible, ce serait de l’avilissement.
La solennité d’un gouvernant dans le cadre de sa fonction est de la gravité et sa légèreté de la bassesse. En revanche, sa solennité dans sa demeure est un signe d’orgueil, tandis que sa légèreté est un signe d’humilité.
Lorsque l’individu parle pour lui-même, son pardon et sa clémence à l’égard de ceux qui lui ont fait du tort, et son renoncement aux biens qui lui appartiennent, sont des actes de vertu. Si en revanche il parle au nom du groupe, il s’agit de trahison et d’acte contraire à la vertu.
L’individu se doit de contenir sa colère dans ce qui le concerne en propre et il ne doit pas se prévaloir d’un fait qui le concerne en propre. Mais il peut se prévaloir au nom de la communauté et ne pas contenir sa colère la concernant.
Se confier à Dieu dans l’attribution des stations spirituelles est de la fainéantise ; en revanche, se confier à Lui dans le partage des résultats est le propre de l’abandon confiant en Dieu.
Se satisfaire de ce qu’Il impartit et des fruits des œuvres est du contentement. Cela encourage à œuvrer davantage. En revanche, se satisfaire de ce qui est à disposition est un manque d’ambition.
De même que l’on peut obéir ou désobéir aux ordres connus relatifs à la voie légale, on peut également obéir ou désobéir aux ordres universels.
Le plus souvent, le résultat de l’obéissance ou de la désobéissance aux premiers se voit dans l’au-delà ; tandis que pour les seconds, les récompenses ou les punitions se manifestent généralement ici-bas.
Ainsi, de même que la rétribution de la patience est la réussite, la rétribution de l’indolence et de l’apathie est l’abaissement et l’avilissement. Et la récompense de l’effort est la richesse et celle de l’inaction est l’échec.
Une justice qui ne serait pas égale pour tous ne serait pas une justice.
La compétition appelle l’opposition ; l’affinité est la base de l’entraide ; la petitesse de l’âme est la source de son orgueil, la faiblesse, la source de son infatuation et l’impuissance, la source de sa transgression ; et la passion scientifique est le meilleur enseignant.
La toute-puissance créatrice a soumis tout être vivant, et en particulier l’être humain, à la bride du besoin, surtout celui de la faim. Elle a assujetti ce besoin à un ordre, elle a sauvé le monde de la barbarie, et elle a permis le progrès humain en faisant de ce besoin l’enseignant de la civilisation.
La gêne est l’enseignant de la bassesse ; le désespoir est la source de l’égarement intellectuel ; et l’obscurité du cœur est la source de l’inconfort de l’esprit.
اِذَا تَاَنَّثَ الرِّجَالُ بالتَّهَوُّسِ · تَرَجَّلَ النِّسَاۤءُ باِلتَّوَقُّح ِ
Lorsque les hommes adoptent un caractère efféminé par leur versatilité et les femmes adoptent un caractère viril par leur dévergondage.
À chaque fois qu’une belle femme rentre dans une assemblée de frères, la fibre de l’ostentation, de la jalousie et de la compétition se réveille. Et le dévergondage des femmes conduit à l’affirmation des vices latents en l’homme moderne.
Les images souriantes – ces enterrements miniatures – ont un rôle important dans l’esprit humain actuel vicié et sali par les péchés.
Les statues, interdites par la voie légale, manifestent soit une iniquité pétrifiée, soit une passion cristallisée, soit une ostentation matérialisée.
Les velléités d’élargissement de la religion et d’efforts d’interprétation manifestent une aspiration à un surcroit de perfection, si elles s’intègrent dûment dans le cadre de l’islam lorsqu’elles sont associées à l’observation de tous ses principes admis. En revanche, ces velléités dénotent une intention destructrice, lorsqu’elles sont le fait de personnes négligeant les devoirs incontournables. Et elles sortent du cadre de l’islam en raison de cette négligence. Lorsqu’une tempête fait rage, il convient de fermer les fenêtres de l’effort d’interprétation plutôt que d’en ouvrir grand les portes.
Ceux qui dédaignent la religion ne doivent pas être ménagés par l’octroi de licences. Ils doivent au contraire être confrontés à une inflexible détermination.
Pauvres vérités ! elles perdent leur valeur dans les mains de la plate accoutumance.
Notre planète terre ressemble à un animal, elle se fait l’écho de la vie. Si elle était réduite à la taille d’un œuf, ne serait-elle pas comparable à un animal ? Et si un microbe était agrandi à la mesure de notre terre, ne lui ressemblerait-il pas ? Or si elle est douée de vie, elle doit avoir également un esprit. Si l’univers était réduit à la taille d’un homme si bien que ses étoiles tenaient lieu d’atomes, ne deviendrait-il pas lui aussi un animal doté de sentiment ? Dieu possède un grand nombre d’êtres vivants de cette sorte.
La voie légale est double :
La première est la voie légale connue, qui régit les actions et les dispositions des hommes. Il s’agit du microcosme, qui découle de l’attribut du verbe.
La seconde est la grande voie légale originelle, qui régit les mouvements de l’univers. Il s’agit du macrocosme, qui découle de l’attribut de volonté. On donne à tort à celui-ci le nom de nature.
Les anges sont une immense communauté d’êtres qui gère l’ordre cosmique, le représente et les constitue elle-même. Cet ordre découle de l’attribut de volonté que l’on appelle la voie légale originelle.
Si tu mets en balance les sens d’un animal microscopique avec les sens de l’être humain, tu observes un fait surprenant : l’homme est selon la forme de yâsîn en laquelle est écrite la sourate Yâsîn.
La philosophie matérialiste est une peste morale. Car elle cause une fièvre faisant perdre l’esprit à l’humanité et l’expose à la colère divine. Et plus elle est largement enseignée et participe à l’offensive, plus cette peste se répand.
L’homme le plus malheureux, le plus troublé et le plus gêné est le désœuvré. Parce que le désœuvrement est cousin du néant. Quant à l’activité, elle est la vie et la vitalité de cette existence.
Les banques, qui sont les intermédiaires et les portes de l’usure, n’apportent des profits qu’aux impies – qui sont les pires des hommes – et aux gens les plus iniques et les plus vils. Sa nuisance sur le monde islamique est totale. Et il ne convient pas de prendre en compte la richesse de l’humanité dans son ensemble, car lorsque l’impie est en état de guerre, sont intégrité physique et morale n’a pas lieu d’être préservée.
Le but du sermon du vendredi est de rappeler les impératifs et les principes intangibles de la religion, non d’enseigner des théories. Et la langue arabe accomplit cet office de la plus estimable et la plus sublime manière.
Et si on compare les versets coraniques et les hadiths, il apparait que même le plus éloquent des hommes ne peut atteindre l’éloquence du Coran, et que les hadiths ne ressemblent pas aux versets coraniques.
Saîd Nûrsî