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Écrit 29

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Cet écrit se compose de neuf parties, cette première partie étant composée de neuf points.

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وَاِنْ مِنْ شَىْءٍ اِلاَّ يُسَبِّحُ بِحَمْدِهِ

« Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ! »

« Il n’y a aucune chose qui ne chante Sa louange »

Mon cher frère et ami fidèle. Mon très sincère compagnon voué au service du Coran.

Vous me demandez cette fois-ci dans votre lettre, de répondre à une question importante à laquelle mon peu de temps et ma situation ne me permettent pas de répondre.

Mon frère ! Grâce à Dieu, le nombre de copistes des « Epîtres de lumières » a beaucoup augmenté cette année. Or la deuxième révision de ces épitres m’incombe et je dois m’y employer tout au long de la journée. C’est pourquoi un grand nombre de mes activités importantes sont retardées. Car à mes yeux cette fonction est plus importante que toute autre, et en particulier durant les mois de Sha‘bân et de Ramadan où le cœur se trouve plus en éveil et où la pensée est plus vive. Pour cette raison, je me chargerai de cette question grave plus tard, s’il plait à Dieu. Lorsque, par la grâce de Dieu, quelques pensées se présenteront à mon cœur, je vous en ferai part peu à peu.

Pour l’heure, j’éclaircirais trois points.

Premier point : « Les secrets du Coran ne peuvent être connus parfaitement et les exégètes ne peuvent appréhender sa réalité [essentielle] »

Cette idée comporte deux aspects et ceux qui la soutiennent sont de deux catégories :

Les premiers sont les adeptes de la vérité, de la science et de la rigueur. Ils disent que le Saint Coran est un trésor immense et inépuisable et que toute époque y puise son lot de vérités cachées à valeur de complément, tout en reconnaissant les énoncés et les vérités intangibles essentielles du texte Sacré. Et cela n’enlève ou n’altère en rien les réalités cachées destinées aux gens des autres époques.

Et assurément, les vérités que renferme le Coran se révèlent avec d’autant plus de clarté que le temps passe. Ce qui ne jette absolument aucune ombre de suspicion sur les réalités apparentes que nos nobles prédécesseurs ont explicitées. Parce qu’il s’agit d’autant de textes indubitables, ainsi que de fondements et de piliers auxquels il faut croire. Et la parole du Très-Haut : وَهٰذَا لِسَانٌ عَرَبِىٌّ مُبِينٌ « C’est là une langue arabe éloquente. » (27/ 103), indique que le sens du Coran est clair et explicite. Et le discours divin, du début jusqu’à la fin, tourne autour de ces significations, et il les renforce au point de leur donner un caractère d’évidence. C’est pourquoi, rejeter ces significations clairement énoncées revient à taxer le Très-Haut de menteur (A Dieu ne plaise) et à traiter d’inepties la compréhension qu’en avait le noble Envoyé, que la prière et la paix l’accompagnent, (A Dieu ne plaise).

Cela veut donc dire que les significations contenues dans l’énoncé du Texte Sacré, sont puisées à la source de la prophétie qui demeure le support manifesté dans un enchainement ininterrompu. C’est si vrai qu’Ibn Jarîr at-Tabarî a composé son Grand commentaire en étayant l’ensemble des significations du Coran sur les références prophétiques.

Les gens de la deuxième catégorie sont des sympathisants sots qui font plus de tort au Coran qu’ils ne le servent ; ou bien s’agit-il d’ennemis à l’intelligence diabolique qui veulent concurrencer les préceptes de l’islam et se mesurer aux vérités relatives à la foi. Ils tentent de trouver une brèche dans les versets du Texte Sacré, lesquels sont autant de remparts d’acier autour de la forteresse coranique – comme vous le dites vous-mêmes. Ces gens s’emploient donc à rendre public des propos jetant le doute sur les vérités relatives à la foi et au Coran (A Dieu ne plaise).

Deuxième point : Le Très-Haut a juré sur un grand nombre de choses dans le Saint Coran. Or, il y a dans ces serments d’immenses enseignements et de très nombreux secrets.

Le serment formulé dans le verset : وَالشَّمْسِ وَضُحٰيهَا « Par le soleil et sa clarté matinale. » (91/1) en est un exemple. Dieu décrit là l’univers comme un immense palais et une ville florissante. Ce qui est la base de la représentation faite dans la Parole 11.

Le serment formulé dans le verset : يٰسۤ  ·  وَالْقُرْاٰٰنِ الْحَكِيمِ « Yâ-sîn, Par le Sage Coran. » (36/1-2), rappelle la sacralité du miracle Coranique, lequel a un degré d’importance tel que l’on en jure par lui.

Le serment formulé dans le verset : وَالنَّجْمِ اِذَا هَوٰى « Par l’étoile quand elle décline. » (53/1) indique que le déclin de l’étoile est le signe que les informations provenant des djinns et des démons seront interrompues, afin d’empêcher toute suspicion concernant la révélation divine. Dans le même temps, le serment formulé dans le verset :

فَلاَ اُقْسِمُ بِمَوَاقِعِ النُّجُومِ  ·  وَاِنَّهُ لَقَسَمٌ لَوْ تَعْلَمُونَ عَظِيمٌ « Non ! J’en jure par le couchant des étoiles. Et c’est un serment – si vous saviez – considérable ! » (56/75-76). Rappelle l’immensité du pouvoir de Dieu, ainsi que la parfaite sagesse selon laquelle Il a disposé les étoiles en leur lieu de façon parfaitement harmonieuse, en dépit de leur taille colossale, et a donné à chaque corps céleste son preste mouvement.

Le serment formulé dans le verset وَالذَّارِيَاتِ « Par les vents qui tourbillonnent. » (51/1) et le verset وَالْمُرْسَلاَتِ « Par les vents envoyés en rafales. » (77/1), rappelle les sagesses insignes qui résident dans le mouvement et la dynamique des vents. Car le Très-Haut jure par les anges ayant la fonction de gérer les vents. Et Il attire notre attention sur le fait que certains phénomènes qui peuvent sembler être livrés au hasard, se déroulent selon des sagesses précises et remplissent des fonctions de grande importance.

Ainsi, tout objet de serment répond-il à une impérieuse nécessité et à une raison précise. Mais comme le temps ne nous permet pas de rentrer dans les détails, nous indiquerons un des aspects du serment formulé dans le verset وَالتِّينِ وَالزَّيْتُونِ « Par le figuier et l’olivier. » (95/1) Le Très-Haut rappelle à travers ce serment l’immensité de Son pouvoir, le parachèvement de Sa miséricorde et l’étendu de Ses bienfaits. Il interpelle l’homme rejeté au plus bas des degrés et Il le sort de cet abysse en lui indiquant la possibilité de s’élever à des rangs spirituels éminents, et même de se hisser jusqu’au plus haut paradis, par la gratitude, la réflexion, la foi et l’action vertueuse.

Quant à la raison pour laquelle Il a mentionné spécifiquement le figuier et l’olivier entre autres bienfaits, elle est la suivante :

Ces deux fruits sont extrêmement bénéfiques et bénis. Leur création et les immenses bienfaits qu’ils renferment méritent d’attirer notre attention. Parce que l’olive représente un élément de base important dans la vie sociale et économique des hommes, ainsi que dans l’éclairage et l’alimentation. La création de la figue manifeste également de façon prodigieuse la toute puissance divine, en la synthèse et la contenance du figuier avec toute sa complexité et sa grandeur, dans une graine extrêmement petite. Le serment le concernant, rappelle aussi le bienfait divin qui réside en sa saveur, ses bienfaits et sa longue période de fructification contrairement à la plupart des autres fruits. Il conduit ainsi dans le même temps l’être humain – à travers ces bienfaits – à suivre une voie le préservant de chuter au plus bas degré, en cultivant sa foi et en œuvrant vertueusement.

Troisième point : Les lettres isolées situées au début des sourates sont des points limites divines par l’intermédiaire desquelles le Très-Haut donne les indications de certains mystères à des serviteurs particuliers, et la clé de chacun de ces points limites est en possession du serviteur concerné et de ses héritiers.

Comme le Saint Coran s’adresse à l’ensemble des catégories d’hommes, à toute époque, il comporte des significations diverses et des acceptions variées regroupant les besoins de chaque catégorie à toute époque. Les plus pures significations et acceptions sont celles que nos vertueux prédécesseurs ont indiquées avec clarté. Les saints et les savants avisés ont trouvé en ces lettres isolées des indications cachées relatives à la conduite, ce qui concerne le cheminement spirituel.

Nous avons étudié quelques aspects de ces lettres isolées dans notre commentaire intitulé Ishârât al-i‘jâz, au début du chapitre de la Génisse. Ceux qui le veulent pourront le consulter.

Quatrième point : La Parole 25 a établie qu’il n’est pas possible de donner au Saint Coran une traduction véritable. Il est absolument impossible de traduire son style sublime doublé de son inimitabilité de sens. Néanmoins, pour indication uniquement, nous en évoquerons un ou deux aspects à travers la parole du Très-Haut :

وَمِنْ اٰيَاتِهِ خَلْقُ السَّمٰوَاتِ وَاْلاَرْضِ وَاخْتِلاَفُ اَلْسِنَتِكُمْ وَاَلْوَانِكُمْ

وَالسَّمٰوَاتُ مَطْوِيَّاتٌ بِيَمِينِهِ  · 

يَخْلُقُكُمْ فِى بُطُونِ اُمَّهَاتِكُمْ خَلْقًا مِنْ بَعْدِ خَلْقٍ فِى ظُلُمَاتٍ ثَلاَثٍ

خَلَقَ السَّمٰوَاتِ وَاْلاَرْضَ فِى سِتَّةِ اَيَّامٍ  ·  يَحُولُ بَيْنَ الْمَرْءِ وَقَلْبِهِ

لاَيَعْزُبُ عَنْهُ مِثْقَالُ ذَرَّةٍ  · 

يُولِجُ الَّيْلَ فِى النَّهَارِ وَيُولِجُ النَّهَارَ فِى الَّيْلِ وَهُوَ عَلِيمٌ بِذَاتِ الصُّدُورِ

« Au nombre de Ses signes compte la création des cieux et de la terre, ainsi que vos différences de langues et de couleurs. » (30/22).

« Et les cieux seront repliés dans Sa dextre. » (39/67)

« Il vous crée dans le ventre de vos mères, création après création, dans trois obscurités. » (39/6).

« Il a créé les cieux et la terre en six jours. » (7/ 54).

« Il s’interpose entre l’homme et son cœur. » (8/24).

« Pas même le poids d’un atome ne lui échappe. » (34/3).

« Il fait pénétrer la nuit dans le jour et le jour dans la nuit. Et Il est informé de ce que conçoivent les cœurs. » (56/6).

Ces nobles versets, ainsi que d’autres semblables, exposent à notre imagination l’image de ce qu’est réellement la vertu créatrice, et ce, selon un style sublime et inimitable, et d’une manière synthétique admirable. Car ils expliquent que le Concepteur du monde et le Bâtisseur de l’univers, de même qu’Il positionne le soleil et la lune en leur orbite, positionne également les atomes en leur lieu au cœur de la pupille des êtres vivants, par exemple. Il positionne ainsi chacune de ces choses avec le même instrument, et ce, au même instant. Et de même qu’Il ordonne les cieux selon des strates superposées, qu’Il y ouvre des portes et leur donne une harmonieuse disposition, Il ordonne également les couches constitutives de l’œil, et il en ouvre les membranes avec la même mesure et le même outil spirituel, et ce, au même instant. Puis de même qu’Il fixe les étoiles dans les cieux, Il grave d’innombrables points comme signes distinctifs sur le visage des hommes, et Il ouvre en eux les sens externes et internes avec le même instrument spirituel.

Ce qui signifie que cet insigne Créateur, afin de rendre manifeste Ses actes aux yeux et aux oreilles, et de montrer la simultanéité de Ses actes, formule à travers Ses versets une parole qui concerne l’atome, auquel Il donne sa position, et une autre parole qui concerne le soleil, qu’il fixe dans son axe. Il révèle ainsi comment l’unicité est au cœur de l’unité, comment l’absolue majesté s’inclut dans l’absolu beauté, comment l’absolue immensité peut être incluse dans l’absolue dissimulation, comment l’infiniment grand s’inclut dans l’infiniment petit, comment l’absolue crainte révérencielle est incluse dans l’absolue miséricorde et comment l’absolue éloignement est incluse dans l’absolue proximité. En somme Il révèle le plus haut degré de conciliation entre les contraires – paraissant impossible – montrant que c’est une conciliation nécessaire, et ce, en employant le plus explicite et admirable style.

Ce style inimitable est celui qui fait courber l’échine des lettrés émérites et les fait se prosterner devant son éloquence.

Par exemple, la parole du Très-Haut

وَمِنْ اٰيَاتِهِ اَنْ تَقُومَ السَّمَاۤءُ وَاْلاَرْضُ بِاَمْرِهِ ثُمَّ اِذَا دَعَاكُمْ دَعْوَةً مِنَ اْلاَرْضِ اِذَاۤ اَنْتُمْ تَخْرُجُونَ

« Participe de Ses signes le fait que le ciel et la terre se dressent par Son ordre. Et s’Il vous appelle depuis la terre, voila que vous sortez. » (30/25).

Ce verset se fait l’écho de l’immensité de Sa seigneurie, selon un style suprêmement admirable. Les cieux et la terre sont comparés à des légions pleinement soumises et disciplinées, selon la forme de deux immenses légions armées le plus ordonné qui soient. Les êtres qu’ils contiennent à l’état latent sous la couverture de l’inexistence et sous le voile du néant, se présentent à Lui le plus diligemment et le plus obligeamment qui soit, dès qu’ils sont sommés de le faire ou que le cor est sonné. Ils se présentent alors au lieu du rassemblement et de l’examen. Vois comme ce noble verset décrit le rassemblement selon un style inimitable et admirable ; et vois comment sous les traits d’un discours affirmatif il renferme des arguments convaincants. Considère ainsi comme les graines dissimulées dans le flanc de la terre, d’apparence mortes, se mettent à germer, à l’instar du rassemblement ; et considère comme les gouttes de pluies disséminées et dissoutes dans l’atmosphère s’assemblent soudain selon une organisation parfaite et se présentent dans le monde manifesté et sensible à chaque printemps, à l’instar du rassemblement. Ainsi, les graines sous terre autant que les gouttes dans le ciel semblent-elles participer à un rassemblement et à une résurrection visible par tous. Il en va ainsi du grand rassemblement, il se fera tout aussi aisément. Puisque vous êtes témoins de ces faits constatables ici-bas, vous ne pouvez nier la possibilité du rassemblement ultime.

Vous pouvez mesurer ainsi par analogie avec ce verset, le niveau d’éloquence que renferment tous les autres.

Alors peut-on vraiment prétendre donner à ces nobles versets une véritable traduction ? Assurément, ça n’est pas possible.

Et s’il est nécessaire de le faire malgré tout, alors il convient d’en donner un sens global concis, ou bien de faire le commentaire de chaque phrase en six lignes environs.

Cinquième point : Prenons l’exemple de la phrase coranique : « A Dieu la Louange » (al-hamdu lillâh). La signification la plus élémentaire de cette phrase, selon les règles de la science, de la grammaire et de la rhétorique est la suivante :

كُلُّ فَرْدٍ مِنْ اَفْرَادِ الْحَمْدِ مِنْ اَىِّ حَامِدٍ صَدَرَ وَعَلٰى اَىِّ مَحْمُودٍ وَقَعَ مِنَ اْلاَزَلِ اِلَى اْلاَبدِ خَاصٌّ وَمُسْتَحِقٌّ لِلذَّاتِ الْوَاجِبِ الْوُجُودِ الْمُسَمّٰى بِاللهِ

« Toute forme de louange, émanant de tout laudateur glorifiant tout objet de louange, depuis la prééternité et jusqu’à l’éternité, est légitimement réservée à l’être nécessairement existant que nous appelons Dieu. »

L’expression « Toute forme de louange » que nous employons traduit la préposition « la » comprise comme une particule exprimant la possession à valeur universelle.

L’expression « émanant de tout laudateur » traduit le fait que le mot hamd en arabe est un nom verbal et qu’à ce titre il a une valeur générale dans un tel contexte, du fait que le sujet n’est pas mentionné.

L’expression « glorifiant tout objet de louange » exprime également une valeur générale du discours du fait que le complément d’objet n’est pas mentionné.

Quant à l’expression « depuis la prééternité et jusqu’à l’éternité », elle exprime la continuité et l’invariabilité, selon la règle du passage de la phrase verbale à la phrase nominale. Et parce que la particule lâm en préfixe du mot Allah exprime l’appartenance exclusive et le mérite exclusif.

Puis l’expression « est légitimement réservée à l’être nécessairement existant que nous appelons Dieu. », traduit le fait que le mot Allah comporte indissociablement le sens de nécessairement existant, du fait qu’il est la synthèse de l’ensemble des noms et des attributs. Il est en effet le Nom suprême et le fait d’être nécessairement existant est constitutif de la divinité et apparaît comme un élément saillant de l’essence divine sublime.

Si la signification la plus élémentaire de la phrase al-hamdu lillâh est telle, comme le soutiennent unanimement les spécialistes de la langue arabe, alors comment pourrait-on traduire le noble Coran vers une autre langue, selon cette même inimitabilité et cette même force ?

En outre, il n’est de langue comparable à l’arabe littéral dans son universalité et sa grandeur.

Les mots du Coran participant de cette langue arabe éloquente et prodigieusement universelle sont agencés selon une forme inimitable, et procèdent d’un être omniscient. Comment donc les mots d’une autre langue pourraient-ils en rendre compte, en étant agencés et construit selon la traduction d’un être à l’intelligence restreinte et à la sensibilité limitée, à la raison troublée et au cœur obscurci ? Puis comment les mots d’une langue de traduction pourraient-ils remplacer ces mots sanctifiés ? C’est pourquoi je peux affirmer, et même démontrer, que chaque lettre du Coran a la valeur d’un trésor de vérités. Je dirais même qu’une seule lettre contient assez de vérités pour remplir une page entière.

Sixième point : Afin de mettre en lumière cette idée, je vous ferais part d’un état de grâce que j’ai vécu personnellement et d’une idée emprunte de vérité qui m’est venue à l’esprit, alors que je cherchais à expliquer le sens du mot coranique na‘budu (nous adorons) et afin de révéler un aspect caché de ces secrets :

Je méditais un jour sur le pronom personnel de deuxième personne du pluriel nûn, dans le verset اِيَّاكَ نَعْبُدُ وَاِيَّاكَ نَسْتَعِينُ « C’est Toi que nous adorons et c’est de Toi que nous sollicitons l’aide. » Mon cœur perplexe chercha la cause du passage de la deuxième personne du singulier à la première personne du pluriel « nous adorons ». Puis les bienfaits et la sagesse de la prière du vendredi me furent dispensés à travers ce nûn. Car je compris que ma participation à la prière commune accomplie dans la mosquée de Bayazid, faisait que chaque individu constituait pour moi un intercesseur.

Je constatais que chaque individu de l’assemblée de ces fidèles était un témoin et un auxiliaire dans les préceptes et les affaires que j’exprimais en ma lecture. Ce fait me donna un courage suffisant pour présenter mon adoration imparfaite et la faire monter à la présence sanctifiée de Dieu inclue à l’adoration impressionnante de ce groupe.

Et alors que je méditais ainsi, voila qu’un autre voile se leva et que je vis l’ensemble des mosquées d’Istanbul reliées les unes aux autres, si bien que la ville entière devenait comme cette mosquée. Je ressentais alors l’effet de leurs invocations et de leur foi.

Puis je me vis intégré dans ces rangs circulaires, dans la mosquée que constituait la surface de la terre. Ces rangs constituaient des cercles autour de la très sainte Kaaba. Alors je louais abondamment le Très-Haut et m’exclamais اَلْحَمْدُ ِللهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ « Louange à Dieu, Seigneur des mondes » de me permettre de bénéficier de tant d’intercesseurs et de tant de gens répétant et confirmant mes paroles dans la prière.

Je me disais : puisque le voile est ainsi levé dans mon esprit et puisque la sainte Kaaba fait office de mihrâb pour tous les habitants de la terre, je profiterais de cette occasion pour présenter l’essence de la croyance que j’évoque dans ma profession de foi, soit

اَشْهَدُ اَنْ لاَۤ اِلٰهَ اِلاَّ اللهُ وَاَشْهَدُ اَنَّ مُحَمَّدًا رَسُولُ اللهِ « Je témoigne qu’il n’est de dieu que Dieu et je témoigne que Muhammad est l’Envoyé de Dieu. », et je la donnerais en dépôt de confiance auprès de la pierre noir en prenant à témoin l’ensemble des fidèles présents dans les rangs.

A ce moment là, un état me saisit. Je vis que le groupe de fidèles dans lequel je m’étais inclus, s’était changé en trois groupes et cercles :

Le premier correspondait au plus large groupe que constituaient des fidèles, soit, tous les croyants professant l’unicité sur terre.

Le second était constitué de l’ensemble des créatures du fait que « Chacune connait sa prière et sa glorification. » (24/41).

Je me vis alors participer à leur grande prière et à leur sublime glorification. Et je vis que ce que l’on appelle la fonction et les actions des choses, ne sont en définitive que l’expression de leur adoration et de leur servitude. J’inclinais ma tête, perplexe face à cette immensité et je m’exclamais « Dieu est grand ».

Puis je sondais mon âme et le troisième cercle : je vis un monde qui commençait aux atomes de mon être et finissait à mes sens externes. Il s’agissait d’un monde extrêmement petit. Mais il était pourtant immense et suscitait la perplexité et l’étonnement. Il s’agissait d’un monde d’apparence infiniment petite mais d’une réalité immense et de fonctions considérables.

Oui, Je vis que chaque espèce vivante en ce monde s’affaire à assumer sa fonction de servitude et son devoir de gratitude. Je vis que la réalité subtile divine qui se trouvait en ce cercle dans mon cœur répétait اِيَّاكَ نَعْبُدُ وَاِيَّاكَ نَسْتَعِينُ « C’est Toi que nous adorons et c’est de Toi que nous sollicitons l’aide. » au nom de ce groupe, tout comme ma langue le répétait auprès des deux premières immenses assemblées.

En résumé, la lettre nûn du mot na‘budu évoque et désigne ces trois assemblées.

Et alors que j’étais dans cette disposition, voila que la personne spirituelle bénie du transmetteur du Coran se matérialisait devant moi, dans sa grandeur et sa majesté…C'est-à-dire l’Envoyé de Dieu, que la prière et la paix l’accompagnent. Il se tenait sur son minbar spirituel (Médine). J’entendais – ainsi que d’autres – un sermon divin يَاۤ اَيُّهَا النَّاسُ اعْبُدُوا رَبَّكُمْ « Ô vous les hommes, adorez votre Seigneur. » (2/21). Je vis alors de manière imaginaire, que tous les êtes de ces trois assemblées faisaient écho comme moi à ce sermon seigneurial insigne et disaient : اِيَّاكَ نَعْبُدُ « C’est Toi que nous adorons. »

C’est là que se matérialisa en ma pensée une autre vérité selon la règle posant que اِذَا ثَبَتَ الشَّىْءُ ثَبَتَ بِلَوَازِمِهِ « lorsqu’un fait est établi, ces corolaires le sont par conséquent. »

Cette vérité était la suivante : puisque le Seigneur des mondes s’adressait à l’homme et parlait avec l’ensemble des êtres ; et puisque ce noble envoyé, que la prière et la paix l’accompagnent, adressait cet insigne sermon seigneurial à l’ensemble des hommes doués d’entendement, ainsi qu’à l’ensemble des esprits, il est évident que le passé et le futur prenaient le statut du présent et que l’ensemble de l’humanité constituait une seule assemblée et un seul groupe disposé dans des rangs divers et variés, car le discours leur était adressé à tous.

Là, il m’apparu que tous les versets du noble Coran sont au summum de l’éloquence et de la maitrise du discours, ainsi qu’au summum de cette inimitabilité dont se répand la lumière éclatante. Car chaque verset tire sa grandeur, son élévation et sa force du fait qu’ilprocède de cette station insigne, sublime, à l’immensité sans borne, à l’universalité sans limite et à la noblesse absolue, du Seigneur plein de majesté et du Verbe éternel, exalté soit-Il.

Chaque verset tire également sa grandeur du Transmetteur élevé à la station de Bien-aimé suprême, ce rang éminemment élevé et sublime, comme il la tire du fait que son discours s’adresse à des interlocuteurs constitués d’individus d’une multitude, d’une importance et d’une diversité infinies.

Il s’avérait donc à mes yeux que non seulement le Coran est un miracle, mais qu’en outre, chaque sourate en est un, chaque verset en est un et chaque mot en est un.

C’est pourquoi je dis : louange à Dieu pour ces bienfaits que sont la foi et le Coran.

Ainsi me sortais-je de cette représentation imaginative source de vérité comme j’y étais rentré, par la nûn de na‘budu et je compris que non seulement chaque verset et chaque mot du Coran est un miracle d’inimitabilité, mais qu’en outre les lettres du Coran, à l’exemple de ce nûn, sont des clés de lumière ouvrant sur des immenses vérités.

Après que mon cœur et mon esprit se soit soustraient du nûn de na‘budu, ma raison s’adressa à eux et leur dit :

Je réclame ma part de cette grâce qui vous est faite. Je ne peux pas voler comme vous et je ne peux que marcher en m’appuyant sur des références et des preuves. Montrez-moi donc ce qui en « Nous adorons » et en « Nous sollicitons l’aide » conduit à l’Adoré véritable et au pourvoyeur d’aide véritable. Peut-être pourrais-je ainsi participer à cette grâce avec vous.

A ce moment là la pensée suivante vint au cœur :

Dis à cette raison perplexe de méditer sur l’ensemble des créatures présentent dans ce monde, qu’elles soient vivantes ou non. A chacune d’elles est associée une adoration sous la forme d’une fonction, selon une harmonie bien précise et une observance sans faille.

Et bien que certaines de ces créatures n’en soient pas conscientes, elles remplissent leur fonction avec la plus grande obéissance et l’ordre le plus stricte.

Il faut donc nécessairement qu’un Adoré véritable et un Commandeur absolu affecte ces créatures à leur service et les conduise à leur adoration.

Et dis-lui de considérer encore ces créatures, et particulièrement les êtres vivants parmi celles-ci. Chacune d’entre elles a des besoins divers ; chacune à des exigences nombreuses et variées dont dépend sa pérennité en tant qu’individu et en tant qu’espèce. Et alors que ses mains ne parviennent à assouvir le moindre de ces besoins et la plus petite de ces exigences innombrables, on constate que se sont ces besoins qui parviennent généreusement jusqu’à elles de toute provenance. Je dirais même qu’ils lui parviennent quand le moment est le plus opportun. Cette indigence et ce dénuement infinis des créatures, ainsi que cette assistance et ce soutien miséricordieux, indiquent de manière évidente que ces créatures ont un Sustenteur préoccupé de les préserver.

Celui-ci doit en outre disposer d’une absolue richesse, d’une absolue générosité et d’un absolu pouvoir, pour que toute chose ait un besoin nécessaire de Son assistance et pour que tout être vivant sollicite Son aide et Son soutien. Ce qui veut dire que toute chose en l’existence exprime en substance implicitement : اِيَّاكَ نَسْتَعِينُ « C’est de Toi que nous sollicitons l’aide. »

A ces mots, l’intellect assenti et déclara : Nous croyons et confirmons.

Septième point : Après cela, alors que je récitais :

اِهْدِنَا الصِّرَاطَ الْمُسْتَقِيمَ  ·  صِرَاطَ الَّذِينَ اَنْعَمْتَ عَلَيْهِمْ « Guide-nous sur le chemin droit, le chemin de ceux que tu as comblé de bienfaits. » (1/6-7), je considérais les caravanes de l’humanité en provenance du passé, et je constatais que les caravanes des prophètes anoblis, des hommes éminemment sincères, des martyrs, des saints et des hommes vertueux, étaient les plus lumineuses et les plus brillantes de toutes, à tel point que leur lumière dissipait l’obscurité de l’avenir. Car ces gens vont sur une large et droite route qui s’étend vers l’infini. Or cette phrase m’indiquait la voie à suivre pour rejoindre ce convoi bienheureux et même m’y conduisait.

Je me disais : Mon Dieu, quelle perte et quel malheur pour ceux qui renoncent à rejoindre cette caravane immense et lumineuse qui chemine paisiblement et sûrement, qui dissipe les voiles des ténèbres et qui éclaire le futur. Quiconque possède un tant soit peu de cœur comprendra immanquablement cela.

Quant à ceux qui dévient de la route de cette immense caravane en défendant des innovations condamnables, où trouveront-ils la lumière et quelle voie suivront-ils ?

Notre exemple, le plus noble des Envoyés, que la prière et la paix l’accompagnent, a dit : كُلُّ بِدْعَةٍ ضَلاَلَةٌ وَكُلُّ ضَلاَلَةٍ فِى النَّارِToute innovation est un égarement et tout égarement destine au feu.

Ces gens que l’on appelle les « savants malveillants », ces maudits, quel intérêt ont-ils à promulguer des avis juridiques qui contreviennent aux principes élémentaires des prescriptions légales islamiques, de manière préjudiciable et injustifiée ? Ils cherchent à montrer que ces prescriptions sont susceptibles de changement ! Ce qui peut expliquer leur comportement, est qu’ils sont abusés par certains faits temporaires de nature à confondre les gens.

Par exemple : si on retire la peau d’un animal ou qu’on épluche un fruit, sa chair révèle temporairement une certaine grâce. Mais après peu de temps, cette chair gracieuse noircit en raison des grossières impuretés qui la recouvrent et la corrompent de manière incidente.

Il en va de même des préceptes divins et prophétiques qui composent les prescriptions légales islamiques : ils sont comme la peau d’un être vivant. Lorsqu’on les retire, la lumière de leur réalités spirituelles apparaît provisoirement, mais l’esprit de ces réalités bénies a tôt fait de s’envoler, tout comme la grâce du fruit épluché. Puis elles laissent la trace de la formulation humaine dans les cœurs et les esprits obscurcis ; et elles s’en vont, si bien que la lumière se dissipe immanquablement et ne laisse derrière elle que de la fumée.

Huitième point : Il convient d’expliquer une de règles relative à cette question.

Il se trouve que la voie légale islamique distingue deux formes de droits : les droits particuliers et les droits généraux, ces derniers relevant des « droits divins ». Certaines questions concernent les individus et certaines concernent les gens en général, c'est-à-dire concernent tous les individus. On appelle ces dernières les « préceptes islamiques ». Tous les gens sont concernés par ces préceptes : ils s’appliquent à tous. Aussi, le fait de s’immiscer et de toucher à ceux-ci d’une manière ou d’une autre est considéré comme une atteinte aux droits de ces gens en général, dans la mesure où ils n’ont pas donné leur consentement unanime. Le plus petit point de ces préceptes (même s’il est de l’ordre de la sunna) revêt une importance capitale, comme n’importe quelle question majeure. Parce qu’il se rattache directement au monde islamique tout entier.

Ceux qui s’emploient à rompre ces chaines de lumières, que les plus insignes personnalités du monde islamique se sont efforcées de préserver depuis les plus beaux siècles jusqu’à nos jours, et qui participent à les déformer et les briser, doivent prendre conscience de ce fait. Ils doivent réaliser l’immense préjudice qu’ils causent et ils doivent trembler s’ils ont un minimum de conscience !

Neuvième point : Une partie des préceptes légaux ont trait aux adorations proprement dites. Ces préceptes ne relèvent pas d’un jugement de la raison. Ils doivent êtres appliqués tels qu’ils sont prescrit, car ils ne se fondent que sur l’ordre de Dieu.

D’autres relèvent de la raison, car ils participent à une sagesse et à un intérêt identifiable. C’est en vertu de cette sagesse et de cet intérêt que la voie légale leur donne la prépondérance. Mais néanmoins, ils n’en sont pas la cause et le fondement, car leur réel fondement n’est autre que l’ordre ou l’interdiction divine.

Les préceptes relevant de l’adoration ne sont en aucun cas modifiés par une sagesse ou un intérêt. Car l’adoration prévaut sur les considérations individuelles contingentes. C’est pourquoi il n’est pas possible de s’ingérer dans la prescription de tel ou tel précepte, ou de le modifier, même si on trouvait mille intérêts et mille sagesses pour le faire. On ne peut donc les modifier en rien. On ne peut davantage dire que la raison d’être des préceptes réside uniquement dans l’intérêt observable. Cette idée est fausse. Ces intérêts observables sont peut-être une des raisons d’être parmi de nombreuses autres sagesses.

Par exemple : si quelqu’un déclare que la sagesse qui réside dans l’appel à la prière est uniquement de convier les musulmans à la prière, je dirais alors qu’il suffirait d’utiliser un coup de fusil ! Ce sot ne sait donc pas que le fait de convier les musulmans à la prière n’est qu’un des intérêts de cette pratique parmi mille autres. Et même si le coup de fusil pouvait remplir cette fonction, il ne saurait accomplir ce qu’accomplit l’appel à la prière qui est un moyen d’exprimer publiquement la profession de l’unicité divine. Or l’unicité est la plus insigne réalité inhérente à la création du monde et à la création de l’être humain. L’appel permet aussi de faire état de la condition de serviteur des hommes vis-à-vis du Seigneur, au nom des gens du lieu concerné et au nom de toute l’humanité.

En somme : la géhenne n’est pas une réalité dénuée de raison d’être. De nombreux faits invitent à se réjouir de l’existence de la géhenne. De même, le paradis ne s’achète pas à bas prix, il est précieux.

لاَيَسْتَوِى اَصْحَابُ النَّارِ وََاصْحَابُ الْجَنَّةِ اَصْحَابُ الْجَنَّةِ هُمُ الْفَاۤئِزُونَ

« Les gens du paradis et les gens de l’enfer ne se valent pas. Les gens du paradis sont ceux promis au succès. » (59/20).

Deuxième partie

Correspondant à la deuxième épître :

Epître du mois de Ramadan

( Certains aspects des préceptes islamiques ont été étudiés brièvement à la fin de la première partie. C’est pourquoi nous indiquerons dans cette partie quelques sagesses relatives au jeûne du mois béni de Ramadan, qui est la plus admirable et la plus insigne des prescriptions religieuses.

Cette étude se composera de neuf points précis relatifs à des questions très subtiles. Ces points expliqueront neuf des sagesses, parmi beaucoup d’autres, qui résident dans le jeûne de ce mois béni. )

 · 

شَهْرُ رَمَضَانَ الَّذِۤى اُنْزِلَ فِيهِ الْقُرْاٰنُ هُدًى للِنَّاسِ وَبَيِّنَاتٍ مِنَ الْهُدٰى وَالْفُرْقَانِ

« Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ! »

« Le mois de Ramadan [est celui] au cours duquel le Coran a été révélé comme guidance pour les hommes [en exposant] les détails de cette guidance et de ce discernement. » (2/185).

Premier point

Le jeûne du mois de Ramadan compte parmi les premiers des cinq piliers de l’islam. Il est considéré comme un des plus insignes préceptes de l’islam.

La plupart des sagesses motivant le jeûne du mois de Ramadan, ont pour objet de mettre en évidence la seigneurie du Vrai, exalté soit-Il. Elles ont également pour objet de régler la vie sociale et individuelle des hommes, ainsi que de permettre l’éducation et la purification de l’âme ; puis d’enseigner la gratitude face aux bienfaits divins.

Nous mentionnerons une de ces sagesses parmi beaucoup d’autres, relativement à la mise en évidence de la Seigneurie du Vrai, exalté soit-Il, à travers le jeûne. Il s’agit du fait que le Très-Haut a créé la surface de la terre à l’instar d’une nappe étendue, remplie de victuailles innombrables. Ces victuailles sont préparées d’une manière prodigieuse, au-delà de l’entendement humain. Le Très-Haut, à travers cette disposition, manifeste la perfection de Sa seigneurie et de Sa qualité de Clément et de Miséricordieux. Mais l’être humain ne distingue pas pleinement – dessous le voile de l’insouciance et sous le rideau des contingences – la réalité éclatante que manifeste et exprime cette disposition. Il arrive aussi qu’il l’oublie simplement. Mais durant le mois béni de Ramadan, les croyants se retrouvent soudain pareils à des armés disciplinées ; ils revêtent l’insigne de la consécration au service de Dieu ; et peu de temps avant la rupture du jeûne, ils sont dans la disposition de gens prêts à exécuter l’ordre de l’Omnipotent Eternel : prenez place à cette table témoignant de Mon hospitalité éternelle. Ils abordent donc – dans la disposition qui est la leur – cette insigne miséricorde générale dans un état de servitude plus étendu, plus ordonné et plus extrême. Peut-on légitimement qualifier d’êtres humains ces gens qui ne participent pas à une si insigne servitude et à une si sublime générosité ?

Deuxième point

Il est de nombreuses sagesses qui font que le mois béni de Ramadan conduit à se montrer reconnaissant vis-à-vis des bienfaits que le créateur nous accorde. Une de ces sagesses réside en ce que la nourriture qu’un serviteur apporte des cuisines d’un sultan a un certain prix – comme nous l’avons indiqué dans la Parole 1. Or il serait bien sot de considérer que ces mets précieux sont sans valeur et de ne pas connaitre le bienfaiteur véritable qui en fait largesse, alors que le serviteur reçoit des dons et des récompenses lorsqu’il les sert. De la même manière, les mets et les bienfaits innombrables que dispense le Très-Haut sur terre, doivent avoir leur prix. Et ce prix n’est autre que la gratitude. Les causes apparentes et les créatures par l’intermédiaire desquelles sont dispensées ces bienfaits sont comparables à des serviteurs. Quant à nous, nous devons donc donner au serviteur le salaire qu’il mérite et nous devons nous sentir redevable de ce qu’il nous présente, et même lui manifester l’estime et la gratitude qui lui est due. Il se trouve que le Bienfaiteur véritable, exalté soit-Il, du fait qu’Il dispense ces bienfaits, mérite que nous Le remercions et Le louions le plus vivement qui soit, et que nous nous sentions satisfaits et redevables. Il mérite bien cela, et même davantage. Aussi, le fait de manifester de la gratitude et du contentement vis-à-vis de ces bienfaits, implique de connaitre qu’elles proviennent de Lui directement, d’être conscient de leur valeur et de sentir combien nous en avons besoin.

C’est pourquoi le jeûne du mois béni de Ramadan est la clé de la véritable et sincère gratitude et de la louange de Dieu en général. Parce que la plupart des gens n’ont pas conscience de la valeur de nombreux bienfaits et ne se sentent pas contraints de les désirer le plus souvent, du fait qu’ils ne s’exposent pas aux difficultés et aux douleurs de la faim véritable. Ces gens rassasiés et replets, n’ont pas conscience, par exemple, du bienfait que renferme un simple bout de pain sec, en particulier s’ils sont riches et biens nantis. En revanche, le croyant voit ce bout de pain comme un bienfait divin précieux au moment de la rupture du jeûne et son sens du goût en rend témoignage. C’est pourquoi les jeuneurs du mois de Ramadan – en commençant par le sultan et en finissant par le plus pauvre des pauvres – expriment implicitement au Très-Haut une forme de gratitude, en vertu de la conscience qu’ils ont de la valeur de cet immense bienfait. Quant au fait pour l’individu de s’abstenir de manger durant la journée, il lui permet de réaliser que la nourriture est assurément un bienfait, car il se dit :

Ces bienfaits ne sont pas ma propriété et je ne suis pas libre d’en disposer, ils sont donc la propriété de quelqu’un d’autre qui les dispense pour nous par bienveillance et par générosité. Or je suis actuellement en train d’attendre Son ordre.

C’est ainsi que l’individu rend grâce implicitement des bienfaits dont il est gratifié.

Et c’est ainsi que le jeûne fait office de clé de la gratitude sous divers aspects, cette gratitude étant la véritable fonction de l’être humain.

Troisième point

Une des nombreuses sagesses du jeûne, relativement à la vie sociale des hommes, est que ceux-ci ne sont pas destinés à un égal niveau de richesse. C’est pourquoi le Très-Haut invite les hommes riches à tendre une main secourable à leurs frères indigents. Or il est évident que les riches ne peuvent ressentir cette sensation de pauvreté les incitant à la compassion et ne peuvent réaliser ce qu’est la faim, qu’à travers le jeûne. Aussi, n’était-ce le jeûne, un grand nombre de riches soumis à leurs passions, ne pourraient-ils pas prendre conscience de la douleur de la faim et de l’indigence, ainsi que de l’impérieux besoin qu’ont les miséreux de mansuétude et de miséricorde. C’est pourquoi l’empathie – laquelle est enracinée dans l’être humain – est un de ces fondements incitant à la gratitude véritable, car tout individu, quel qu’il soit, peut trouver quelqu’un de plus indigent que lui sous un certain rapport, et il est tenu de prendre celui-ci en pitié.

S’il l’âme ne goutait pas fatalement l’amertume de la faim à un moment ou à un autre, nul homme ne s’emploierait à manifester de la bienveillance envers ses semblables, et il ne serait pas disposé à cette entraide qui lui est prescrite, par le lien de compassion envers les autres. Et même s’il en était capable, il ne le réaliserait pas de la plus parfaite manière. Parce qu’il n’aurait pas réellement fait en lui-même l’expérience de ces états.

Quatrième point

Le jeûne du mois de Ramadan comporte de nombreuses sagesses relatives à l’éducation de l’âme humaine. L’une d’elles est que l’âme, par nature, tend à se libérer de ses chaînes et à accéder à une pleine liberté. Elle brigue une seigneurie illusoire et aspire à se mouvoir comme elle l’entend. Elle ne veut donc pas penser qu’elle peut grandir, s’élever et être éduquée par le biais de bienfaits divins innombrables, en particulier si elle dispose d’une grande richesse et d’un grand pouvoir en ce monde. Or l’inconscience l’aide en ce sens. C’est pourquoi elle consomme les bienfaits divins comme les bêtes, sans permission et sans licence.

Mais l’âme de tout individu à l’occasion d’entamer une réflexion sur elle-même durant le mois de Ramadan, du plus riche des hommes au plus pauvre. Cette âme réalise qu’elle ne possède rien, et qu’elle est au contraire, elle-même la propriété de quelqu’un ; qu’elle n’est pas libre, mais qu’elle est une servante soumise à une autorité, si bien qu’elle ne peut entreprendre la moindre action sans que l’ordre ne lui en soit donné, et qu’elle ne peut pas même tendre sa main vers de l’eau. De cette manière, son infatuation illusoirement seigneuriale se brise, elle se plie au joug du service du Très-Haut et elle consent à remplir sa fonction essentielle qui est celle de la gratitude.

Cinquième point

Le jeûne du mois de Ramadan comporte de nombreuses sagesses relatives à l’éducation de l’âme instigatrice du mal, à l’amendement de sa complexion et à la favorisation de sa discipline. J’évoquerais en ce sens la sagesse suivante :

L’âme humaine s’oublie elle-même par insouciance. Elle ne réalise pas combien elle est foncièrement infiniment impuissante, indigente et limité ; elle ne veut pas réaliser toutes ses insuffisances qui lui sont inhérentes. Elle ne pense pas à son extrême petitesse et elle ne voit pas combien elle est éphémère et susceptible d’être touchée par tous les malheurs. Elle oublie également qu’elle est faite de chair et d’os qui se désagrègent et s’altèrent rapidement. Elle se comporte donc comme si elle était faite d’acier ; comme si elle était à l’abri de la mort et de l’anéantissement, et était éternelle. Nous la voyons ainsi se jeter sur ce monde et l’étreindre avec une intempérance extrême et une avidité effrayante. Elle se prend à l’aimer avec passion et à s’y attacher avec ferveur. Elle s’agrippe à tout ce qui lui procure du plaisir et lui est bénéfique. C’est ainsi qu’elle oublie son Seigneur, lequel l’éduque avec une douceur et une mansuétude parfaites, et qu’elle s’enfonce dans l’abime des travers égotiques, en oubliant les conséquences de ses actes et sa finalité dans l’autre monde.

Mais le Ramadan fait prendre conscience au plus étourdi et au plus indocile des hommes l’étendu de sa faiblesse, de son impuissance et de son indigence. Sous l’effet de la faim, chacun d’eux s’interroge sur lui-même et sur son estomac vide. Il comprend la dépendance de son estomac et réalise sa faiblesse et son besoin de miséricorde et de mansuétude divine, si bien qu’il sent naître au fond de lui-même un désir de frapper à la porte du pardon divin. Il est conduit en cela par son sentiment de parfaite impuissance et d’évidente indigence, et il laisse derrière lui le despotisme de son âme et se prédispose à solliciter la miséricorde divine, de la main de la gratitude spirituelle (si l’insouciance n’altère pas son discernement.)

Sixième point

Le jeûne du mois de Ramadan comporte de nombreuses sagesses relatives à la révélation du noble Coran, du fait que ce mois correspond à l’époque la plus importante de cette révélation. Nous indiquerons ici une de ces sagesses :

Comme le noble Coran a été révélé durant le mois béni de Ramadan, il convient donc de départir notre âme de ses requêtes méprisables et de renoncer aux choses puériles et futiles, pour nous prédisposer à accueillir ce discours céleste de la façon la plus digne et la plus seyante. Et ce, en étant présent au moment de sa descente en ce mois ; en tentant d’adopter une attitude spirituelle angélique ; en renonçant à boire et à manger ; en récitant ce noble Coran comme si ces versets étaient révélés de nouveau ; en l’écoutant avec un sentiment de parfaite ferveur et en prêtant attention au discours divin qu’il adresse ; en s’élevant à une station éminente et en se hissant à un état spirituel sublime, comme si nous l’entendions de la bouche du plus noble des envoyés, que la prière et la paix l’accompagnent, ou même tendions l’oreille comme si le recevions de l’ange Gabriel, que la paix l’accompagne, je dirais même plus, du Locuteur éternel, exalté soit-Il ; puis en s’employant à transmettre le noble Coran et à le réciter aux autres afin de manifester une des sagesses résidant en sa révélation.

Le monde islamique, durant le mois de Ramadan, se transforme en ce qui ressemble à une mosquée. Quelle immense mosquée : chacun de ses coins, et même, chacun de ses piliers est bondé de millions de fidèles connaissant le noble Coran par cœur. Ces fidèles récitent ce discours céleste à l’attention des êtres terrestres ; ils confirment d’une manière admirable le noble verset شَهْرُ رَمَضَانَ الَّذِۤى اُنْزِلَ فِيهِ الْقُرْاٰنُ « Le mois de Ramadan [est celui] au cours duquel le Coran a été révélé…» (2/185) ; et ils authentifient le fait que le Mois de Ramadan est le mois du Coran. Quant aux autres individus de cette immense assemblée, il en est parmi eux qui écoutent ces premiers avec une grande ferveur et il en est d’autres qui récitent ces versets pour eux-mêmes.

Comme il est détestable de se soustraire à cette mosquée sanctifiée et d’adopter le comportement si effrayant de ces gens qui se ruent sur la nourriture et les boissons, conformément aux vœux de leur âme malveillante ! Comme de tels individus doivent susciter le dégout chez les gens de cette assemblée au sein de la mosquée !

Telle est la condition de ceux qui contreviennent à l’exemple des jeûneurs durant le mois béni de Ramadan : ils deviennent un objet de dégout et de mépris – à ce point haïssable – aux yeux du monde islamique tout entier.

Septième point

Le jeûne du Ramadan, en tant qu’il permet à l’homme d’accumuler des bonnes œuvres – celui-ci venant au monde pour répandre une semence et faire un négoce qui lui seront bénéfiques dans l’au-delà – présente de nombreuses sagesses. Mais je n’en mentionnerais qu’une :

Une œuvre accomplie durant le mois de Ramadan est multipliée par mille. Et il est connu que chaque lettre du Coran récitée vaut à l’individu dix récompenses, car elle est considérée comme dix bonnes œuvres, et elle lui fait bénéficier de dix fruits du paradis – comme l’indique un noble hadîth. Durant le mois de Ramadan, chaque lettre produit donc mille fruits paradisiaques au lieu de dix seulement ; et chaque lettre d’un verset – comme le verset du trône – ouvre la porte à des milliers de bonnes œuvres, afin qu’elles se transforment en vrais fruits dans l’au-delà. Puis ces œuvres s’accroissent les vendredis de ce mois ; et elles atteignent la valeur de trente-mille bonnes œuvres la nuit du destin.

Assurément, le noble Coran, dont chaque lettre dispense trente-mille fruits éternels, est comparable à un arbre de lumière – comme l’arbre de Tûbâ du paradis – parce qu’il gratifie les croyants de ces fruits impérissables qui se comptent par millions, durant le mois de Ramadan. Considère ce commerce sacré, éternel et bénéfique ; Considère ces faits et médite sur la condition de ceux qui ne donnent pas à ces lettres sanctifiées la valeur qu’elles méritent. Quelle immense perte est-ce là !

Ainsi, le mois béni de Ramadan est-il comparable à la sublime vitrine d’un commerce de l’au-delà ou un marché à l’activité intense et aux profits importants ; il est comme une terre cultivée, extrêmement fertile et riche, accueillant les plantations de l’au-delà ; il est comme la pluie de mai, qui fait croitre les semis et leur bénédiction ; il est comme un immense festival et une fête joyeuse et sacrée, commémorant les cérémonies de la consécration de l’homme au service du Seigneur, dans Son immensité, et de Dieu, dans sa toute puissance.

Pour toutes ces raisons, l’homme est chargé de jeûner, afin de ne pas répondre aux besoins animaux, comme la nourriture, la boisson, est tous ces autres besoins des âmes insouciantes, et afin d’éviter de se laisser aller aux désirs passionnels et de s’occuper de choses qui ne le regardent pas. C’est comme si l’homme, à travers son jeûne, se changeait en un miroir reflétant « l’autosuffisance divine », en se soustrayant temporairement à l’animalité, et qu’il adoptait une disposition semblable à celle des anges ; ou qu’il devenait un être de l’au-delà et un esprit matérialisé dans un corps, par sa participation au commerce de l’au-delà et par son renoncement aux inclinations terrestres pour un temps.

Oui, le mois béni de Ramadan gratifie le jeûneur en ce monde éphémère, en cette existence périssable et en cette vie réduite, d’une autre existence, durable, et d’une autre vie, éternelle. Le mois de Ramadan seul peut dispenser au jeûneur les fruits d’une vie d’environ quatre-vingt ans. Et le fait que la nuit du destin ait une valeur supérieure à mille mois – selon le Saint Coran – est la preuve irréfutable de la validité de ce secret.

Un sultan, durant la période de son règne, instaure généralement quelques jours de fête par an, soit pour commémorer son intronisation, soit pour rappeler un autre événement important. Il fait de cet événement un jour de réjouissance pour son état et une occasion de fête pour ses sujets. Durant ce jour, il ne traite pas ses sujets fidèles et méritants selon les règles habituelles, mais il fait d’eux les bénéficiaires de sa bienveillance, de sa munificence et de ses grâces particulières. Il les convie en ses appartements privés directement et sans chambellan ; il leur accorde une attention particulière ; il les entoure de soins généreux ; il leur fait bénéficier de mesures exceptionnelles ; et il les comble de sa générosité.

Il en va de même du Tout Puissant Eternel, le Plein de Majesté et de munificence, Lui qui est le Sultan éternel, Lui qui est le Sultan majestueux ayant autorité sur dix-huit mille mondes : Il a formulé Ses ordres sublimes et sages, et Il a révélé son Saint Coran adressé à ces milliers de mondes. C’est pourquoi la venue de ce mois béni est-elle une fête et une occasion de réjouissances divines particulières, ainsi qu’un festival Seigneurial exceptionnel et une assemblée spirituelle respectée, conformément à la sagesse de cet événement. Et puisque le mois de Ramadan se matérialise sous cette forme de réjouissance et de fête enjouée, il était donc indispensable que le jeûne y soit prescrit, afin que les gens adoptent une attitude les plaçant au dessus des préoccupations animales méprisables – dans une certaine mesure. La perfection de ce jeûne consiste à faire participer à une forme de diète l’ensemble des sens, comme la vue, l’ouïe, le cœur, l’imagination et la raison, tout comme y participe l’estomac. C'est-à-dire, en faisant que ces sens renoncent aux interdits aux vanités et aux sujets qui ne les concernent pas, et en conduisant ceux-ci à leur forme de servitude propre.

Par exemple : l’homme doit exercer sa langue et la contraindre à renoncer au mensonge, à la médisance et aux expressions inconvenantes, et il doit la mettre en mouvement par la récitation du Saint Coran, par l’invocation du Très-Haut, par la glorification du Seigneur, par la prière sur le Prophète, que la prière et la paix l’accompagnent, par la repentance et par des formes de litanies semblables.

Il doit aussi baisser ses yeux et ne pas porter son regard sur des objets illicites ; et il doit se refuser de prêter l’oreille aux propos inconvenants. Il doit au contraire orienter son regard sur des objets invitant à la méditation et prêter l’oreille à la parole vraie du Saint Coran.

Il doit ainsi faire participer l’ensemble de ses membres à une forme de jeûne.

Il est connu que si l’estomac, qui est une très grande usine, peut arrêter son activité par le jeûne, alors arrêter les autres usines plus petites est très aisé.

Huitième point

Une des nombreuses sagesses du mois de Ramadan relative à la vie individuelle de l’homme se résume comme suit :

Il y a dans le jeûne une forme de remède efficace pour les hommes. Il consiste en la diète, qu’elle soit physique ou spirituelle, la diète étant une médication reconnue par la médecine. Parce qu’à chaque fois que l’âme humaine emprunte un chemin libre d’entrave en matière de nourriture et de boisson, cela cause à l’individu des maux certains. Il en va de même de sa vie spirituelle. Parce qu’à chaque fois qu’il se repait de tout ce qu’il rencontre sans distinguer le licite de l’illicite, sa vie spirituelle est empoisonnée et corrompue. Il se peut alors que son âme se montre indocile et refuse d’obéir au cœur et à l’esprit. Elle s’empare des rênes et donne libre court à son égarement ; et elle conduit l’individu à assouvir ses désirs en demeurant hors de son contrôle et de son autorité.

Mais pendant le mois béni de Ramadan, l’âme s’habitue à une forme de diète par l’intermédiaire du jeûne et elle s’emploie avec beaucoup de sérieux à se purifier, à s’exercer et à apprendre l’obéissance. Elle n’est pas touchée par les maux provoqués par la réplétion de ce pauvre estomac que l’on gave, et elle acquière une disposition à écouter les ordres de la raison et de la voie légale. Comme elle est tenue de s’abstenir de tout, même du licite, elle ne daigne plus tomber dans l’illicite. Elle s’efforce donc de ne pas altérer et de ne pas corrompre sa vie spirituelle.

D’ailleurs, l’immense majorité des hommes vivent la faim comme une épreuve. Ils ont besoin de s’exercer. Et la faim habitue l’homme à patienter et à endurer. Le jeûne de Ramadan est donc un exercice, une accoutumance et une épreuve de patience qui dure quinze heures ou vingt-quatre heures pour ceux qui manquent le Sahûr. Le jeûne est donc un remède efficace contre l’intempérance et l’impatience de l’être humain, sachant que ces travers ajoutent au malheur de l’homme.

L’estomac est comme une grande usine où s’affairent des ouvriers et des employés très nombreux. Et il y a en l’être humain des machines reliées les unes aux autres. Or si l’âme ne cesse pas son activité temporairement la journée durant un mois précis, elle fait oublier à ces ouvriers et ces employés leur adoration particulière ; elle leur fait perdre de vue leur nature essentielle ; et elle les met sous son autorité et son contrôle. Elle trouble ainsi la vue de ces facultés et de ces sens par la fumée épaisse qu’elle dégage et les assourdi par ses bruits de pistons ; elle attire tous les regards sur elle-même et elle leur fait oublier leur insigne fonction un certain temps. C’est pourquoi de nombreux saints avaient pour habitude de s’astreindre à peu de nourriture, afin de s’élever dans les rangs de perfection.

Mais avec la venue du mois de Ramadan, ces employés réalisent qu’ils n’ont pas été créés pour cette seule usine. Ces facultés et ces sens se délectent d’autres formes de plaisirs éthérés et trouvent des jouissances angéliques et spirituelles à travers le mois béni de Ramadan. Ils concentrent donc leurs regards sur ces plaisirs, plutôt que sur les vils divertissements de cette usine. C’est pourquoi on peut voir les musulmans durant le noble mois de Ramadan, investis de lumières de grâces et de joie spirituelle – chacun selon son niveau et son rang. Il y a là de nombreuses évolutions possibles et des grâces considérables pour le cœur, l’esprit, la raison, le lieu du secret et les autres réalités subtiles de l’être humain, durant ce mois béni. Et si l’estomac gémit et pleure, ces réalités subtiles en revanche rient allègrement.

Neuvième point

Le jeûne du mois de ramadan, relativement à sa capacité à briser directement la seigneurie illusoire de l’âme, puis à lui faire connaitre son état de servitude et à lui montrer son impuissance, présente de nombreuses sagesses. Parmi celles-ci :

L’âme ne veut pas connaître son Seigneur. Elle prétend au contraire à sa propre seigneurie pharaonique et tyrannique. Même torturée et brimée, la racine de cette seigneurie illusoire demeure en elle et cette racine ne ploie que face à l’autorité de la faim.

Ainsi, le mois béni de Ramadan assène-t-il un coup fatal direct à cette part pharaonique de l’âme. Il brise sa véhémence et lui révèle son impuissance, sa faiblesse, son indigence, et lui fait connaitre sa condition de serviteur.

Un hadîth fait le récit suivant : ‘ Le Très-Haut déclara à l’âme : ’ Qui suis-je et qu’es-tu ? ’ Elle répondit : ‘ Je suis moi et Toi tu es Toi. ’ Le Seigneur, exalté soit-Il la supplicia et l’envoya en enfer. Puis il l’interrogea de nouveau et elle répondit : ‘ Je suis moi et Toi tu es Toi. ’ En dépit de tous les supplices, elle ne daignait se départir de son égocentrisme. Finalement il la supplicia au moyen de la faim. C'est-à-dire qu’il la laissa affamée. Puis il l’interrogea : ‘ ’ Qui suis-je et qu’es-tu ? ’ Elle répondit finalement :

اَنْتَ رَبِّى الرَّحِيمُ  ·  وَاَنَا عَبْدُكَ الْعَاجْزُ

‘ Tu es mon Seigneur miséricordieux et je suis ton serviteur impuissant. ’

اَللّٰهُمَّ صَلِّ وَسَلِّمْ عَلٰى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ صَلٰوةً تَكُونُ لَكَ رِضَاۤءً وَلِحَقِّهِ اَدَاۤءً بِعَدَدِ ثَوَابِ حُرُوفِ الْقُرْاٰٰنِ فِى شَهْرِ رَمَضَانِ وَعَلٰۤى اٰلِهِ وَصَحْبِهِ وَسَلِّمْ

سُبْحَانَ رَبِّكَ رَبِّ العِزَّةِ عَمَّا يَصِفُونَ  ·  وَسَلاَمٌ عَلَى الْمُرْسَلِينَ  ·  وَالْحَمْدُ ِللهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ اٰمِينَ

Mon Dieu adresse à notre maître Muhammad, à sa famille et à ses compagnons une prière et un salut conformes à ce que Tu agrées et à la mesure de son mérite, un nombre de fois équivalent au nombre de lettres du Coran récitées le jour de Ramadan.

« Glorifié soit ton Seigneur, ce Seigneur puissant, au delà de ce qu’ils décrivent ; paix aux envoyés et louange à Dieu, Seigneur des mondes. »

Amen.

Troisième partie

Correspondant à la troisième épitre.

Cette partie a été écrite afin de consulter mes frères au sujet du service du Coran, et afin de m’encourager moi-même à traduire en action cette importante intention que je nourris de retranscrire le Livre Saint selon une forme faisant apparaître son inimitabilité graphique, laquelle correspond à un deux centième de son inimitabilité. Je leur ai donc soumis cette intention afin d’entendre leur avis sur l’éventualité de réaliser un tel projet en m’appuyant sur l’exemplaire de ‘Uthmân, en prenant le verset d’Al-mudâyana comme unité de mesure des pages et la sourate Al-ikhlâs comme unité de mesure des lignes.

Cette partie se décompose en dix sujets :

Primier sujet

Dans la Parole 25, intitulée, Les miracles du Coran, il a été démontré sur la base de preuves indiscutables, que les formes d’inimitabilité du Saint Coran s’élèvent au nombre de quarante. Certaines de ces formes ont été explicitées en détail même aux esprits récalcitrants, tandis que d’autres sont restées dans leur forme synthétique.

Il a également été expliqué dans la remarque 18 de l’« Ecrit » 19, que le Saint Coran manifeste son inimitabilité selon des modalités différentes aux quarante classes d’êtres humains. Car cette remarque a établi qu’a chacune de ces classes est destinée une forme d’inimitabilité parmi dix de celle-ci.

Quant aux trente autres, le Noble Coran les révèle aux adeptes des différentes voies de sainteté et aux savants des diverses spécialisations. La preuve de ce fait est que ces gens croient sincèrement – se hissant jusqu’au point de la « science de la certitude », de la « vision de certitude » et de la « véritable certitude » - que le Noble Coran est effectivement la parole de Dieu.

Ce qui signifie que chacun d’eux voit un aspect de cette inimitabilité.

Oui, la beauté des manifestations de cette inimitabilité change en fonction des sensibilités. Car l’inimitabilité que perçoit un saint gnostique n’est pas la même que celle que perçoit un saint investi de l’ardent amour divin ; Et l’aspect d’inimitabilité que perçoit un imam versé dans les fondements de la religion n’est pas le même que celui perçu par un chercheur spécialisé dans une branche quelconque de la voie légale ; Et ainsi de suite.

Et comme je suis incapable d’expliquer en détail l’ensemble de ces divers aspects, du fait que je ne les perçois pas tous et que je ne puis les cerner tous mentalement, je n’en ai indiqué que dix niveaux. Pour le reste, je me suis contenté d’en donner un aperçu global. Mais comme deux de ces niveaux parmi les Miracles prophétiques nécessitaient de plus amples explications, j’entreprendrais de les donner ici.

Le premier niveau correspond à ceux qui perçoivent l’inimitabilité par l’écoute. Car un homme du commun du peuple n’a pas d’autre possibilité que d’écouter le Coran et il n’en perçoit l’aspect inimitable qu’à travers cette écoute. Il dira par exemple :

Ce Coran que j’entends, ne ressemble à aucun autre livre. Soit il est au dessus de tous les autres, soit il est en dessous. Personne n’a jamais penché pour cette deuxième possibilité et nul homme ne soutient une telle idée. Même le Diable n’ose pas. Le Coran est donc au dessus de tous les livres.

C’est ce que nous avons indiqué de manière synthétique dans la Remarque 18. Puis cette présentation synthétique a été explicitée dans la Première recherche de l’« Ecrit » 26, connue sous le nom de Preuves coraniques contre le parti du Démon, laquelle illustre le mode de perception de ce niveau de l’inimitabilité et en montre la validité.

Le deuxième niveau correspond à ceux qui ne voient l’inimitabilité que visuellement. Car le Coran présente des manifestations de son inimitabilité visibles même pour les gens du commun du peuple et les matérialistes dont la raison « s’arrête au bord des yeux » si bien qu’ils ne croient que ce qu’ils voient. Nous avons posé cette idée dans la Remarque 18 et il était nécessaire de donner de plus amples explications pour en montrer le bien-fondé. Mais le temps ne l’avait pas permis à ce moment là, en raison d’une grande sagesse divine que je comprends aujourd’hui. C’est pourquoi je n’en avais indiqué brièvement que quelques aspects partiels.

Maintenant que cette sagesse n’est plus pour nous un secret, il nous apparait certain qu’il était plus pertinent de remettre cette entreprise à plus tard. Et pour que les gens de cette catégorie puissent comprendre plus aisément et puissent goûter à cette forme d’inimitabilité du Coran, nous avons demandé à ce qu’un exemplaire du Livre Saint révélant cet aspect – d’entre les quarante aspects - soit recopié.

Le reste des questions relatives à cette troisième section n’a pas été abordé ici, parce qu’il concerne les concordances. Nous nous sommes donc contentés de l’index spécialement dédié aux concordances et nous n’avons écrit que le troisième point de la section quatre, avec une remarque.

Remarque : Cent soixante nobles versets ont été écrits en vue de montrer le point le plus important résidant dans le terme « Envoyé » (Rasûl) dans le Saint Coran. Et bien que chacun de ces nobles versets aient en lui-même des spécificités admirables, il reste que tous se renforcent et se complètent mutuellement sur le plan du sens. C’est pourquoi ces versets peuvent constituer un ensemble coranique pour ceux qui veulent mémoriser ou réciter des versets divers.

Il en va de même des 69 versets où est employé le terme « Coran », s’agissant de montrer l’importance de la notion renfermée par le terme « Coran » : on remarque que ces sublimes versets présentent une éloquence et une force de style extrêmement grandes. Nous encourageons donc nos frères à constituer à partir de celles-ci un autre ensemble coranique.

L’ensemble des occurrences du terme « Coran » employées dans le saint exemplaire, apparait sous la forme de sept suites, dont ne sont excluent que deux occurrences. Et ces deux occurrences du terme « Coran » signifie « lecture », ce qui ajoute – du fait que ces deux occurrences n’ont pas le même sens – à la force de cette notion.

Concernant le terme « l’Envoyé », les sourates Muhammad et Al-fath sont celles qui présentent le plus de lien entre elles. C’est pourquoi nous avons concentré notre attention sur les enchaînements de correspondances apparentes dans ces deux sourates. Et nous n’avons pas - jusqu’à maintenant - intégré ce qui sort de cette notion d’enchaînement de correspondances.

Nous indiquerons, s’il plait à Dieu, les secrets que présente le terme « l’Envoyé », si le temps nous le permet.

Troisième point

Celui-ci se divise en quatre points.

Premier point : Le nom divin de Majesté Allah est employé dans l’ensemble du Saint Coran, deux mille huit cent six fois. Le nom ar-Rahmân (le Clément) - y compris ceux de la basmala - est employé cent cinquante-neuf fois. Le nom ar-Rahîm (le Miséricordieux), est employé deux cent vingt fois. Le nom al-Ghafûr (Celui qui pardonne), est employé soixante et une fois. Le nom Rabb (Seigneur), est employé trois cent quarante six fois. Le nom al-Hakîm (le Sage), est employé quatre-vingt six fois. Le nom al-‘Alîm (le savant) est employé cent vingt-six fois. Le nom al-Qadîr (le Puissant) est employé trente et une fois. Le nom Huwwa (Lui), est employé dans la formule « il n’est de dieu que Lui » vingt-six fois.

Il y a dans le nombre d’occurrences du nom de Majesté Allah de nombreux secrets.

Compte parmi ceux-ci le fait que ce nom et celui de Rabb (Seigneur) sont les deux mots les plus souvent employés dans le Coran. Ils sont suivis des noms divins ar-Rahmân (Miséricordieux), ar-Rahîm (Clément), al-Ghafûr (Longanime) et al-Hakîm (Sage). Or le nombre de ces termes, incluant le nom d’Allah, représentent par leur somme la moitié du Saint Coran.

Un autre de ces secrets est que le nom de Majesté Allah, associé au nom Rabb désignant Dieu, représentent par leur somme la moitié du nombre des versets coraniques également. Car le terme Rabb est mentionné huit cent quarante six fois. Cinq cent et quelques fois comme substitut du nom Allah et deux-cent et quelques fois dans un autre sens.

Puis le nombre d’occurrences du nom de Majesté Allah, additionné au nombre d’occurrences des noms ar-Rahmân, ar-Rahîm, et al-‘Alîm (le Savant) et du nom Huwwa (Lui) dans l’expression il n’est de Dieu que Lui, représente la moitié du nombre des versets du Coran, à quatre occurrences près.

Et avec le nom al-Qadîr (le puissant) à la place du nom Huwwa, la différence des totaux est de neuf occurrences.

Nous nous contenterons de cet aperçu, car il y a long à dire sur les occurrences du nom de Majesté.

Deuxième point : Ce point concerne les sourates du Coran. Sur ce sujet, il y a également assez long à dire et ces chapitres présentent des concordances qui indiquent que le Livre saint a été composé selon une organisation voulue.

Par exemple, le nombre d’occurrences du nom de Majesté Allah dans la sourate al-Baqara (La génisse), est égal à son nombre de versets avec une différence de seulement quatre occurrences. Mais le nom huwwa, qui y est employé quatre fois en substitution du nom d’Allah dans l’expression « Il n’est de Dieu que Lui », complète cette concordance.

Le nombre d’occurrences du nom de Majesté Allah dans la sourate Âli ‘Imrân (la famille de ‘Imrân) est égal au nombre de versets de cette sourate, à une différence de neuf occurrences. Et les petites différences n’entachent en rien de telles particularités du discours et de telles manifestations de rhétorique, car il suffit que la concordance soit approximative.

Le nombre de versets des sourates an-Nisâ’, al-Mâ’ida et al-An‘âm concorde également avec le nombre d’occurrences du nom de Majesté Allah. Car les versets – dans ces sourates – sont au nombre de quatre cent soixante quatre, tandis que le nombre d’occurrences du nom de Majesté Allah est de quatre cent soixante et un. Et ils concordent parfaitement si on tient compte des occurrences de ce nom dans la basmala.

Puis le nombre d’occurrences du nom de Majesté dans les cinq premières sourates correspond à la moitié de son nombre d’occurrences dans les cinq sourates suivantes, soit les sourates 7-8-9-10-11.

Et son nombre d’occurrences dans les cinq sourates suivantes, soit les sourates 12-13-14-15-16 correspond à la moitié de celles-ci, soit le quart des cinq premières.

Puis son nombre d’occurrences des six sourates suivantes, soit les sourates 17-18-19-20-21-22 est encore de la moitié, c'est-à-dire un huitième des cinq premières.

Puis les sourates suivantes par cinq suivent à peu près cette même proportion. Les différences sont minimes. Or de telles différences ne nuisent aucunement à ce niveau de discours.

Il s’agit par exemple d’un nombre de cent vingt et un contre cent vingt cinq ; ou de cent cinquante quatre contre cent cinquante neuf.

Puis dans les cinq sourates suivantes en commençant par la sourate 43, la somme redescend à la moitié de cette dernière moitié.

Puis les cinq sourates à partir de la sourate 53, sont encore de la moitié approximativement. Cette différence, nous l’avons dit, n’étant pas dérangeante.

Par ailleurs, dans trois groupes de cinq courtes sourates, on dénombre trois occurrences du nom de Majesté.

Ces modalités indiquent que le hasard n’a rien à voir dans le nombre d’occurrences du nom de Majesté, et qu’au contraire, ces occurrences sont déterminées selon une sagesse et une harmonieuse disposition.

Troisième point : Ce point concerne la disposition du nom de Majesté Allah dans les pages du Livre Sacré.

Le nombre d’occurrences du nom de Majesté dans une seule page a un lien avec son verso ou le recto de la page d’avant, ou parfois avec la page qui lui fait directement face à gauche ou avec le verso de celle-ci.

J’ai observé cette concordance dans un des exemplaires du Coran en ma possession et j’ai constaté que le nombre de cas était assez remarquable en général. J’ai d’ailleurs mis des marques pour repérer ces concordances dans mon exemplaire. Le nombre est très souvent similaire, d’autres fois le rapport est de la moitié ou du tiers. Quoi qu’il en soit, cela laisse percevoir que l’ensemble répond à une sagesse et à une organisation.

Quatrième point : Ce point concerne les concordances dans une même page.

J’ai observé avec mes frères trois ou quatre exemplaires différents du Coran. Nous les avons comparés et nous sommes arrivés à la conclusion que des concordances pouvaient être observées dans chacun de ces exemplaires. Mais une forme d’altération est survenue dans ces concordances du fait que les imprimeurs ont d’autres visées dans l’impression du Livre Saint.

Si le texte est ordonné et harmonisé nous observerons les concordances que manifeste l’ensemble du Coran dans les occurrences du nom de Majesté, lesquelles sont au nombre de deux mille huit cent six, à de rares exceptions. Ce qui laissera pressentir en cela une lumière d’inimitabilité immense. Parce que l’esprit humain ne saurait avoir la vision d’ensemble de toutes ces pages, il ne saurait donc avoir un quelconque rôle dans les concordances qu’elles présentent.

Quant au hasard, il ne peut être à l’origine de ces très sages dispositions.

Nous appelons donc de nouveau à la transcription d’un exemplaire coranique qui mettrait en lumière le « quatrième point » dans une certaine mesure, tout en conservant la mise en page des exemplaires les plus répandus, en conservant ces lignes et en ordonnant certains passages qui ont subi une désorganisation en raison de la négligence des gens du métier. Si nous faisons cela, le véritable secret des concordances apparaîtra, s’il plait à Dieu. Car il a déjà été manifesté.

اَللّٰهُمَّ يَامُنْزِلَ الْقُرْاٰٰنِ بِحَقِّ الْقُرْاٰٰنِ فَهِّمْنَاۤ اَسْرَارَ الْقُرْاٰٰنِ مَا دَارَ الْقَمَرَانِ وَصَلِّ وَسَلِّمْ عَلٰى مَنْ اَنْزَلْتَ عَلَيْهِ الْقُرْاٰنَ وَعَلٰۤى اٰلِهِ وَصَحْبِهِ اَجْمَعِينَ اٰمِينَ

Ô mon Dieu, Toi qui a fait descendre le Coran, par le droit du Coran fais-nous comprendre les secrets du Coran, tant que les deux lunes évolueront dans les cieux. Puis adresse Ta prière et Ton salut à celui à qui tu as révélé le Coran, ainsi qu’à sa famille et à l’ensemble de ses compagnons.

Amen.

Cinquième partie

Correspondant à la cinquième épitre.

 · 

اَللهُ نُورُ السَّمٰوَاتِ وَاْلاَرْضِ

« Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ! »

« Dieu est la lumière des cieux et de la terre. » (24/35).

Lors d’un état spirituel survenu durant le mois sacré de Ramadan, j’ai perçu une des lumières de ce noble verset et j’ai vu selon une modalité proche de l’imagination, que l’ensemble des êtres vivants adressaient à leur Seigneur plein de Majesté la fervente oraison de Uwyas al-Qaranî bien connue, laquelle commence comme suit :

اِلٰهِى اَنْتَ رَبِّى وَانَا الْعَبْدُ.. وَاَنْتَ الْخَالِقُ وََانَا الْمَخْلوُقُ.. وَاَنْتَ الرَّزَّاقُ وَاَناَ الْمَرْزُوقُ.. الخ

« Mon Dieu Tu es mon Seigneur, moi je suis Ton serviteur…Tu es le créateur et moi la créature…Tu es le Sustenteur et moi le sustenté…etc. »

Et j’ai vu lors de cet événement, se déroulant dans mon cœur et mon imagination, des faits qui me convainquirent que chaque nom divin est une lumière pour un des quatre-vingt mille mondes. Et cela de la manière suivante :

De même que les pétales de rose se recouvrent les unes les autres et dissimule chacune la suivante, ainsi voyais-je qu’en ce monde, chaque monde est couvert de milliers de voiles et dissimule sous lui-même d’autres mondes. Je voyais aussi qu’à chaque fois qu’un voile était ôté, un autre monde apparaissait devant moi et que ce monde se présentait obscur, inhospitalier et effrayant, ainsi que le décrit le noble verset :

اَوْ كَظُلُمَاتٍ فِى بَحْرٍ لُجِّىٍّ يَغْشٰيهُ مَوْجٌ مِنْ فَوْقِهِ مَوْجٌ مِنْ فَوْقِهِ سَحَابٌ ظُلُمَاتٌ بَعْضُهَا فَوْقَ بَعْضٍ اِذَاۤ اَخْرَجَ يَدَهُ لَمْ يَكَدْ يَرٰيهَا وَمَنْ لَمْ يَجْعَلِ اللهُ لَهُ نُورًا فَمَا لَهُ مِنْ نُورٍ

«…Ou encore comparables à des ténèbres sur un vaste océan recouvert de vagues qui s’entrechoquent et surplombé par un nuage. Ténèbres accumulées les unes sur les autres au point que celui qui tendrait la main pourrait à peine la distinguer! Et de quelle lumière dispose celui que Dieu a privé de lumière?» (24/40).

Et alors que je voyais ce monde couvert de telles ténèbres, voila que l’apparition d’un nom divin répandait un immense rayonnement, semblable à une lumière recouvrant ce monde dans son entièreté. Et à chaque fois qu’une image de ce monde apparaissait, un voile se levait en l’intellect et une porte s’ouvrait sur un autre monde en l’imagination. Puis ce monde se présentait également couvert de ténèbres, en raison de l’inconscience, mais voila qu’un nom divin se manifestait comme un soleil éclatant, et l’illuminait ; et ainsi de suite.

Ce voyage mental et cette échappée imaginaire durèrent longtemps. Mais j’en mentionnerais les faits suivants :

Lorsque j’observais le monde animal et que je considérais l’impuissance, la faiblesse, l’extrême indigence, le besoin pressant et la faim de ses habitants, ce monde m’apparu plongé dans une intense obscurité et une affliction sans fin. Mais voila que le nom de ar-Rahmân apparut comme un soleil resplendissant depuis le haut de la tour – c'est-à-dire depuis le principe - du nom de ar-Razzâq (sustenteur), et il illumina l’ensemble de ce monde d’une lumière de miséricorde.

Puis je vis au sein de ce monde animal, les nourrissons et les petits accablés de faiblesse, d’impuissance et d’indigence. Leur monde était enténébré et suscitait de la pitié et de la compassion dans le cœur de quiconque les voyait. Et pendant que j’observais cette scène désolante, voila que le nom de ar-Rahîm apparu depuis le haut de la tour de la « compassion » et répandit ses lumières étincelantes sur l’ensemble du monde, si bien qu’il le transforma en un monde gracieux, agréable et bienveillant ; je dirais même qu’il transforma les larmes de plainte, de pitié et de tristesse en larmes de joie de bonheur et de gratitude.

Puis le rideau se leva, et voila que le spectacle du monde humain s’offrait à mes yeux, comme un film au cinéma. Il était couvert d’une obscurité intense et traversé d’ombres opaques, ainsi que de craintes permanentes. J’eus si peur de ce que je vis, que j’implorais l’aide de Dieu. Car je vis que les espoirs que les hommes nourrissaient et projetaient vers l’infini, que leurs pensées et leurs représentations relatives au monde, que leurs préoccupations, leurs prédispositions et leurs dons, qui aspiraient à la permanence et la joie pérenne, et qui désiraient le paradis éternel, tout cela était assorti d’une grande indigence et d’un dénuement profondément enraciné. L’homme avait des visées impensables et des requêtes insatiables, bien qu’il soit affecté d’une faiblesse indéfectible et soit exposé en permanence aux malheurs et aux ennemis de toutes sortes ; bien qu’il n’ait qu’une très courte vie et une existence parsemée de malheurs et de troubles ; bien que la perspective de l’anéantissement et de la séparation lui soit amère et cause en permanence en son cœur une douleur extrême ; et bien qu’il voit en la tombe – inconscient qu’il est – une obscurité éternelle et s’imagine que les êtres sont précipités seuls ou en groupe dans ce trou enténébré.

Et alors que j’observais ce monde humain plongé dans les ténèbres ainsi décrites, l’ensemble de mes constituantes subtiles, dont le cœur, l’esprit et la raison, je dirais même l’ensemble des atomes de ma personne s’apprêtaient à pleurer et à implorer de l’aide, quand le nom divin de « Juste » illumina du haut de la tour du « Sage », quand le nom de « Miséricordieux » illumina du haut de la tour du « Généreux », quand le nom de « Clément » illumina du haut de la tour de « l’Enclin au pardon », quand le nom de « Celui qui ressuscite » illumina du haut de la tour de « l’Héritier suprême », quand le nom de « Celui qui donne vie » illumina du haut de la tour du « Bienfaiteur », et quand le nom de « Seigneur » illumina du haut de la tour de « Roi », ces noms divins illuminèrent un très grand nombre de mondes au sein du monde humain et il ouvrirent des fenêtres sur le monde futur lumineux, lesquelles répandirent leur intense clarté sur le monde enténébré de l’homme.

Puis un nouveau rideau fut levé sur un autre immense spectacle. Il s’agissait du monde de la terre. Il apparut en mon imagination un monde effrayant. Car les lois physiques enténébrées par la philosophie plongent l’homme faible dans une obscurité désolante. Il considère en effet que la terre circule dans l’espace infini à une vitesse soixante dix fois supérieure à celle des fusées ; qu’elle tourne en parcourant une distance atteignant vingt-cinq mille ans, en une seule année ; puis qu’elle pourrait se désintégrer et se disperser à tout instant du fait des tremblements de terre terrifiants qu’elle contient en puissance en son ventre. En raison de l’intense obscurité régnante sur ce monde, la crainte me causa un vertige. Mais le nom de « Créateur des cieux et de la terre » ainsi que les noms de « Puissant », de « Savant », de « Seigneur », de « Allah » et de « Celui qui soumet le soleil et la lune », apparurent depuis le haut des tours de la « miséricorde », de « l’immensité » et de la « seigneurie », et ils répandirent sur ce monde enténébré d’intenses lumières qui changèrent le globe terrestre en une réalité semblable à un navire d’une harmonie, d’une discipline, d’une perfection, d’une quiétude et d’une sérénité extrêmes, si bien que je la vis de nouveau propice au divertissement, à la découverte, au délassement et au commerce.

En somme, je dirais que chacun des mille et un noms divins orientés vers la création, illumine un monde comme un immense soleil ; je dirais même qu’il illumine tout ce qui se trouve dans le monde concerné. Car la manifestation des autres noms se fait au sein de celle de tous les autres, et ce, en raison du secret de l’unité.

C’était comme si, en ce voyage, mon cœur éprouvait de la joie et aspirait à en voir davantage à chaque fois qu’il découvrait une lumière différente derrière toute obscurité. Ainsi voulut-il chevaucher l’imagination pour s’envoler dans le ciel. Or, à ce moment là, le rideau s’ouvrit sur un spectacle suprêmement vaste, et mon cœur pénétra le monde céleste.

Il vit que ces étoiles qui arborent leurs sourires de lumière, sont plus volumineuses que la terre, qu’elles tournent plus vite que celle-ci et qu’elles se croisent les unes les autres, si bien que si l’une d’elles s’égarait un instant et perdait sa trajectoire, elle rentrerait en collision avec une autre. Elle éclaterait alors en provoquant un bruit effroyable, et les entrailles de l’univers se déchireraient et se disperseraient. Puis les étoiles ne répandraient plus de lumière mais projetteraient du feu ; et au lieu de leurs sourires de lumière elles arboreraient une obscurité permanente. C’est ainsi que je vis les cieux – de manière imaginaire – comme un monde vaste et vide, provoquant crainte, perplexité et effarement. Je regrettais alors amèrement d’être venu. Mais alors que je m’affectais ainsi, les noms de رَبُّ السَّمٰوَاتِ وَاْلاَرْضِ  ·  رَبُّ الْمَلٰۤئِكَةِ وَالرُّوحِ « Seigneur des cieux et de la terre », de « Seigneur des anges et de l’esprit » se manifestèrent depuis la tour de وَلَقَدْ زَيَّنَّا السَّمَاۤءَ الدُّنْيَا بِمَصَابِيحَ « Et nous avons orné le ciel de ce bas-monde de luminaires. » (67/5) et de وَسَخَّرَ الشَّمْسَ وَالْقَمَرَ « Et Il a soumis le soleil et la lune. » (13/2). Si bien que les étoiles couvertes d’obscurité furent couvertes de l’éclat de ces immenses lumières – c'est-à-dire des lumières émanant du principe de ces noms – et le ciel se trouva éclairé des luminaires d’un grand nombre d’étoiles. Puis il se remplit d’anges et de réalités spirituelles, et il se peupla quand il paraissait déserté. Ces soleils et ces étoiles en mouvement ressemblaient à des armées du Seigneur des mondes et du Sultan de l’éternité, comme s’ils tournaient selon un plan sublime et manifestaient l’immensité de la seigneurie de ce Roi Tout-puissant.

Je récitais alors aussi fort que je pouvais, et si j’avais pu, j’aurais psalmodié de tous les atomes de mon être dans la langue de chaque créature – s’ils avaient pu m’entendre – le noble verset :

اَللهُ نُورُ السَّمٰوَاتِ وَاْلاَرْضِ مَثَلُ نُورِهِ كَمِشْكٰوةٍ فِيهَا مِصْبَاحٌ اَلْمِصْبَاحُ فِى زُجَاجَةٍ اَلزُّجَاجَةُ كَاَنَّـهَا كَوْكَبٌ دُرِّىٌّ يُوقَدُ مِنْ شَجَرَةٍ مُبَارَكَةٍ زَيْتُونَةٍ لاَ

شَرْقِيَّةٍ وَلاَغَرْبِيَّةٍ يَكَادُ زَيْتُهَا يُضِىءُ وَلَـوْ لَمْ تَمْسَسْهُ نَارٌ نُورٌ عَلٰى نُورٍ يَهْدِى اللهُ لِنُورِهِ مَنْ يَشَاۤءُ

« Dieu est la lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est comparable à une niche contenant une lampe. La lampe est incluse dans un verre semblable à un astre étincelant, alimenté par un arbre béni, un olivier qui n’est ni d’Orient ni d’Occident et dont l’huile éclaire, ou peu s’en faut, même sans être touchée par le feu ! Lumière sur lumière ! Dieu conduit qui il veut vers Sa lumière. » (24/35)

Puis je revenais du ciel vers la terre et retrouvais mes esprits. Je m’exclamais :

اَلْحَمْدُ ِللهِ عَلٰى نُورِ اْلاِيمَانِ وَاْلقُرْاٰنْ

Louange à Dieu qui nous a accordés la lumière de la foi et du Coran.

Sixième partie

Correspondant à la sixième épitre

Cette étude a été réalisée afin de prémunir les étudiants en science coranique, ainsi que les personnes servant activement cette science, contre un certain nombre de pièges qu’ils sont susceptibles de rencontrer.

 · 

وَلاَتَرْكَنُواۤ اِلَى الَّذِينَ ظَلَمُوا فَتَمَسَّكُمُ النَّارُ

« Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ! »

« N’inclinez pas pour ceux qui se comportent de manière inique, car le feu vous toucherait. » (11/113)

Cette sixième partie permettra, s’il plait à Dieu, d’écarter efficacement la menace de six pièges que tendent les démons d’entre les hommes et les djinns ; et elle permettra également de prémunir contre six formes d’agressions.

Premier piège

Les diables humains – Inspirés par des djinns démoniaques – tentent de tromper les gens au service du Coran et s’emploient à les détourner de ce travail sacré et de ce combat spirituel éminent. Pour ce faire, ils embellissent à leurs yeux leur inclination pour la gloire et la notoriété de la manière suivante :

Il y a dans la nature de l’homme, de manière générale, et en chaque individu ici-bas de manière spécifique, une propension mesurée ou démesurée à briguer la notoriété – et cette propension est en soi le propre de l’ostentation – et les rangs convoités parmi les hommes. C’est si vrai que l’individu est parfois prêt à sacrifier sa vie pour satisfaire à cette inclination égotique.

Cet objectif extrêmement dangereux pour les prétendants à la réussite en l’au-delà, est très excitant et très grisant pour les hommes de ce monde. Elle est en outre la source de nombreuses tares détestables. Or l’être humain est assez faible sur ce point. Je veux dire qu’il peut aisément être incité à suivre son inclination s’il y est entrainé par toutes sortes d’incitations insidieuses ; et il peut même y succomber complètement.

Pour cette raison, je ne crains rien de plus pour mes frères que l’éventualité de voir les athées tirer parti de cette faiblesse humaine pour les faire vaciller. Car il est arrivé par le passé qu’ils parviennent à entrainer certains de mes amis - non intimes - et à les précipiter dans les abysses de la perdition.

Aussi, mes frères et partenaires dans le service du Coran !

Dites à ces espions, esclaves de ce monde, qui tentent de vous séduire en attisant votre désir de notoriété, ainsi qu’aux égarés et aux disciples du Démon :

L’agrément du Très-Haut, la faveur du Miséricordieux et l’approbation du Seigneur sont un rang suprêmement élevé. En sa comparaison, le plébiscite public et l’admiration des foules ne valent pas le poids d’un atome.

Or si la miséricorde divine semble se tourner vers nous, cette perspective nous suffit amplement. Quant à l’assentiment des hommes, il est acceptable dans la mesure où il reflète celui de la miséricorde divine. Sans quoi il ne convient absolument pas de le convoiter ou de le désirer, car il cessera quoi qu’il en soit sur le seuil de la tombe et ne vaudra alors plus rien.

S’il n’est pas possible de réprimer ou d’annihiler complètement le désir de notoriété, il convient de l’orienter de la manière suivante :

Le désir de notoriété peut avoir un aspect légal lorsqu’il vise la récompense de l’au-delà et lorsque l’intention de l’individu est de bénéficier des prières de ses semblables. Ce qui a un effet bénéfique sur son travail au service du Coran. J’illustrerais ce fait ainsi :

Supposons que la mosquée Sainte-Sofie soit bondée de gens vertueux et de personnages d’un haut niveau de perfection, de charité et de dignité ; qu’à sa porte et sous ses arcades se tiennent de jeunes enfants, effrontés, sots et impudents ; et que près des fenêtres s’amassent des touristes étrangers frivoles et puérils.

Si quelqu’un arrivait à la mosquée, s’associait à ce groupe de gens méritants et commençait à psalmodier le Saint Coran d’une voix douce et mélodieuse. Des milliers d’hommes vertueux et de savants porteraient alors sur lui un regard bienveillant, le feraient bénéficier de leurs prières et lui exprimeraient leur satisfaction. En revanche, cela ne serait pas du goût des enfants effrontés et des étrangers athées et inconscients.

Mais si ce même individu rentrait dans la mosquée au milieu de ces gens distingués et qu’il commençait à chanter des airs inconvenants, à danser et à faire du vacarme, cela serait assurément du goût des jeunes écervelés, cela satisferait l’envie des égarés et cela ferait sourire les étrangers appréciant de voir les insuffisances des musulmans. En revanche, le groupe d’hommes magnanimes et vertueux porterait sur lui un regard dédaigneux et offusqué ; ils le verraient comme un être extrêmement méprisable.

Le monde islamique est à cette image. Et l’Asie est une immense mosquée où les croyants et les gens de vérité sont semblables à ce groupe d’hommes vertueux ; où les gens aux esprits immatures et inconséquents sont semblables à ces enfants effrontés ; où les corrupteurs stupides sont semblables à ces athées occidentalisés sans foi ni loi ; et où les journalistes répandant les idées occidentales sont semblables à ces étrangers admirant le spectacle.

Tous les musulmans, et en particulier les plus vertueux et les plus accomplis d’entre eux, bénéficient d’une position éminente dans cette mosquée, chacun selon son rang. Ils sont d’autant plus étroitement observés que leur position est éminente. Aussi, lorsque l’un d’eux accomplit une œuvre révélant sa sincérité – laquelle est le fondement de l’islam – dans le but d’obtenir l’agrément de Dieu, conformément aux préceptes et aux vérités prescrites par le sublime Coran, et que sont état traduit le sens des versets coraniques, il bénéficie alors de l’invocation que prononce chaque membre du monde islamique : « Mon Dieu pardonne aux croyants et aux croyantes. » Ce musulman récolte sa part de prière et établit dans le même temps une relation fraternelle avec l’ensemble des croyants. En revanche, son rang n’apparait pas aux yeux de certains égarés qui sont comme des animaux nuisibles, pas plus qu’il n’apparaît aux yeux de ces sots pareils à des enfants insouciants.

Mais si cet homme dédaigne les objets de fierté de ses ancêtres, lesquels sont le symbole de sa noblesse, s’il oublie son histoire, laquelle est le fondement de sa gloire, et s’il abandonne la voie lumineuse de ses vertueux prédécesseurs, lesquels sont les tuteurs de son âme, puis s’il s’engage dans des actions et adopte des comportements souillés par les passions et l’ostentation dans le but d’acquérir de la notoriété et de donner libre cours à des innovations condamnables, alors il s’abaisse au plus bas niveau aux yeux des gens de vérité et de foi. Car tout ignorant que puisse être un musulman parmi les gens du peuple, son cœur sent ce que sa raison ne sait expliquer, si bien qu’il tient en aversion les œuvres de tels individus imbus de leur personne. C’est ce que nous enseigne le noble hadith : اِتَّقُوا فِرَاسَةَ الْمُؤْمِنِ فَاِنَّهُ يَنْظُرُ بِنُورِ اللهِ Craignez l’intuition du croyant, car il s’éclaire à la lumière de Dieu.

C’est ainsi que l’homme égocentrique abusé par la convoitise de la notoriété tombe au plus bas degré aux yeux de gens innombrables et qu’il acquière temporairement une funeste position auprès des égarés stupides et narquois. Car il n’est entouré alors que par de faux amis qui lui sont nuisibles dans ce monde, qui lui vaudront le châtiment dans le monde intermédiaire et qui se déclareront leurs ennemis dans l’au-delà, comme le dit le Très-Haut :

اَ ْلاَخِلاَّۤءُ يَوْمَئِذٍ بَعْضُهُمْ لِبَعْضٍ عَدُوٌّ اِلاَّ الْمُتَّقِينَ « Les amis ce jour seront ennemis les uns des autres, à l’exception des hommes animés de crainte révérencielle. » (43/67).

Quant à cet autre homme, même s’il ne parvient pas à départir complètement son cœur de l’inclination pour la notoriété, il acquiert néanmoins un certain rang spirituel estimable et respectable qui satisfait pleinement ce désir de notoriété enraciné en lui, mais à condition qu’il se fonde sur la sincérité, qu’il vise l’agrément de Dieu et qu’il ne fasse pas de cette notoriété un but en soi.

Un tel homme perd quelque chose de peu d’importance, je dirais même, d’insignifiant, et il gagne en échange une chose de grande importance, je dirais même, d’inestimable. Puis ce gain, tout en étant d’une immense valeur, ne lui cause en contrepartie aucun tort. Au contraire, il chasse un certain nombre de serpents et attire à lui en échange l’amitié d’un grand nombre de créatures bénies qui sont pour lui une réconfortante compagnie. Il chasse des guêpes et attire des abeilles, lesquelles sont les sources de la boisson de miséricorde, dont il puise du miel. Ce qui signifie qu’il s’entoure de gens qui l’aiment et que ces gens lui font bénéficier d’une pluie de prières et servent à son esprit une eau abondante comme la source paradisiaque Salsabîl des quatre coins du monde islamique. Ce qui est retranscrit dans le registre de ses bonnes œuvres.

Il m’est arrivé de donner cet exemple avec un peu de fermeté et de sévérité à un jeune homme qui occupait en ce bas monde une place très importante, mais dont la place valut le mépris et la moquerie du monde islamique en raison d’une grande sottise qu’il avait commise pour y parvenir.

Cette leçon le secoua vivement. Mais hélas, comme je n’étais pas capable à cette époque de prémunir mon âme contre son désir de notoriété, cela n’eut pas sur lui l’effet escompté.

Deuxième piège

Le sentiment de peur est profondément ancré dans l’être humain. Or les oppresseurs, les tyrans et les fourbes savent user de cette faiblesse humaine pour brider les couards. De nombreux intrigants et défenseurs de l’égarement savent également tirer parti de cette faiblesse chez les gens, et en particulier chez les savants. Ils s’emploient énergiquement à susciter en eux la terreur et à les flouer par d’illusoires craintes. Ils font comme fait un fourbe qui s’avance vers un homme sur sa terrasse en lui présentant des choses effrayantes et en attisant ses craintes pour le faire reculer jusqu’au bord de la terrasse et lui faire subir une chute mortelle.

C’est ainsi que les défenseurs de l’égarement attisent le sentiment de peur inhérent aux hommes et qu’ils parviennent à leur faire abandonner des devoirs capitaux au moyen de craintes insignifiantes. À tel point que certains se jettent dans la gueule du serpent pour échapper à la piqure du moustique !

J’illustrerais cela par une histoire.

Un soir, nous étions arrivés près du pont d’Istanbul avec un savant éminent qui avait peur de monter en barque. Hélas, nous n’avions pas d’autre moyen de traverser que de monter dans une telle embarcation et nous devions nous rendre à la Mosquée d’Abû Ayyûb al-Ansârî. Je tentais alors de le convaincre que nous n’avions pas d’autre choix. Mais il me dit :

Ça m’inquiète. Nous pourrions nous noyer !

Combien y a-t-il de barques dans cette baie, lui demandais-je ?

Mille peut-être.

Et combien d’entre elles coulent par an ?

Une barque ou deux au plus. Et il arrive qu’aucune barque ne coule durant plusieurs années.

Et combien y a-t-il de jours dans l’année ?

Trois cent soixante.

La probabilité de couler qui te préoccupe et te fait trembler est donc d’une sur trois cent soixante mille. Et un individu effrayé par une telle probabilité ne peut être considéré comme un être humain ou même un animal !

Puis j’ajoutais :

Combien de temps crois-tu pouvoir vivre encore ?

Je suis vieux. Peut-être vivrais-je encore dix ans.

Il est probable que tu meurs chaque jour qui passe, car le terme fixé nous est caché. Partons donc du principe que chaque jour compte pour une probabilité de mourir. Tu as donc une chance sur trois mille six cents de mourir aujourd’hui. Cette probabilité n’est pas la même que pour la barque qui est d’une sur trois cent mille. Elle est d’une probabilité plus forte : d’une sur trois mille. Et il est possible que cette probabilité s’actualise aujourd’hui. Il ne te reste donc plus qu’à pleurer et à écrire ton testament !

Ma parole eut sur lui un grand effet. Il retrouva ses esprits et consenti à embarquer, bien que tremblant. Quand nous étions sur l’eau, je lui déclarais :

Dieu, exalté soit-Il, nous a dotés du sentiment de peur pour que nous veillions à préserver notre vie, non pour que nous participions à la détruire. Il ne nous a pas dotés non plus de ce sentiment pour rendre l’existence amère, affligeante et éprouvante. Si une peur procède d’une probabilité d’une sur deux, sur trois, ou même sur cinq ou six, ça n’est pas grave. Il se peut même qu’une telle peur soit légalement louable du fait qu’elle participe de la prudence et de la précaution. Mais si en revanche elle procède d’une probabilité sur vingt ou quarante, alors il ne s’agit plus d’une peur, mais d’une illusion qui s’empare de l’homme et rend sa vie douloureuse et malheureuse.

Mes frères ! Pour cette raison, si les suppôts de l’égarement vous importunent par leurs suggestions malveillantes, où que les athées sournois tentent de vous effrayer pour vous détourner de votre combat spirituel sacré, dites-leur :

Nous sommes le parti du Coran. Nous nous réfugions dans son enceinte fortifiée. Or le sublime Livre Saint est préservé : le Seigneur Lui-même se charge de sa protection comme en atteste Sa parole :

اِنَّا نَحْنُ نَزَّلْناَ الذِّكْرَ وَاِنَّا لَهُ لَحَافِظُونَ « Nous avons fait descendre le souvenir et nous nous chargeons de le protéger. » (15/9) Nous sommes donc entourés d’une immense muraille, laquelle n’est autre que :

حَسْبُنَا اللهُ وَنِعْمَ الْوَكِيلُ « Dieu nous suffit. Et quel excellent garant est-Il ! » (3/173) Vous ne pourrez donc pas nous pousser de notre propre gré vers une voie qui nous causerait fatalement mille torts dans notre vie future, par peur d’un tort insignifiant qui nous toucherait dans cette courte vie selon une probabilité d’une sur des milliers.

Dites-leur encore :

Qui parmi nous, et qui parmi ceux qui suivent le chemin de vérité a subi des nuisances à cause de Sa‘îd an-Nûrsî, qui est notre partenaire dans le service du Coran, notre professeur organisant ce service sacré et notre guide dans ce travail ? Qui parmi ses élèves particuliers a-t-il été touché par un quelconque malheur, pour que nous craignions d’être touché nous aussi, ou pour que nous nous préoccupions et entretenions la crainte d’une telle nuisance éventuelle ? Notre frère dont il est question a des milliers d’amis et de coreligionnaires. Or nous n’avons jamais entendu dire que l’un d’eux ait été touché par un quelconque malheur depuis près de trente ans, bien qu’il ait exercé une forte influence dans la vie sociale durant cette période où il détenait un certain pouvoir politique. En outre, à ce jour, il ne possède plus rien, si ce n’est la lumière de la vérité qu’il a substituée au pouvoir politique. Même si son nom a été associé à celui des gens impliqués dans les événements du 31 mars et qu’un certain nombre de ses amis sont morts. Car il est apparu à postériori que l’événement avait été organisé par d’autres personnes. Et ses amis n’ont pas été touchés en raison de leur lien d’amitié avec lui, mais à cause de ses ennemis. Il a par ailleurs sauvé un grand nombre de ses amis à cette période.

Mes frères ! Partant de là, vous devez dire aux égarés instigateurs ce qui suit :

Nous n’agréons pas de mettre en péril un trésor éternel en raison de la crainte d’un mal dont la probabilité est d’un sur mille, ou même plusieurs milliers. Ne nourrissez donc pas un tel espoir, démons humains que vous êtes !

Vous devez les chasser et les faire taire par ces mots.

Et dites-leur encore :

Même si la probabilité d’être touché par un malheur et de mourir était d’une sur une, et non pas d’une sur des milliers, nous n’abandonnerions pas davantage Sa‘îd an-Nûrsî, tant qu’il nous resterait un atome de raison. Parce que l’expérience montre, à travers de très nombreux exemples, que ceux qui abandonnent leur professeur ou leurs frères plus avancés pendant les périodes d’épreuves et de malheurs sont touchés en priorité. Outre le fait qu’ils commettent en cela un acte criminel, dénué de toute miséricorde. Ils seront rétribués à la façon des lâches. Ils gouteront à une mort physique aussi bien que spirituelle, du fait de leur avilissement. Et ceux qui seront chargés de les supplicier ne les traiteront avec aucune compassion parce qu’ils diront :

Ces gens ont abandonné leur professeur compatissant envers eux. Ce sont donc des gens indignes et immoraux qui ne méritent pas la miséricorde, et qui méritent davantage le mépris et l’opprobre.

Si la réalité est telle. Et si lorsqu’un oppresseur a l’intention de piétiner un individu, celui-ci se met à embrasser ses pieds, alors son cœur est écrasé par cette humiliation et son esprit meurt avant son corps. Il perd sa tête et son honneur. Parce qu’en révélant sa faiblesse à cet oppresseur impitoyable, il l’encourage à l’écraser davantage.

En revanche, si la victime crache au visage de son oppresseur, il sauve son cœur et son esprit, et il est compté au nombre des martyrs par le sacrifice de son corps.

Oui, crachez au visage des oppresseurs impudents !

Lorsque les Anglais occupèrent Istanbul, et qu’ils détruisirent les canons dans le détroit [du Bosphore], l’archevêque de l’Église anglicane posa à l’assemblée des savants musulmans six questions. J’étais à cette époque un membre de la Maison de la sagesse islamique. Ils me dirent : « Réponds à leurs questions en six cents mots comme ils le veulent. » Je leur déclarais : « La réponse à ces questions ne peut se faire avec six cents mots ou six mots, ou même un mot : elle doit se faire avec un crachat ! »

Parce que quand cet état piétine nos valeurs et nous étouffe, comme vous le voyez, il convient de cracher au visage de leur archevêque en réponse aux questions qu’il pose avec autant d'outrecuidance. C’est pourquoi je vous dis : « crachez au visage des oppresseurs impudents. »

J’ajouterais que face à un état immense comme l’Angleterre, à l’époque où elle occupait nos terres, la réponse que je fis - par mon comportement - et le défi que je lançais auraient dû me conduire à la mort immanquablement. Mais la protection coranique m’en préserva. Aussi, cette protection doit-elle vous être suffisante pour compenser cent faiblesses, face à des nuisances d’une probabilité d’un sur cent de la part des oppresseurs.

Puis, mes frères ! Un grand nombre d’entre vous a servi par le passé dans les rangs de l’armée. Et ceux qui n’y ont pas servi ont dû entendre sans aucun doute (que ceux qui ne l’auraient pas entendu l’entendent de ma voix) : que la plupart de ceux qui sont blessés où tués durant la guerre, sont ceux qui abandonnent leurs tranchées où leurs positions. À l’inverse, ceux qui subissent le moins de torts sont ceux qui tiennent leurs positions. Le verset coranique

قُلْ اِنَّ الْمَوْتَ الَّذِى تَفِرُّونَ مِنْهُ فَاِنَّهُ مُلاَقِيكُمْ « Dis : la mort que vous fuyez vous rattrapera. » (62/8) indique en substance que ceux qui fuient la mort la rencontrent plus prestement que les autres.

Troisième piège démoniaque

Les démons prennent beaucoup de gens dans les filets de l’avidité et de l’orgueil. Et nous avons établi dans de nombreuses épitres, en nous fondant sur des preuves indiscutables tirées du Coran et de son commentaire, que les biens nourriciers licites s’acquièrent à la mesure du degré [témoigné] d’impuissance et d’indigence, non en proportion du degré de volonté et de capacité propres. D’innombrables indices, de signes et de faits probants attestent de cela. J’en donnerais les exemples suivants :

Les arbres, qui sont des formes d’êtres vivants dépendant de biens nourriciers, se tiennent immobiles à leur place et ces biens leur parviennent pourtant. Les animaux, quant à eux, ne bénéficient pas d’une alimentation et d’une croissance aussi parfaite en raison de leur avidité et de leur manière immodérée de courir après la nourriture. Les poissons les moins intelligents, les plus insensés, les plus faibles et les plus impuissants se nourrissent de la plus abondante manière bien qu’ils vivent dans le sable. Ils sont généralement bien en chair. En revanche, les singes, les renards et les animaux doués d’intelligence et de capacités semblables sont généralement très maigres et très faibles en raison de leur mauvaise alimentation.

Tout cela montre que l’intermédiaire des biens nourriciers ne réside pas en la capacité propre, mais en le [témoignage] d’indigence dont font preuve les êtres.

La bonne alimentation dont bénéficient les enfants ou les petits des animaux, les largesses de lait pur qui leur sont dispensées depuis les trésors de miséricorde divine de manière indépendante d’eux-mêmes, est l’expression d’une miséricorde face à leur faiblesse et d’une compassion face à leur impuissance, et à l’inverse, la rude survie des bêtes fauves, indique que les biens nourriciers licites procèdent de l’impuissance et de l’indigence, non de l’intelligence et de la capacité propre.

Les juifs, qui sont connus pour être les plus avides d’agréments, déploient plus d’efforts que toutes les nations pour réunir des richesses. Mais ils sont malgré cela plus avilis et plus humiliés que quiconque. Même les riches parmi eux vivent dans l’opprobre. Et les richesses qu’ils accumulent par le biais de l’usure et d'autres activités illégales n’entrent pas en compte, car il ne s’agit pas de biens licites.

De nombreux lettrés et savants vivent du strict minimum alors que de nombreux sots s’enrichissent. Cela montre que le moyen de se procurer les biens n’est pas l’intelligence et les capacités propres, mais l’impuissance et l’indigence par le biais de cette forme d’abnégation caractérisée par la remise de soi confiante à Dieu, et par le biais de la requête adressée au Seigneur, que ce soit à travers des mots, des comportements ou des actions.

Le verset : اِنَّ اللهَ هُوَ الرَّزَّاقُ ذُو الْقُوَّةِ الْمَتِينُ « Dieu est Celui qui fait largesse des biens nourriciers, et Celui qui dispose de la force inflexible. » (51/58) fait état de cette vérité. Il est la preuve irrécusable de ce que nous avançons. Parce que l’ensemble des plantes, des animaux et des enfants récitent ce verset à travers leur état. Je dirais même que toutes les formes d’êtres dépendants de biens nourriciers le récitent.

Ces biens sont alloués selon le destin décrété par Dieu ; ils sont dispensés largement. Et Celui qui les dispense et les destine n’est autre que le Très-Haut, le Clément, le Généreux.

Que ceux qui consentent à recevoir de l’argent illicite, qui font fi de leur conscience et même de leurs principes sacrés pour un dessous-de-table, et qui déploient des efforts au-delà du raisonnable pour finalement suspecter la miséricorde du Très-Haut et discréditer Sa générosité…que ceux-là considèrent à quel point leur attitude est sotte et inconséquente.

Les gens esclaves de ce monde et en particulier les égarés, ne donnent pas leur argent facilement. Ils en attendent au contraire une contrepartie exorbitante. Il se peut qu’un peu d’argent permette de prolonger d’un an une vie terrestre, mais c’est parfois au prix de la perte d’une vie éternelle. Si bien que ce vain désir attire sur l’individu la colère de Dieu alors même qu’il tente de gagner les faveurs des égarés.

Alors, mes frères !

Si les flagorneurs partisans de ce monde vous tendent leurs filets et si les hypocrites parmi les égarés tentent de vous faire tomber dans l’avidité enracinée dans l’être humain, alors pensez à cette vérité que je viens d’évoquer. Et faite de votre frère que voici un exemple.

Car je vous garantis que le contentement et la parcimonie vous assureront une longue vie et vous procureront des biens plus profus qu’un salaire mensuel. D'autant plus que cet argent illicite qui vous est accordé aura une contrepartie bien plus grande, je dirais même mille fois plus grande. Et même si ça n’est pas le cas, cela entraverait complètement ou partiellement votre activité pour le Coran, laquelle peut vous procurer un trésor éternel à chaque heure que vous lui consacrez. Ce qui est une perte considérable et un manque à gagner terrible que ne sauraient compenser tous les salaires du monde.

Remarque : Les égarés habitués à l’hypocrisie et à la fourberie tendent des appâts et ourdissent des plans dès qu’ils ne peuvent s’opposer aux vérités religieuses issues du Saint Coran que nous publions.

Ils essaient par tous les moyens de me séparer de mes amis. Ils attisent leur désir de notoriété et leur avidité, suscitent en eux la peur et me dénigrent en m’attribuant faussement des torts.

Dans notre service sacré, nous n’entreprenons que des actions positives. Mais afin d’écarter les entraves faites aux œuvres de bien, nous sommes malheureusement parfois obligés d’entreprendre des actions négatives.

Et face aux assertions fallacieuses de ces hypocrites, je mets en garde mes frères contre les trois pièges évoqués. Je tente en cela de les préserver de tels dangers. Il se trouve que les attaques les plus violentes sont lancées contre moi actuellement. Car d’aucuns déclarent : « Sa‘îd est un kurde ! Pourquoi le respectez-vous tant et pourquoi le suivez-vous ? »

Je me vois donc contraint de signaler par écrit le quatrième piège diabolique avec le langage de « l’ancien Sa‘îd ». Je le fais à contrecœur afin de faire taire ces gens.

Quatrième piège démoniaque

Certains athées occupant des fonctions importantes lancent contre moi des assauts virulents. Ils font circuler des calomnies que leur ont soufflées le Malin et les égarés, dans le but de monter mes frères contre moi et susciter en eux un esprit patriotique xénophobe. Ils leur disent en effet :

Vous êtes turcs. Et il y a parmi le peuple turc des savants, des gens de mérite et des gens de réalisation spirituelle nombreux, grâce à Dieu. Alors que ce Sa‘îd est kurde ! Aider quelqu’un qui n’appartient pas à votre nation va à l’encontre de l’honneur patriotique !

Réponse : Misérables athées ! Je suis, Dieu soit loué, musulman. J’appartiens à la communauté sublime qui compte trois cent cinquante millions d’individus à toute époque. Je demande à Dieu cent mille fois de me préserver de renoncer à ce très grand nombre de frères estimables qui entretiennent un lien fraternel éternel et qui me font bénéficier de leurs invocations sincères – parmi lesquels l’immense majorité des Kurdes ; et d’échanger l’appartenance à ce groupe béni contre l’adhérence à un nationalisme xénophobe, pour faire plaisir à quelques individus précis portant le nom de Kurdes, et étant considérés comme tels, qui ont choisi de suivre la voie de l’athéisme et de renoncer aux prescriptions religieuses et aux valeurs.

Misérable athée ! Cette attitude ressemble bien aux sots de ton espèce, qui négligent le lien fraternel authentique, lumineux et bénéfique, d’une immense communauté comptant trois cent cinquante millions d’individus, pour gagner les faveurs de mécréants magyares ou de quelques Turcs occidentalisés et désengagés de la religion. Mais une telle fraternité ne peut être bénéfique, même dans ce monde.

Comme nous avons déjà explicité la nature et les dangers du nationalisme de façon argumentée dans le troisième sujet de l’« Écrit » 26, nous renvoyons le lecteur à cette épître. Nous éclaircirons en revanche une vérité exprimée de manière synthétique à la fin de ce troisième sujet :

Je déclare à ces athées qui se targuent d’honneur et de loyauté en se cachant derrière le nationalisme turc, mais qui sont en réalité les ennemis de la nation turque :

J’entretiens avec les croyants de ce pays que l’on appelle les Turcs une relation très étroite, et eux-mêmes entretiennent un lien fraternel fort, sincère, authentique et éternel avec la communauté musulmane. Puis j’éprouve un amour profond et me sens fier – au nom de l’islam – d’être solidaire des enfants de ce pays qui ont porté le sublime étendard du Coran aux quatre coins du monde durant mille ans.

Quant à toi, le traitre et le présomptueux, tu ne disposes que d’une fraternité fictive, illusoire, temporaire et basée sur le racisme et les intérêts personnels, puisque tu négliges les réels objets de gloire nationaux du peuple turc et que tu en fais fi.

Je te demande donc :

La communauté turque se résume-t-elle à un groupe de jeunes inconscients de vingt à quarante ans seulement, désireux d’assouvir leurs passions ?

Les bienfaits de la fierté nationale se résument-ils à une éducation occidentale accroissant leur inconscience, les habituant à la corruption et à l’immoralité, et les encourageant à commettre des péchés graves ?

Ou se résument-ils à leur accorder un plaisir temporaire et une réjouissance éphémère, pour les condamner ensuite aux pleurs lorsqu’ils seront vieux ?

Si la fierté nationale se résume à cela, si le progrès et le bonheur se résument à cela et si tu prônes cette forme de nationalisme turc et défends une communauté à cette image, alors je me désolidarise totalement de ce nationalisme turc, et il t’appartient de te désolidariser de moi également.

Si tu as un tant soit peu de cœur, de probité, et de loyauté envers ta nation, je t’invite à considérer les catégories suivantes puis de me répondre :

Les fils de cette nation, que l’on appelle les Turcs, se divisent en six catégories :

La première catégorie est celle des gens pieux et vertueux.

La deuxième est celle des gens malades et des gens affectés par un mal ou un malheur.

La troisième est celle des personnes âgées.

La quatrième est celle des nourrissons et des enfants.

La cinquième est celle des pauvres et des nécessiteux.

La sixième est celle des jeunes populations.

Les cinq premières catégories ne font-elles pas partie du peuple turc ? N’ont-ils pas droit d’entretenir un sentiment patriotique ? Cela fait-il partie de la fierté nationale que de nuire à ces cinq catégories de gens, de leur ôter la joie, de troubler leur humeur et de compromettre leur quiétude, dans le seul but de susciter en l’âme des gens de la sixième catégorie une joie enivrante ? Celui qui porte préjudice à la majorité est un ennemi pas un ami. Parce qu’un état se fonde sur la majorité.

Je te demande donc : l’intérêt principal de la première catégorie – c'est-à-dire les gens de foi et de piété – réside-t-il en la civilisation occidentale ? Ou réside-t-il dans la conformation à la voie de vérité à laquelle ils aspirent et le sentiment de sérénité véritable que prodigue la foi en une félicité éternelle ?

La voie que vous suivez, toi et tes semblables partisans d’un nationalisme engagé dans l’égarement, éteint la lumière spirituelle des croyants pieux, altère leur sentiment de sérénité véritable, leur présente la mort comme un anéantissement éternel et leur affirme que la tombe est une porte s’ouvrant sur une séparation définitive.

L’intérêt principal de la deuxième catégorie – c'est-à-dire les malades et les affligés privés d’espoir en cette vie – réside-t-il en la civilisation occidentale ? Alors que ces misérables attendent une lumière, aspirent à la quiétude, espèrent une récompense pour le mal qui les touche, désirent se venger de ceux qui ont exercé sur eux leur tyrannie et aimeraient conjurer la peur de la porte du trépas dont ils approchent. Il se trouve que la fallacieuse fierté nationale que vous défendez toi et tes semblables assène une violente claque à ces affligés qui ont le plus pressant besoin de réconfort, de compassion, de mansuétude et de soins pour leurs maux. Au lieu de cela, vous faites pénétrer la douleur plus profondément dans leurs cœurs blessés, vous trompez leurs attentes et vous les condamnez à un affligeant et permanent désespoir !

Est-ce cela la loyauté patriotique ? Est-ce ainsi que vous servez la nation et défendez ses intérêts ?

La troisième catégorie est celle des personnes âgées, lesquels représentent un tiers du peuple. Ceux-ci se rapprochent de la tombe et sont près de mourir ; ils s’éloignent d’autant de ce bas monde et sentent la proximité de l’au-delà ! Aussi, l’intérêt de ces gens est-il d’étudier la vie des tyrans comme Gengis Khan et Hulagu : ces vies empreintes de trahisons ? Leur intérêt réside-t-il en vos formes d’actions actuelles qui font oublier l’au-delà et attachent à la vie, ces actions ineptes qui manifestent une régression spirituelle en dépit du nom de progrès qui leur est donné en vertu de quelques apparences. La lumière de l’au-delà se cache-t-elle dans le cinéma ? Et la paix de l’âme réside-t-elle dans le théâtre ?

Puis, alors que ces vieillards affaiblis attendent un certain respect et une certaine considération de la part des gens d’honneur et de loyauté, voilà qu’on les interpelle en ces termes : vous serez réduits à néant pour toujours ! Ce qui leur inspire que la porte de la tombe en laquelle ils attendent la miséricorde n’est que la bouche d’un serpent prêt à les avaler ; et leur laisse entendre en substance : C’est vers ça que vous allez ! Ils reçoivent de tels propos comme autant de coups et se font immoler moralement.

Si c’est là la loyauté patriotique et l’amour de la nation, alors je demande cent mille fois à Dieu de m’en préserver.

La quatrième catégorie est celle des enfants. Ceux-là attendent que l’amour patriotique leur accorde de la miséricorde et de la compassion.

La foi en Dieu, ce Créateur Tout-Puissant et Miséricordieux, est ce qui donne à leur esprit la gaité et leur permet de s’épanouir et de développer leurs dons joyeusement, du fait de leur faiblesse et de leur impuissance. Ils peuvent aborder la vie avec entrain grâce à la confiance en Dieu que leur enseigne la foi et grâce à l’abnégation que leur enseigne l’islam. Et cet enseignement les prépare à faire front aux situations difficiles et aux craintes qu’ils rencontreront.

Peut-on remplacer ça par l’enseignement d’un progrès social avec lequel ils n’entretiennent qu’un faible lien et par l’enseignement d’une philosophie matérialiste dénuée de toute lumière, cette philosophie qui leur ôte toute force morale et prive leurs esprits de lumière ?

Car si l’être humain n’était qu’un animal dépourvu de raison, ces enfants innocents trouveraient pour quelque temps un peu de divertissement puéril dans ces principes étrangers et ils tireraient un profit pour leur vie terrestre en cette éducation moderne que vous déguisez sous les traits d’une éducation nationale.

Mais ces innocents descendront fatalement dans l’arène de l’existence comme tout être humain. Ils seront alors exposés à des souffrances très étrangères à leurs jeunes cœurs bienveillants et ils concevront en leurs jeunes pensées de grands projets.

Et puisqu’il en est ainsi, il convient de leur donner un point d’ancrage fort et une source d’inspiration qui ne cessera pas d’enraciner en eux la foi en Dieu et en le jour dernier. C’est ce qu’implique la compassion envers eux, étant donné leur impuissance et leur indigence extrême. Et c’est uniquement ainsi que l’on peut leur manifester cette compassion et cette miséricorde. Sans quoi, prodiguer à ces enfants innocents la seule compassion d’une loyauté patriotique reviendrait à les sacrifier moralement comme une mère prise de folie égorge son enfant. Je dirais même que c’est les trahir durement et faire preuve d’une indigne cruauté envers eux.

La cinquième catégorie est celle des faibles et des nécessiteux.

Les pauvres, qui assument d’autant plus péniblement cette existence que la pauvreté ajoute à leurs douleurs, et les gens fragiles, qui souffrent davantage que les autres des vicissitudes de la vie, n’ont-ils pas droit à leur part de loyauté patriotique ?

Leur lot se résume-t-il à ces méfaits que vous perpétrez au nom de cette occidentalisation et de cette civilisation pharaonique qui fait fi de la pudeur, contente les lubies de riches imbéciles, permet d’illustrer des tyrans jouissant de grands pouvoirs injustement employés, et ne fait qu’ajouter au désespoir et à la douleur des miséreux ?

Non ! Le baume capable de soulager les plaies que leur cause la misère ne réside en rien dans le nationalisme xénophobe. Il faut le chercher dans l’officine sacrée de l’islam.

On ne saurait pas plus donner la force et le courage de lutter aux gens faibles à travers une philosophie naturaliste enténébrée et fondée sur l’idée d’un hasard aveugle et d’une nature insensée. Il faut puiser cela en la ferveur islamique et en l’insigne communauté des musulmans.

La sixième catégorie est celle des jeunes populations. S’il y avait en la jeunesse de ces jeunes une pérennité possible, il y aurait en cette ivresse juvénile que vous leur servez à travers le nationalisme négatif une utilité provisoire et un intérêt particulier. Mais il se trouve que la vieillesse et les douleurs finissent par dégriser les hommes et que l’aube de la vieillesse réveille à terme les gens de ce sommeil apportant son lot de regret. Les jeunes pleurent alors amèrement et accusent le douloureux contrecoup de cette ivresse juvénile. En outre, le mal que leur cause la fin de ce rêve agréable se traduit par une terrible affliction, à tel point qu’ils soupirent de dépit et se disent : hélas, j’ai perdu ma jeunesse ; ma vie est bientôt épuisée et je vais aborder la tombe les mains vides ! Si seulement j’avais été plus sage et m’étais rendu à la raison !

Le bénéfice du nationalisme de cette catégorie de gens se résume-t-il en un plaisir très éphémère suivi des pleurs et de regrets durables ? Leur félicité et leur joie de vivre ici-bas ne consistent-elles pas plutôt à se montrer reconnaissant pour le bienfait de la jeunesse dont ils jouissent en utilisant ce temps agréable pour acquérir la droiture et non la désinvolture, de manière à faire perdurer spirituellement cette jeunesse à travers l’adoration, et de manière à gagner par leur comportement intègre ici-bas une jeunesse pérenne dans la demeure de félicité éternelle ?

Si tu as un tant soit peu de cœur, répond à ces questions.

Conclusion : si la nation turque se limitait à cette sixième catégorie, c'est-à-dire à la jeune population, que la jeunesse de ceux-ci était éternelle et qu’ils n’avaient d’existence que celle-ci, alors leurs actions teintées d’occidentalisme sous couvert de nationalisme turc pourraient être considérée comme une loyauté patriotique et un amour de la nation. Dans ce cas, vous pourriez dire à un individu comme moi qui ne se soucie que peu des affaires de ce monde, qui considère le fanatisme comme un mal aussi acerbe que la syphilis, qui lutte pour que les jeunes s’affranchissent des passions et des désirs illicites, et qui est née en d’autres terres : « C’est un kurde, ne le suivez pas ! »

Peut-être alors défendriez-vous une cause légitime.

Mais puisque que les enfants de cette nation que l’on appelle les Turcs se divisent en six catégories, comme nous venons de le voir, alors le fait de nuire à cinq de ces six catégories et de leur interdire la quiétude, et le fait de réserver un plaisir terrestre éphémère et de funeste conséquence à une seule de ces catégories en allant jusqu’à les enivrer, n’est assurément pas l’expression d’une loyauté envers la nation turque, mais une agression envers elle.

C’est vrai, sous le rapport des origines, je ne suis pas turc. Mais j’ai lutté et je lutte encore, en y employant toutes mes forces, pour défendre les intérêts des hommes pieux, des malheureux, des gens âgés, des enfants et des démunis turcs ; et j’essaie en outre de préserver les jeunes, qui sont la sixième catégorie, d’adopter les comportements illicites qui empoisonnent leur existence terrestre, qui compromettent leur vie future et qui, pour un rire d’une heure, conduisent à des pleurs d’un an.

Voilà ce que je fais depuis vingt ans – pas seulement depuis six ou sept ans – et les épitres puisant à la lumière du Coran que j’ai publiées en langue turque sont à la portée de tous.

Oui, ces enseignements puisés dans les trésors des lumières coraniques – grâce à Dieu – ont donné aux hommes pieux et vertueux la lumière dont ils avaient grandement besoin.

J’ai indiqué aux malades et aux gens touchés par des malheurs que le plus bénéfique soin et le plus efficient remède se trouvent dans l’officine sacrée du Coran.

J’ai démontré – par les lumières du Coran – aux vieillards s’approchant de la porte de la tombe que cette porte ouvre sur la miséricorde et non sur le néant.

Pour les enfants aux cœurs encore bienveillants et fragiles, j’ai puisé dans les trésors du saint Coran des principes de base très solides leur permettant de faire front aux malheurs, aux dangers et aux nuisances ; et je leur ai donné une perspective réellement utile dont ils peuvent faire l’axe d’espoirs et de souhaits innombrables.

Puis ces enseignements ont allégé le fardeau harassant sous lequel courbait le dos des êtres pauvres et faibles, grâce aux vérités coraniques traitant de la foi.

Nous œuvrons donc à servir les intérêts de ces cinq catégories de citoyens de la nation turque. Quant à la sixième, qui est celle des jeunes populations, nous entretenons un lien de fraternité sincère avec les plus vertueux d’entre eux, sachant que nous ne concevons aucun lien d’amitié, de quelque forme que ce soit, avec les athées comme toi. Parce que nous ne considérons pas que l’athée s’excluant de la communauté musulmane – en laquelle résident les véritables titres de gloire des Turcs – fait partie de la nation turque. Nous considérons au contraire qu’il s’agit d’un étranger qui se camoufle sous un masque turc. De tels individus, même s’ils prétendent obstinément défendre la ferveur nationale turque, n’illusionnent pas les gens de vérité, parce que leurs actes et leurs comportements disent tout le contraire.

Ainsi donc, vous autres athées occidentalisés qui tentez de séparer de moi mes authentiques frères par vos assertions spécieuses, quel service rendez-vous à cette nation ? Vous éteignez la lumière des gens de piété et de vertu qui constituent la première catégorie ; vous empoisonnez les blessures de ceux qui ont le plus pressant besoin de soins et de miséricorde, soit la deuxième catégorie ; vous privez de leur quiétude ceux qui méritent le plus le respect et la considération - je dirais même que vous les condamnez au plus complet désespoir, soit la troisième catégorie ; vous ôtez toute la force morale de ceux qui ont le plus grand besoin de compassion et vous soufflez la flamme de leur humanité véritable, soit la quatrième catégorie ; vous ôtez tout espoir à ceux qui ont le plus impérieux besoin d’aide et de réconfort, au point de rendre la vie plus effrayante à leurs yeux que la mort, soit la cinquième catégorie ; et vous versez à la jeunesse inconsciente une boisson aux funestes et douloureuses conséquences alors qu’ils ont plus besoin que quiconque d’être encouragés à la lucidité et d’être réveillés, soit la sixième catégorie.

Le nationalisme pour lequel vous sacrifiez un grand nombre de principes sacrés se définit-il ainsi ?

Est-ce avec un tel nationalisme que vous servez l’intérêt des Turcs ? Quant à moi je demande à Dieu mille milliers de fois de m’en préserver.

Messieurs ! Je sais que lorsque vous perdez sur le terrain de la vérité, vous avez recours à la force. Mais la force réside en la vérité et la vérité ne s’obtient pas par l’usage de la force. Aussi, même si vous placiez le monde enflammé sur ma tête, cette tête que je donne en sacrifice pour la vérité coranique ne se soumettrait jamais à vous.

Je vous informe aussi que si des milliers de gens comme vous m’assaillaient, et non seulement quelques individus méprisables aux yeux de la communauté, je ne leur donnerais pas plus d’importance qu’à des bêtes fauves.

Que pouvez-vous me faire

Le plus que vous puissiez faire est de mettre un terme à ma vie ou entraver mon service du Coran, étant donné que mon lien à cette existence se limite à ces deux choses.

Nous avons la conviction, aussi sûr que si nous pouvions le voir, que la destinée ne peut être changée et qu’elle est fixée par le décret du Très-Haut. Je ne cèderais donc pas si je devais aller au-devant du martyr. Je l’attends même avec impatience, d'autant plus que je suis âgé et que je ne crois pas pouvoir vivre plus d’un an. Ce que je souhaite le plus au monde est donc de gagner une vie éternelle par le biais du martyr en échange de cette vie présente.

Et en ce qui concerne le service du saint Coran, Dieu, exalté soit-Il m’a gratifié par Sa miséricorde, de frères bénis œuvrant pour le Coran et la foi. Si bien que ce service se prolongera après ma mort en de nombreux centres au lieu d’un seul. Et si la mort me faisait taire, d’autres voix fortes prendraient le relai de ce service et parleraient à ma place.

Je peux même dire qu’une graine enterrée donne naissance par sa mort à un épi portant cent graines de cette fonction au lieu d’une seule.

Je fonde ainsi l’espoir que ma mort serve le Coran plus que ma vie.

Cinquième piège démoniaque

Les suppôts de l’égarement visent à me séparer de mes frères en se servant de l’égocentrisme et de l’infatuation enfouie dans l’être humain. Il est vrai que la plus dangereuse racine évoluant en l’être humain est celle de l’infatuation ; elle est un grand point faible. Et ces gens peuvent réussir, par des soins intéressés et des minauderies, à causer de grandes nuisances.

Mes frères ! Soyez prudents, afin qu’ils ne vous attaquent pas par ce flanc et ne tirent pas parti de cette corde sensible pour vous flouer.

Les gens de l’égarement à notre époque font du « moi » leur monture et celui-ci les entraine dans les vallées de la perdition. Quant aux gens de vérité, ils ne peuvent servir le Vrai sans renoncer au « moi ». Et même s’ils servent un droit et une justice dans leur usage de ce « moi », ils doivent y renoncer afin de ne pas ressembler à ces autres gens. Car ils supposeraient alors qu’ils sont comme eux et qu’ils ne font que servir leur personne. C’est pourquoi le fait de ne pas renoncer au « moi » revient à ne pas faire grand cas de la vérité tout en prétendant la servir.

En outre, le service coranique autour duquel nous sommes assemblés implique le rejet du « moi » et impose l’adoption du « nous ». Ne dites donc pas : « moi » ! Mais dites : « nous ».

Vous êtes certainement convaincus que votre frère que voici, cet indigent, ne s’est pas distingué dans ce domaine par le « moi » et qu’il ne fait pas de vous les serviteurs de son égocentrisme. Il vous présente au contraire un serviteur du Coran dénué d’égocentrisme. Il n’a pas d’autre ligne de conduite – comme il vous l’a expliqué – que de s’affranchir de l’infatuation et de se libérer du « moi ». Il a, de plus, démontré, en se fondant sur des preuves solides, que les enseignements et les ouvrages mis à disposition dans le but de servir les gens indistinctement sont la propriété de tous. Il s’agit en somme d’émanations du saint Coran qu’il n’appartient à personne de s’approprier sous la conduite de l’égocentrisme.

Nous refusons donc catégoriquement de nous approprier ces enseignements égoïstement. Mais tant que cette porte de vérités coraniques est ouverte – comme l’a dit un de mes frères – les gens de science et de perfection se doivent de fermer les yeux sur mes imperfections et mon indignité et ils se doivent de continuer d’avoir recours à ma personne et de s’y référer.

Il est vrai que les enseignements de nos vertueux prédécesseurs et des savants réalisés sont un immense trésor pouvant porter remède à tous les maux. Mais il arrive que la clé d’un trésor ait une importance plus grande que le trésor lui-même du fait que celui-ci est sous verrou et que la clé peut en permettre l’accès.

Or je pense que les savants émérites qui se font un point d’honneur à défendre la science, comprennent que les « Segments » publiés sont la clé de vérités coraniques et qu’ils sont un sabre de diamant qui s’abat sur le cou ce ceux qui tentent de nier ces vérités.

Que ces savants très soucieux de défendre la science sachent qu’ils ne sont pas mes élèves, mais qu’ils sont les élèves et les étudiants du saint Coran. Quant à moi, je ne suis que leur camarade d’étude. Et même si je prétendais être leur professeur – ce qui est impossible – comme nous avons trouvé une voie permettant de préserver toutes les catégories de gens de foi, depuis les gens du peuple jusqu’aux élites, contre les équivoques et les illusions auxquelles ils sont confrontés de nos jours, alors ces savants doivent trouver une voie plus facile encore ou se conformer à celle-ci et s’astreindre à l’enseigner et à l’adopter.

Les savants malveillants font l’objet d’une virulente réprimande. Les gens de science de notre époque doivent donc faire très attention. Supposons malgré tout – comme le font nos ennemis – que je m’employais à ce service de la foi pour flatter mon égo et gonfler mon orgueil. Ne voyez-vous pas que de nombreuses personnes se regroupent autour d’individus aux égos pharaoniques avec sérieux et abnégation, et qu’ils font preuve d’une grande solidarité pour défendre des intérêts mondains ou un parti quelconque. Alors votre frère que voici n’est-il pas en droit de vous demander de faire preuve de cohésion et de solidarité pour les vérités coraniques, en vous effaçant comme le font les défenseurs de ces intérêts mondains ? Le plus grand de vos savants n’a-t-il pas également tort de ne pas répondre à son appel, bien qu’il renonce lui-même à son égocentrisme et qu’il enjoigne les gens à se grouper autour des vérités coraniques ?

Mes frères ! Le plus dangereux aspect de l’égocentrisme, relativement à ce travail qui nous concerne, réside en la jalousie. Et si une œuvre n’est pas accomplie dans le seul but de plaire à Dieu, alors la jalousie apparaît et corrompt les œuvres. Pourtant, de même que la main droite de l’homme ne jalouse pas sa main gauche, que son œil ne jalouse pas son oreille et que son cœur ne jalouse pas son cerveau, ainsi êtes-vous comparables aux membres et aux sens du corps moral que constitue notre groupe. Votre devoir spirituel est donc de ne pas vous jalouser les uns les autres, mais au contraire, d’être heureux et fiers des vertus de chacun.

Il y a une autre question dont il nous reste à parler, il s’agit d’un fait grave : la jalousie que vous pourriez éprouver ou que pourraient éprouver les êtres qui vous sont chers à l’égard de votre frère, cet indigent que je suis. C’est là un fait des plus graves qui soient. Il y a parmi vous des savants éminents et chevronnés. Or il y a chez une partie des gens de science une fierté scientifique, même si la personne est humble en elle-même. Car sous ce rapport, elle reste orgueilleuse et égocentrique et ne se départit pas immédiatement de ce travers. Et même si l’individu déploie tous ses efforts pour contraindre son esprit et astreindre son cœur au service, son âme continue à vouloir se distinguer, à apparaître et à se faire connaître. Et ce, à cause de cet orgueil scientifique. Il se peut même qu’elle aspire à rivaliser avec les épitres existantes, bien que son cœur aime ces épitres et que son intellect les prise et les admire. Son âme leur voue ainsi une inimitié procédant de la jalousie scientifique et aspire à les déprécier afin que les productions de son esprit les surpassent. Pour cette raison, je suis contraint de dire :

La fonction de ceux qui participent à ces leçons relatives au Coran se limite – sur le plan des sciences religieuses – à expliquer les « Segments » existants, à les clarifier ou à les organiser, même s’ils sont des étudiants zélés et des savants chevronnés. Car de nombreux signes nous révèlent que c’est à nous que revient la fonction de prononcer des avis juridiques concernant ces sciences relatives à la foi. Si l’un d’entre ceux qui se trouvent au sein de notre cercle tentait d’écrire quelque chose sous la dictée de son âme conduite par l’orgueil scientifique – en dehors de l’explication et de l’éclaircissement – cela serait assimilé à un écrit à vocation de concurrence et une imitation détestable. Parce des signes et des faits probants indiquent ce qui suit :

Les différentes parties des « Épîtres de lumières » sont des émanations procédant des débordements de grâce du Saint Coran. Et chacun de nous se charge – selon la règle de partage des tâches et des fonctions – d’assumer une fonction dans ce travail pour le Coran. Et ce, afin de faire parvenir ces émanations depuis le paradis jusqu’aux nécessiteux.

Sixième piège démoniaque

Il consiste à ce que le Malin profite de l’inclination de l’être humain pour le repos et la tranquillité, ainsi que de l'indolence dont il fait preuve, une fois installé dans ses fonctions.

À l’évidence, les démons d’entre les djinns et les humains ne négligent pas un seul angle d’attaque. Lorsqu’ils voient un de mes amis au cœur solide, à la loyauté sans faille, à l’intention pure et à l’aspiration élevée, ils se regroupent autour de lui et l’assailent de la façon suivante :

Ils profitent de leur inclination pour le repos et la tranquillité et de leur tendance à l’indolence une fois installés dans leurs fonctions, pour en diminuer l’importance à leurs yeux et entraver ainsi leur action pour le Coran, ou pour les en détourner complètement, en leur tendant des pièges sournois. Ils leur trouvent ainsi un grand nombre d’activités qui les accaparent complètement à leur insu, si bien qu’ils n’ont plus le temps de s’occuper du Coran. Puis ils présentent à d’autres des agréments de ce monde afin de susciter en eux le désir et enflammer les passions, jusqu’à ce qu’ils négligent leur travail.

Quoi qu’il en soit, il serait long de passer en revue toutes les formes d’attaques des démons. Nous nous contenterons donc de ce qui vient d’être dit, en nous en remettant à votre lucidité et votre regard pénétrant.

Ô mes frères ! Œuvrez ! Œuvrez ! Cette mission que vous remplissez est une mission sacrée et ce service est hautement méritoire. Chaque heure que vous y employez est précieuse, au point de valoir peut-être l’adoration d’un jour complet…Sachez donc bien cela, afin que de ne pas gaspiller ces heures.

يَاۤ اَيُّهَا الَّذِينَ اٰمَنُوا اصْبِرُوا وَصَابِرُوا وَرَابِطُوا وَاتَّقُوا اللهَ لَعَلَّكُمْ تُفْلِحُونَ

وَلاَتَشْتَرُوا بِآيَاتِى ثَمَنًا قَلِيلاً

سُبْحَانَ رَبِّكَ رَبِّ الْعِزَّةِ عَمَّا يَصِفُونَ  ·  وَسَلاَمٌ عَلَى الْمُرْسَلِينَ  ·  وَالْحَمْدُ ِللهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ

سُبْحَانَكَ لاَعِلْمَ لَنَاۤ اِلاَّ مَاعَلَّمْتَنَاۤ اِنَّكَ اَنْتَ الْعَلِيمُ الْحَكِيمُ

اَللّٰهُمَّ صَلِّ وَسَلِّمْ عَلٰى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ النَّبِىِّ اْلاُمِّىِّ الْحَبِيبِ الْعَالِى الْقَدْرِ الْعَظِيمِ الْجَاهِ وَعَلٰۤى اٰلِهِ وَصَحْبِهِ وَسَلِّمْ اٰمِينَ

« Ô vous qui croyez, soyez patients, et incitez-vous à la persévérance et à l’effort. Peut-être trouverez-vous le succès. » (3/200)

« N’achetez pas Mes versets à vil prix. » (2/41)

« Glorifié soit ton Seigneur - le Seigneur Tout Puissant - au-delà de ce qu’ils décrivent. Que la paix accompagne les envoyés. Et louange à Dieu, Seigneur des mondes. » (37/180-182)

« Gloire à Toi, les seules sciences que nous possédons sont celles que Tu nous enseignes. Tu es le Savant, le Sage. » (2/32)

Mon Dieu, adresse Ta prière et Ton salut à notre maître Muhammad, le Prophète illettré, le Bien-aimé au sublime rang et à l’immense gloire, ainsi qu’à sa famille et à ses compagnons. Amen.

Appendice de la sixième partie

Les six questions

Cet appendice a été écrit (pour un usage privé), afin d’éviter que des mots dégradants et des sentiments d’exécration ne nous touchent à l’avenir. C'est-à-dire, afin que le crachat de leurs humiliations n’atteigne pas nos visages ou que nous puissions l’essuyer lorsque l’on dira : « Maudits soient les hommes de cette époque dénués d’honneur ! »

C’est un exposé et un projet destiné à retentir dans des oreilles sourdes, les oreilles des dirigeants européens bestiaux se camouflant derrière le masque de l’humanisme ; à s’imprimer dans des yeux aveugles, les yeux de ces gens dénués de conscience et iniques qui ont donné pouvoir sur nous à ces tyrans pétris de trahison ; et à donner un coup de marteau sur la tête des serviteurs de la « société civilisée » qui inflige à l’humanité de notre époque des douleurs infernales et semble crier : « vive la géhenne ! »

 · 

وَمَا لَنَاۤ اَلاَّ نَتَوَكَّلَ عَلَى اللهِ وَقَدْ هَدٰينَا سُبُلَنَا وََلنَصْبِرَنَّ عَلٰى مَااٰذَيْتُمُونَا وَعَلَى اللهِ فَلْيَتَوَكَّلِ الْمُتَوَكِّلوُنَ

« Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ! »

« Pourquoi ne nous en remettrions-nous pas à Dieu alors qu’il nous a indiqué les voies à suivre. Nous endurerons donc patiemment les maux que vous nous infligerez. C’est à Dieu que s’en remettent ceux qui [Lui] font confiance. » (14/2).

Il s’est produit dernièrement des violations de droits terribles et nombreuses à l’encontre des musulmans sans défense. C’est le fait d’athées qui se cachent derrière des rideaux. Je mentionnerais notamment cette agression franche commise contre moi en pénétrant dans ma mosquée personnelle, celle que j’ai édifiée moi-même. Nous étions là, avec un groupe d’amis qui me sont chers. Nous pratiquions l’adoration et faisions l’appel à la prière à voix basse. Là, quelqu’un nous déclara : « Pourquoi faites-vous la prière en arabe et pourquoi faites-vous l’appel à voix basse ? »

Je perds patience. Je m’adresse donc en cette occasion à ces infâmes et abjects individus, dénués de conscience, bien qu’ils ne méritent pas qu’on s’adresse à eux. Ou je m’adresse plutôt à ces dirigeants despotiques qui se jouent des valeurs sacrées de la communauté au gré de leurs caprices, et je leur dis :

Ô vous athées et hérétiques personnages ! Je vous demande de répondre à six questions.

Première question : Tout gouvernement, quel qu’il soit, et tout peuple – mêmes les cannibales et les chefs des pires mafias – ont un code de conduite, des principes et des lois sur lesquelles ils fondent leurs actions.

Quant à vous, sur quel principe de votre constitution ou de vos principes vous fondez-vous pour commettre des agressions aussi outrancières ? Indiquez-les-nous. Ou peut-être considérez-vous que les désirs de quelques fonctionnaires méprisables ont valeur de loi ? Car il n’existe de loi en ce bas monde qui permette de s’immiscer dans l’adoration personnelle et privée ! Il n’existe absolument aucune loi qui fonde un tel droit.

Deuxième question : Le principe de liberté de conscience (liberté de croyance religieuse) est un principe admis par les peuples du monde entier, surtout à notre époque, l’époque des libertés, et en particulier dans le cadre de la civilisation actuelle.

Quant à vous, de qui tenez-vous le droit de vous soustraire dédaigneusement à ce principe, sachant que cela constitue une offense à toute l’humanité. Cela montre qu’il vous importe peu que les hommes condamnent une telle action. De quel droit adoptez-vous l’athéisme comme s’il s’agissait de votre religion, alors que vous prétendez être laïcs et que vous êtes donc censés ne pas vous immiscer dans les affaires religieuses ou même l’athéisme.

Il se trouve que vous violez grandement les droits des gens de religion. Assurément, ce que vous faites finira par apparaître et vous devrez même en rendre des comptes. Alors que répondrez-vous ?

Vous n’acceptez pas la condamnation ou l’objection du moindre des vingt gouvernements. Comment donc pouvez-vous braver vingt gouvernements qui condamnent solidairement votre tentative d’entraver la liberté de conscience par la force et la contrainte, comme si vous n’accordiez aucune importance à leur condamnation.

Troisième question : Sur quelle loi et quel principe vous basez-vous pour imposer à un chaféite comme moi de suivre une fatwa qui va à l’encontre de l’éminente école juridique à laquelle il appartient, et qui plus est, a été prononcée par des savants malveillants qui ont vendu leur conscience contre des intérêts matériels.

Si vous essayez de supprimer l’école juridique Chaféite – sachant que ses adeptes se comptent par milliers – et que vous voulez en faire des hanafites, puis que vous les contraignez à suivre cette fatwa (avis juridique), alors peut-être s’agit-il d’une des lois iniques des athées de votre espèce. Sans quoi, il doit s’agir d’une bassesse que commet l’un d’entre vous, conduite par ses seules passions !

Nous ne sommes pas disposés à suivre les passions de gens comme vous et nous ne reconnaissons pas même votre autorité.

Quatrième question : Sur quel principe vous fondez-vous pour imposer à des gens comme moi appartenant à un autre peuple d’accomplir la prière en langue turque, à partir d’une fatwa contrefaite et fallacieusement innovante, et au nom d’une appartenance intolérante à la race turque qui signifie en réalité une occidentalisation en complète contradiction avec le patriotisme et les us et coutumes de cette nation qui s’est mêlée et unifiée à l’islam avec respect depuis des temps immémoriaux ?

Bien que j’entretienne une relation étroite, une amitié profonde et une fraternité sincère avec les Turcs authentiques, je ne me sens aucunement lié à un prétendu nationalisme tel que le prône des individus occidentalisés comme vous.

Alors comment pouvez-vous m’imposer cela ? Selon quelle loi ?

Les Kurdes, qui sont des millions, n’ont pas oublié leur identité et leur langue depuis des milliers d’années. Ils étaient néanmoins des frères véritables pour les Turcs dans la nation. Ils ont combattu côte à côte depuis une époque ancestrale. C’est pourquoi je dis : si vous décidez de leur supprimer leur identité et leur faire oublier leur langue, alors peut-être que ce que vous nous imposez à nous – qui somme d’une autre origine – s’inscrit dans une de vos lois barbares. Sans quoi il ne s’agit que d’un comportement passionnel et arbitraire.

Or, assurément, les passions des individus ne doivent pas être suivies. Et nous ne les suivons pas.

Cinquième question : Tout gouvernement se doit d’appliquer ses lois sur ses citoyens et ceux qu’il considère comme tels, mais il ne peut les appliquer sur ceux qu’il ne considère pas comme tels. Sans quoi ces gens sont en droit de dire : puisque vous ne nous considérez pas comme des citoyens de votre nation, nous ne reconnaissons pas davantage votre gouvernance.

En outre, un seul individu ne peut être condamné à deux peines simultanément dans quelque pays que ce soit. Soit l’assassin est condamné à mort, soit il est jeté en prison. On ne peut le condamner à la peine capitale et à l’emprisonnement.

À la lumière de ce qui vient d’être dit, il apparait que bien que je n’ai fait aucun tort à la nation ou à la communauté, vous m’avez enfermé durant huit ans et vous m’infligez un traitement que l’on n’applique pas même aux criminels d’autres nations, tout étrangers qu’ils soient.

Vous m’avez privé de ma liberté et vous m’avez ôté mes droits civiques, alors que vous avez gracié des criminels. Et aucun parmi vous ne s’est dit : cet individu est aussi un enfant de la nation.

Selon quelle loi soumettez-vous un individu comme moi, qui vous est étranger, à ce code allant à l’encontre de la liberté que vous appliquez à votre pauvre nation malgré elle ?

Comme vous déconsidérez les actes héroïques immenses accomplis pour défendre la nation et le combat pour lequel nous avons sacrifié âme et biens – dont je fus l’intermédiaire grâce au sacrifice des commandants de l’armée durant la Première Guerre mondiale - il est normal que vous considériez comme une traitrise mon effort zélé à préserver les vertus et à garantir le bonheur dans ce monde et dans l’autre de cette pauvre communauté.

Puisque vous condamnez quelqu’un qui n’accepte pas que soit appliqué sur lui vos principes et vos codes de conduite occidentalisés et athées qui ne comportent aucun bien et sont au contraire pleinement nuisibles, à huit ans d’assignation et de surveillance (lesquels se sont maintenant transformés en vingt-huit ans), bien qu’on ne puisse appliquer qu’une seule condamnation sur un individu, je suis en droit de refuser cette condamnation. Mais puisque vous me forcez à la subir et à la souffrir, de quel droit me condamnez-vous de surcroît à une autre peine ?

Vous considérez que l’antagonisme de nos positions est total, et votre comportement cruel à notre égard le montre. Car vous sacrifiez votre religion et votre vie future pour ce bas monde. Tandis que nous, nous sommes prêts en permanence à sacrifier ce monde pour notre religion et notre vie future. C’est la raison secrète de notre antagonisme selon vous.

Assurément, le sacrifice de quelques années de notre vie dans l’humiliation et l’opprobre sous l’ombre de votre jugement aussi cruel que celui des bêtes fauves, en vue d’obtenir un pur martyr pour l’amour de Dieu, peut à juste titre nous laisser subodorer les sources paradisiaques.

Mais en m’appuyant sur les inspirations et les indications du Saint Coran, je me permettrais de vous faire part de ce qui suit, peut-être tremblerez-vous :

Vous ne vivrez pas après ma mort. Une main contraignante vous saisira et vous expulsera de ce monde qui est votre paradis, ce paradis dont vous êtes épris. Elle vous jettera directement dans des ténèbres éternelles. Vos dirigeants tyranniques se feront tuer après ma mort comme des bêtes, puis ils seront envoyés vers moi. Je les étoufferai alors dans la présence divine et reprendrai mon droit en vertu de la justice divine, en les jetant au plus bas des niveaux.

Damnés, qui avez troqué votre religion et votre vie future contre des miettes de ce monde !

Si vous voulez vraiment vivre, ne m’approchez pas et ne me faites aucun tort. Si vous le faites, sachez que le prix de mon sang devra être payé au centuple.

Sachez bien cela et tremblez !

J’ai bon espoir que par la miséricorde de Dieu, ma mort serve plus la religion que ma vie, et que mon trépas déflagre sur vos têtes comme une explosion et les disperse.

Si vous en avez le courage, prenez-vous en à moi. Si vous songez à me faire quelque tort, sachez quel châtiment vous attend.

Quant à moi, je récite à votre attention, avec toute la force dont je dispose, le noble verset suivant, en réponse à toutes vos menaces :

اَلَّذِينَ قَالَ لَهُمُ النَّاسُ اِنَّ النَّاسَ قَدْ جَمَعُوا لَكُمْ فَاخْشَوْهُمْ فَزَادَهُمْ اِيمَانًا وَقَالوُا حَسْبُنَا اللهُ وَنِعْمَ الْوَكِيلُ

« Ces hommes à qui d’aucuns disaient : « les gens se sont ligués contre vous, craignez-les » n’en avaient qu’une foi plus ferme. Ils disaient : « Dieu nous suffit, quel excellant garant. » » (3/173).

Quatrième partie

Correspondant à sept remarques

 · 

فَاٰمِنُوا بِاللهِ وَرَسُولِهِ النَّبِىِّ اْلاُمِّىِّ الَّذِى يُؤْمِنُ بِاللهِ وَكَلِمَاتِهِ وَاتَّبِعُوهُ لَعَلَّكُمْ تَهْتَدُونَ

يُرِيدُونَ اَنْ يُطْفِئُوا نُورَ اللهِ بِاَفْوَاهِهِمْ وَيَأْبَى اللهُ اِلاَّ اَنْ يُتِمَّ نُورَهُ وَلَوْ كَرِهَ الْكَافِروُنَ

« Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ! »

« Croyez en Dieu et en Son envoyé, le prophète illettré qui croit en Dieu et en Ses Paroles. Et suivez-le, peut-être serez-vous guidés. » (7/158)

« Il veulent, par leurs propos, éteindre la lumière divine. Mais Dieu est résolu à parfaire sa lumière. » (9/32)

Cette partie se constitue de sept remarques rédigées en réponse à trois questions. La première de ces questions fait l’objet des quatre premières remarques.

Première remarque : Les gens qui visent à modifier et à transformer les prescriptions rituelles islamiques ne font que prendre pour référence les étrangers en les imitant aveuglément, comme ils le font relativement à toutes les dégradations de mœurs. Ils disent ainsi :

« Les musulmans éclairés sont à Londres. Les étrangers qui ont intégré la foi traduisent dans leur langue un grand nombre de choses comme l’appel à la prière ; ils font usage de telles traductions dans leur pays. Or le monde islamique n’objecte rien à leur action. Ce qui veut dire que leur action bénéficie d’une licence légitimée par la voie légale ! »

Je répondrais que l’invalidité de cette analogie est évidente et que nulle personne sensée ne doit imiter les gens de ces pays et calquer ses actions sur les leurs. Parce que dans la terminologie du droit islamique, on appelle les pays étrangers les « Territoires en guerre ». Or de nombreuses actions sont légalement valables dans ces régions, mais ne s’appliquent pas en terre d’islam.

Puis les pays occidentaux sont sous une forte emprise du christianisme. Le contexte n’est donc pas favorable à l’enseignement par l’exemple des paroles sacrées et des préceptes légaux. Il était donc nécessaire de transmettre l’esprit des enseignements sacrés à défaut de la lettre. Autrement dit, on préféra renoncer à la langue pour conserver le sens, car c’était un moindre mal.

Mais en terres islamiques, le contexte guide et enseigne aux musulmans par l’exemple le sens synthétique de ces paroles sacrées. Parce que l’ensemble des discussions et des interrogations tourne autour des conventions et des traditions musulmanes, de l’histoire musulmane et des préceptes musulmans de manière globale ; les piliers de l’islam enseignent en permanence le sens général de ces paroles sacrées aux gens de foi. J’ajouterais que les lieux de culte, les écoles religieuses et même la vue des tombes dans les cimetières, jouent un rôle d’enseignement et de rappel aux croyants de ces notions sacrées. Alors un homme qui se considère musulman et apprend chaque jour une cinquantaine de notions étrangères pour un intérêt matériel, et qui n’apprendrait pas en cinquante ans des paroles sacrées comme « Gloire à Dieu et louange à Dieu. Il n’est de dieu que Dieu, et Dieu est plus grand. » qu’il entend répétées cinquante fois par jour, ne serait-il pas cinquante fois plus méprisable qu’un animal ? Assurément, ces paroles sacrées ne sont pas altérées, traduites et abandonnées pour ces animaux là ! Non, l’abandon et la déformation de ces paroles n’est rien de moins qu’une profanation des tombes des martyrs et d’un effacement de leurs traces, et qu’un reniement et un dénigrement des ancêtres, lesquels sont de la sorte pris pour ennemis. Nos aïeux se retournent dans leur tombe tant ce mépris et cette irrévérence sont immenses.

Les savants malveillants floués par les athées déclarent pour tromper la communauté : « Le Plus Insigne Imam, Abû Hanîfa an-Nu‘mân, a déclaré : « La lecture de la sourate liminaire, al-Fâtiha, peut être lue en persan si besoin est pour ceux qui ne connaissent pas l’arabe dans les terres lointaines. » En application de cette fatwa, puisque nous en avons besoin, nous pouvons la lire en turc. »

Je répondrais que les grands imams fondateurs sont tous d’un avis contraire à cette fatwa d’Abû Hanîfa. La large voie de la majorité du monde islamique est celle qu’ont suivie tous ces grands imams. Et l’immense communauté ne suit pas une route autre que la large voie. Et ceux qui veulent la conduire sur une voie particulière étroite ne font qu’égarer les gens.

Puis la fatwa d’Abû Hanîfa est particulière sous cinq rapports :

Premièrement : Elle concerne les personnes résidentes en des terres étrangères et des pays éloignés du centre des terres d’islam.

Deuxièmement : Elle s’applique en cas de réel besoin.

Troisièmement : Elle s’applique à la traduction en persan exclusivement, cette langue étant une des langues des gens du paradis, comme le mentionne une tradition.

Quatrièmement : Elle exprime une licence particulière à la sourate liminaire, afin que ceux qui ne connaissent pas cette sourate par cœur en arabe ne renoncent pas à la prière.

Cinquièmement : Cette licence a pour objet de permettre aux gens du peuple de comprendre les notions sacrées, avec la ferveur islamique procédant d’une forte foi. Mais si l’abandon du texte arabe est motivé par une volonté de détruire due à une faible foi et à une mentalité teinte d’un esprit tribal exacerbé rejetant la langue arabe, cela participe seulement dans ce cas à détourner les gens de la religion et à les en faire sortir.

Deuxième remarque : Les adeptes des innovations condamnables qui changent les préceptes islamiques ont commencé par solliciter une fatwa de la part des savants malveillants afin de légitimer leur action. Ces savants ont donc formulé la fatwa précitée, dont nous avons précisé qu’elle est spécifique sous cinq rapports.

En deuxième lieu, ces gens se sont inspirés des idées spécieuses de certains révolutionnaires étrangers, et ce, de la manière suivante :

Les Européens ne se satisfaisaient pas de l’obédience catholique. Les réformateurs, les révolutionnaires et les philosophes ont adopté l’obédience protestante avant le peuple. Cette obédience était alors considérée comme une innovation condamnable et une sédition relativement à l’obédience catholique. Ils ont profité de la Révolution française, ont désengagé une frange des catholiques de leur obédience et ont proclamé le protestantisme.

Les zélateurs de chez nous, qui sont habitués à copier aveuglément, se sont dit alors : « Puisque cette réforme s’est produite au sein de la religion chrétienne, et puisque que les acteurs de cette réforme étaient considérés au départ comme des apostats, puis qu’ils ont finalement été reconnus comme chrétiens, alors il est possible qu’une semblable révolution se produise au sein de l’islam. »

Je répondrais que cette analogie est encore moins pertinente que dans la première remarque. Parce que dans le christianisme, seulement les fondements religieux ont été pris de notre souverain maître Jésus, que la paix l’accompagne. La plupart des préceptes relatifs à la vie sociale et aux prescriptions légales secondaires, en revanche, ont été établis avant les apôtres et les divers responsables spirituels, une majorité ayant été empruntée des livres sacrés précédents. Parce que notre souverain maître Jésus, que la paix l’accompagne, n’a pas détenu le pouvoir et il n’était pas pris pour référence pour statuer des lois sociales en générale. C’est pourquoi le droit commun et les principes civiques se sont assimilés à la voie légale chrétienne, comme si cette religion avait revêtu un habit étranger et avait modifié son apparence. Et même si cette forme est changée et cet habit substitué, les fondements de sa religion demeurent les mêmes, si bien que ces modifications n’impliquent pas de remettre en cause toute la religion.

Mais en ce qui concerne notre souverain maître, l’Envoyé de Dieu, que la prière et la paix l’accompagnent, lui qui posa l’obédience et la voie légale, lui qui est la fierté de l’univers et le souverain des mondes, lui dont l’Orient et l’Occident, l’Andalousie et l’Inde, sont autant de lieux sur lesquels s’étendent son trône, il n’en va pas ainsi. Car de même qu’il expliqua lui-même les fondements de l’Islam, les corolaires de cette obédience et les principes régissant ses lois, et même les plus petits détails de ses convenances, furent également définis par lui. Il fut celui qui les décrivit et celui qui les prescrivit. Ce qui signifie que les aspects secondaires de la voie légale islamique ne sont pas une image ou un vêtement pouvant être interchangés sans bouleverser les fondements de la religion. Ils constituent le corps de ces fondements jusqu’à son épiderme. Ils sont si bien mêlés et fondus l’un dans l’autre qu’ils sont indissociables et indivisibles. Puis les changer revient à discréditer et à dénigrer le fondateur de la voie légale.

Quant aux différences de vues que manifestent les écoles juridiques, elles procèdent des diverses manières de comprendre les principes théoriques expliqués par le fondateur de la voie légale. Mais les principes explicites, que l’on appelle les vérités intangibles de la religion, ils ne sont pas sujets à interprétation ou à modification sous une forme ou sous une autre, quoi qu’il arrive. Ils ne peuvent nullement faire l’objet d’un effort d’interprétation à aucun moment. Quiconque les change, s’exclue de la religion et tombe sous le coup de la règle disant :

يَمْرُقوُنَ مِنَ الدِّينِ كَمَا يَمْرُقُ السَّهْمُ مِنَ الْقَوْسِ

‘Ils se soustraient à la religion aussi vite que la flèche de l’arc.’

Les partisans des innovations trouvent ce prétexte pour justifier leur athéisme et se soustraire à la religion. Ils disent ainsi : « Les prêtres, les chefs spirituels et l’obédience catholique ont subi des attaques, et cette confession a été mise à mal durant la Révolution française qui a conduit à un enchainement d’événements mondiaux. Puis leurs attaques ont été reconnues comme légitimes par un grand nombre de gens et les Occidentaux se sont beaucoup élevés socialement par la suite ! »

Je répondrais que cette analogie est à l’évidence aussi peu pertinente que la précédente. Parce que le christianisme, et en particulier d’obédience catholique, a été utilisé par les hommes de pouvoir comme un outil de gouvernance et d’asservissement. Les élites parvenaient à préserver leur ascendant sur les gens par le biais de la religion, au point d’écraser les gens du peuple de hautes aspirations et de ferveur que l’on appelait les « anarchistes » et les « prolétaires ». Elle demeura aussi le moyen d’écraser les penseurs et les prêcheurs de la liberté qui s’opposaient à l’oppression et à l’injustice des élites. Cette obédience fut même considérée comme la cause des soucis des gens et du chaos social régnant, en raison des révolutions qui se succédèrent dans les pays occidentaux durant presque quatre cents ans. C’est pourquoi elle fut attaquée au nom d’une autre obédience du christianisme et non au nom de l’athéisme. Puis la colère et l’agressivité à son égard grandirent au sein des classes populaires et des philosophes, jusqu’à cet événement historique bien connu.

En revanche, il n’est d’être oppressé ou de penseur, qui puisse se plaindre de la religion Mohammadienne, que la prière et la paix accompagnent son fondateur, ou de la voie légale islamique. Parce que cette religion ne les irrite pas. Au contraire, elle les protège. L’histoire de l’islam est sous nos yeux. Or on remarque qu’aucun combat religieux ne s’est produit tout au long de cette histoire, si ce n’est un ou deux. Par contre, l’obédience catholique a causée des révoltes intestines qui ont duré quatre cents ans.

Puis l’islam a servi de rempart protecteur aux classes populaires plus qu’aux élites, car il ne donne pas à ces derniers le pouvoir d’asservir ces premiers. Il en fait au contraire les serviteurs sous un certain rapport, en imposant l’aumône légale et en interdisant l’usure. Car la tradition prophétique déclare : سَيِّدُ الْقَوْمِ خَادِمُهُمْ  ·  خَيْرُ النَّاسِ اَنْفَعُهُمْ لِلنَّاسِ « Le meilleur des hommes est le plus bénéfique à ses semblables. » ; et une autre déclare : « Le maître d’un peuple est celui qui le sert. »

En outre, à travers le Saint Coran, l’islam prend la raison humaine à témoin sur de nombreuses questions, et il invite l’homme à méditer et à réfléchir. Le Très-Haut dit ainsi : اَفَلاَ تَعْقِلُونَ.. اَفَلاَ يَتَدَبَّرُونَ.. اَفَلاَ يَتَفَكَّرُونَ « N’useront-ils pas de leur raison ?...Ne méditeront-ils pas ?... Peut-être réfléchiront-ils. » Il donne ainsi aux gens de science, aux penseurs et aux hommes sensés un haut statut et une grande importance, au nom de la religion. Il ne laisse donc pas la raison en marge ; il ne bride pas la pensée des gens raisonnables et ne les musèle pas ; et il n’invite pas à l’imitation aveugle comme c’est le cas dans la religion catholique.

Le fondement du christianisme actuel – non du véritable christianisme – et le fondement de l’islam se différencient notoirement sur un point qui fait qu’ils suivent un chemin différent sur de nombreux aspects semblables à ceux évoqués. Ce point est le suivant :

L’islam est une religion de pure unicité qui supprime l’influence des intermédiaires et les causes secondes, et qui réduit l’égoïsme de l’être humain en vouant la servitude pure à Dieu seul. Il invalide dans le même temps toutes les formes de seigneuries illusoires ; il les réfute catégoriquement, en commençant par l’âme instigatrice du mal. C’est pourquoi lorsqu’un homme aspire à la piété, il doit nécessairement se départir de l’égoïsme et de l’orgueil. Quiconque ne se départit pas de ces travers, pratique sa religion sans ferveur et néglige même un aspect de celle-ci.

Quant au christianisme actuel, il se satisfait de la doctrine trinitaire considérant Jésus comme fils de Dieu. C’est pourquoi cette religion attribue aux intermédiaires et aux causes secondes une réelle influence. Elle ne combat pas le culte de l’individualité au nom de la religion et elle lui donne au contraire une forme de sacralité, comme si l’individualité était le légataire sacré de notre souverain maître Jésus, que la paix l’accompagne. C’est pourquoi l’élite des chrétiens est aux plus hauts rangs en ce monde tout en étant parfaitement religieuse. Les exemples sont nombreux : comme Wilson, l’ex-président américain ou Lloyd George, l’ex-premier ministre britannique. Ces hommes étaient aussi religieux que des prêtres zélés.

Il est rare en revanche qu’un musulman occupe un si haut rang tout en pratiquant sa religion avec ferveur et en s’illustrant par sa piété et sa vertu. Parce que cela suppose de renoncer au culte de soi et à l’orgueil. La piété véritable ne peut aller de pair avec le culte de soi et l’orgueil.

Assurément, le manque de zèle religieux chez les élites chrétiennes et chez les élites musulmanes, présente une différence majeure. Et le fait que les philosophes apparus dans le monde chrétien aient joué un rôle de contestation ou de dénigrement de la religion, tandis que la plupart des penseurs apparus dans le monde musulman ont bâti leur pensée sur des fondements religieux, est également une différence importante.

Les chrétiens du peuple qui ont enduré des épreuves, ont été frappés de malheur et ont passé une partie de leur vie en prison, ils n’attendaient pas leur aide de la religion et ne fondaient pas leurs espoirs en elle. La plupart d’entre eux étaient auparavant des égarés et des athées. Les insurgés à l’origine de la Révolution française connue dans l’histoire sous le nom de prolétaires et les anarchistes faisaient partie de ce peuple infortuné.

Mais dans le cas de l’islam, l’immense majorité de ceux qui passent leur temps en prison et sont touchés par des malheurs attend l’aide et le soutien de la religion. Je dirais même qu’ils s’attachent d’autant à la religion.

Ce fait indique une autre différence majeure.

Troisième remarque : Les adeptes des innovations déclarent : cet attachement crispé à la religion nous empêche de suivre la marche de la modernité. Car s’adapter au moment présent implique de renoncer à l’intégrisme. L’Europe a commencé à progresser lorsqu’elle a renoncé à l’intégrisme.

Je répondrais que vous faites erreur, que vous êtes abusés et trompés, ou bien que c’est vous qui cherchez à abuser et à tromper les gens.

L’Europe demeure crispée sur sa religion. Si tu disais à un soldat bulgare ou anglais, ou à un sot parmi les Français : « porte le turban ou tu seras jeté en prison », il te répondrait, en raison de cet attachement sectaire : « Je n’avilirais pas ma religion ainsi et je ne n’accepterais pas que ma communauté soit humiliée de cette façon, même si vous décidiez de me tuer. »

Puis l’histoire nous montre que plus les musulmans étaient attachés à leur religion à une période donnée, plus cette période était faste ; et que plus ils négligeaient la religion, plus ils étaient avilis. Mais dans le cas du christianisme, c’est le contraire qui est vrai. Ce fait découle d’une différence fondamentale entre les deux religions.

Puis on ne peut comparer l’islam à aucune autre religion. Car lorsqu’un musulman abandonne sa religion, il ne croit plus à aucun autre prophète. Je dirais même qu’il ne croit plus en l’existence du Très-Haut, ou même en rien de sacré ; et il ne trouve plus en son être rien qui pousse à adopter les vertus. Car tout son être se désagrège. C’est pourquoi l’apostat en islam n’a pas droit à la vie. Car sa personne est corrompue et se transforme en poison mortel pour la société. Tandis que l’impie hostile à l’islam a le droit de vivre, s’il vit en dehors des terres d’islam et conclut un pacte, ou s’il vit dans les terres d’islam et paie l’impôt prévu. Dans ces deux cas, sa vie est protégée par l’islam.

Quant à l’athée dans le monde chrétien, il peut demeurer utile à la société, parce qu’il accepte certaines choses sacrées, croit en certains prophètes et croit en Dieu sous certains aspects.

Alors quel service pourraient rendre ces adeptes des innovations, ou devrais-je dire ces athées, en se soustrayant à la religion ? Si en faisant cela, ils veulent préserver les pays musulmans et y apporter de l’ordre, ils font erreur. Car régir dix athées méprisables et incroyants, tout en se prémunissant de leurs méfaits, est plus difficile que de régir mille musulmans. Et s’ils veulent progresser socialement, ils font également erreur. Car de tels athées, de même qu’ils nuisent au fonctionnement de l’état, entravent également le progrès. Parce qu’ils compromettent la sécurité et l’ordre, qui sont les conditions de base de l’avancement et de la prospérité commerciale. Ils sont en somme nuisibles par leur comportement. Il faut donc être le plus sot des sots pour attendre le progrès et le bonheur de tels individus athées et insensés.

Un de ces idiots qui occupait un poste important a dit un jour : « Nous régressons parce que nous disons « Allah, Allah… » Tandis que les Européens disent : « Le canon, le Fusil… ! »

La meilleure réponse, face à de tels individus est de se taire, car dit-on : « Au sot, répond par le silence. » Mais je dirais aux malheureux qui, bien que doués de raison, suivent ces sots personnages :

Malheureux que vous êtes ! Ce bas monde est une demeure de transit et la mort est une réalité. Trente mille martyrs en attestent chaque jour. Pouvez-vous tuer la mort ? Pouvez-vous nier le témoignage de ces martyrs ? Dans la mesure où vous en êtes incapable, sachez que la mort vous pousse à dire : « Allah, Allah… » Lequel de vos canons ou de vos fusils est-il capable de dissiper les ténèbres de celui qui vit les affres de la mort, et d’illuminer son monde, à la place du souvenir de « Allah, Allah… » Lequel de ces instruments est-il capable de changer ce mal enténébré en espoir lumineux, à la place de « Allah, Allah… »

Puisque la mort est une réalité présente et que nous devons nécessairement nous rendre à la tombe ; et puisque cette vie est vouée à prendre fin pour laisser place à une vie éternelle, alors si nous disons une fois « canon, fusil… », il est justifié de dire mille fois « Allah, Allah… » Je dirais même que le fusil lui-même déclare « Allah, Allah… » lorsqu’il combat dans la voie de Dieu ! Et le canon criera lui-même : « Dieu est grand » lorsqu’il s’arrêtera !

Quatrième remarque : Les nuisibles adeptes des innovations sont de deux catégories

Les premiers extériorisent un attachement à la religion et déclarent : « Nous ne visons qu’à renforcer la religion affaiblie en plantant son arbre lumineux dans la terre du nationalisme. » Ils entendent donc renforcer la religion au moyen du nationalisme. Comme s’ils pouvaient servir l’islam par ce biais.

La deuxième catégorie comprend les auteurs des innovations qui déclarent : « Nous voulons nourrir la communauté du pollen de l’islam. » Au nom de la communauté, ils agissent en fait pour le nationalisme et font le jeu de l’intolérance.

Nous dirons donc aux gens de la première catégorie :

Ô savants malveillants à qui convient le nom d’ « ami stupide ».

Ô soufis ignorants inconscients et insensés :

L’arbre béni de l’islam étend ses veines dans la substance et la réalité essentielle de l’univers ; ses racines courent dans les recoins de toutes les réalités du monde. Cet arbre immense ne peut être planté dans la terre du nationalisme illusoire, temporaire, partielle, spécifique et négative, ce nationalisme dont je dirais même qu’il n’a en fait aucun fondement et qu’il est mêlé d’intérêts iniques et obscurs. Vouloir le planter là est une tentative nuisible irréfléchie sans précédent.

Et nous disons aux nationalistes de la deuxième catégorie :

Ô vous, ivres personnages, qui prétendez défendre le nationalisme !

Le siècle passé était peut-être considéré comme le siècle du nationalisme. Mais le siècle présent n’est pas celui du nationalisme. Car les idées bolcheviques et communistes dominent les esprits et détruisent la notion d’esprit de clan.

Puis sachez que l’appartenance éternelle à l’islam n’entretient aucun lien avec un quelconque esprit de clan éphémère et trouble, et il ne saurait être fertilisé par cet esprit. Et s’il était réellement fertilisé par l’esprit de clan, cela détruirait la communauté islamique et cela ne rendrait pas valable pour autant l’appartenance à l’esprit de clan ; et cela ne l’engendrerait pas, quoi qu’il en soit.

Certes, le fertilisant de l’esprit de clan a un certain goût et une certaine force temporaire, et même très temporaire, mais il a en contrepartie des conséquences très néfastes.

Puis cela créerait une immense scission dans la communauté turque ; cela créerait une scission irréparable. Alors la force de la communauté disparaitrait et s’envolerait en poussière. Car les frères s’entretueraient. Si deux montagnes sont placées en équivalence sur les deux plateaux d’une balance, un très faible poids suffit à faire pencher la balance : à abaisser un côté et à élever l’autre.

Deuxième sujet

Il consiste en deux remarques.

Première remarque correspondant à la cinquième remarque et constituant une réponse très concise à une question importante :

Question : Il existe de nombreuses traditions authentiques concernant l’apparition du Mahdî, qui viendra rétablir l’ordre dans ce monde après qu’il ait été corrompu à la fin des temps. Mais nous savons que ce siècle est celui du groupe, non celui de l’individu. Parce que tout individu, si brillant soit-il – même s’il vaut cent génies –, qui n’est pas le porte-voix d’un grand groupe de gens et n’est pas son représentant moral, serait vaincu face à une autre personne morale adverse.

Aussi, comment le Mahdî – si grande que soit la force que lui donne la sainteté - pourrait-il restaurer l’ordre de notre époque où la corruption règne et où les organisations humaines sont si nombreuses. Si toutes ses actions apparaissent comme des miracles, cela contreviendrait à la sagesse et aux lois de Dieu établies dans l’univers. En somme, nous voulons que tu nous éclaires sur la question du Mahdî.

Réponse : Dieu, exalté soit-Il, en vertu de Sa parfaite miséricorde, et pour prouver la protection et la pérennité qu’Il accorde à la voie légale islamique, envoie à chaque époque de corruption un réformateur, un rénovateur, un grand lieutenant, un insigne pôle ou un guide accompli, autant de personnes comparables au Mahdî. Ces gens concourent tous à faire disparaitre la corruption, à réformer la communauté et à préserver la religion.

Puisque telle est la loi coutumière du Très-Haut, il ne fait aucun doute qu’Il suscitera, à la fin des temps, au moment où règnera la plus grande corruption, un homme qui sera le plus insigne et zélé bienfaiteur, le plus immense rénovateur et le plus grand pôle. Cet homme sera dans le même temps un gouvernant bien guidé et apte à éclairer les autres, issu de la famille du prophète.

Le Tout-Puissant, qui remplit la terre et le ciel de nuages, puis les déverse en un instant, est parfaitement capable d’apaiser les vents de tempête d’une mer déchainée en un instant. Le Tout-puissant et Majestueux, qui est capable de faire sortir au printemps une plante d’été et de manifester en été une tornade d’hiver, est bien capable de dissiper les ténèbres appesanties sur le ciel du monde islamique et d’écarter les dangers le menaçant, par la main du Mahdî. Il nous a promis cela et Il accomplira indubitablement sa promesse.

Ainsi, si nous considérons cette question sous l’angle du cercle de la puissance divine, elle est extrêmement simple ; et si nous la considérons sous l’angle du cercle des causes et de la sagesse seigneuriale, elle est aussi extrêmement simple. Je dirais même qu’un tel événement est le plus cohérent et le plus pertinent qui soit, à tel point que si les penseurs et les théologiens voyaient que la sagesse divine impliquait qu’il se produise, il devrait nécessairement se produire, même si aucune tradition de l’informateur digne de confiance, que la prière et la paix l’accompagnent, ne nous parvenait en ce sens. Ce qui veut dire que la venue du Mahdî est un fait nécessaire. C’est ce qu’indique l’invocation que répète la communauté au cours de toutes les prières au moins cinq fois par jour et qu’elle confirme par sa profession de foi :

اَللّٰهُمَّ صَلِّ عَلٰى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَعَلٰۤى اٰلِ سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ كَمَا صَلَّيْتَ عَلٰۤى اِبْرَاهِيمَ وَعَلٰۤى اٰلِ اِبْرَاهِيمَ فِى الْعَالَمِينَ اِنَّكَ حَمِيدٌ مَجِيدٌ

Mon Dieu, dispense Tes prières à notre souverain maître Muhammad et à sa famille, comme tu les as dispensées à Abraham et à sa famille. Tu es l’universellement Louangé et Glorifié.

Parce que la famille du prophète, que la prière et la paix l’accompagnent, occupe une fonction de direction et de gouvernance, prévalant sur toute autre famille bénie, comme c’était le cas de la descendance d’Abraham en différents lieux et au cours des différentes époques. Ces héros sont si nombreux que leur ensemble constitue une immense armée.

Si ces nobles personnages s’unissaient réellement, se soutenaient avec sérieux et constituaient ensemble un groupe réellement unifié, en faisant de la religion musulmane le lien sacré de la communauté et l’axe de leur perspective, aucune armée, de quelque nation que ce soit, ne pourrait leur résister.

Cette armée immense et nombreuse, dotée d’une force irrésistible, est la famille du Prophète, que la prière et la paix l’accompagnent, laquelle est l’élite des armées du Mahdî.

Il n’est d’ascendance et de lignée humaine dans l’histoire mondiale à ce jour - jouissant d’une telle prestance et d’une telle importance - qui soient parvenues à un si haut niveau de noblesse, une si pure parenté et un tel acquis de hauts faits, que ces nobles personnages qui ont l’honneur d’appartenir à l’insigne famille du prophète. En outre, il n’en est qui bénéficient d’un arbre généalogique si rigoureusement et solidement établi.

Ces nobles ont toujours été, depuis des temps immémoriaux, les dirigeants de tous les groupes des gens de vérité, et les leaders des illustres gens de perfection. Ils sont aujourd’hui cette saine et bénie descendance comptant plus d’un million d’individus, qui s’emploie à éveiller les gens aux cœurs débordant de l’amour du prophète. Les graves événements qui se préparent réveilleront et manifesteront cette force sacrée que renferment les âmes de cet immense groupe. Il faut donc que cette insigne ferveur et cette puissance sublime se révèlent. Or c’est le Mahdî qui prendra les commandes de ces gens et les conduira vers le chemin de vérité.

Et nous autres attendons qu’Il fasse venir ce grave événement, selon Sa loi immuable et Sa miséricorde, comme nous attendons le printemps en hiver ; et nous l’attendons sincèrement.

Deuxième remarque : soit la sixième remarque.

Les troupes lumineuses du Mahdî rétabliront l’ordre et la prospérité altérés par l’organisation nouvelle et délétère instaurée par le Sufyânî, et feront revivre la tradition prophétique. Ce qui veut dire que les troupes du Sufyânî employées à détruire la voie légale Mohammadienne - avec l’intention de jeter le discrédit sur la révélation prophétique dans le monde islamique - seront tuées et réduites par l’épée spirituelle et miraculeuse du souverain maître, le Mahdî.

Puis les troupes sous le commandement de Jésus, que la paix l’accompagne, détruiront l’ordre établi par l’antéchrist et élimineront son commandement, ce commandement qui corrompt la civilisation et les valeurs sacrées de l’humanité pour les réduire en poussière et installer la négation de Dieu dans le monde. Ce groupe dirigé par Jésus, que la paix l’accompagne, sauvera ainsi l’humanité de la malédiction que comporte la négation de la divinité.

Il y a long à dire sur ce secret. Je me contenterais donc de cette courte remarque qui est complétée par des indications que nous avons données en d’autres lieux.

Septième remarque : correspondant à la troisième question.

D’aucuns déclarent : tes arguments précédents et ta façon de combattre pour l’islam ne sont pas adaptés à cette époque et tu n’empruntes pas la voie des penseurs musulmans répondant aux Européens. Pourquoi donc as-tu changé la façon de faire de « l’ancien Sa‘îd » ? Et pourquoi ne te bats-tu pas à la manière des grands combattants idéologiques engagés dans cette lutte ?

Je répondrais que « l’ancien Sa‘îd » et les penseurs s’accordent sur une part des principes de la philosophie humaine ; ils les acceptent pour partie et luttent contre ces gens avec leurs propres armes. Ils considèrent certains aspects de cette philosophie comme des sciences modernes et les intègrent. Mais faisant cela, ils ne peuvent donner l’image réelle de l’islam. Parce qu’ils nourrissent l’arbre de l’islam avec cette sagesse dont ils imaginent que les racines sont profondément enracinées. Ils entendent ainsi renforcer l’islam.

Mais comme cette voie ne donne que peu de victoire sur les ennemis, du fait qu’elle implique un certain abaissement de l’islam, j’y ai renoncée pour ma part. J’ai montré de fait que les fondements de l’islam sont très anciens et profonds, et que les fondements de la philosophie ne sauraient prétendre à une telle profondeur. Au contraire, ils demeurent superficiels en sa comparaison.

Le « Segment » 30, l’« Écrit » 24 et le « Segment » 29 ont démontré ce fait en l’étayant de preuves.

Les adeptes de cette autre voie considèrent que la philosophie est profonde et que les préceptes islamiques sont superficiels. C’est pourquoi ils s’attachent aux diverses branches de la philosophie afin de protéger l’islam.

Mais tant s'en faut ! Comment les principes philosophiques pourraient-ils arriver au niveau de ces préceptes ?

سُبْحَانَكَ لاَعِلْمَ لَنَاۤ اِلاَّ مَاعَلَّمْتَنَاۤ اِنَّكَ اَنْتَ الْعَلِيمُ الْحَكِيمُ

وَقَالُو الْحَمْدُ ِللهِ الَّذِى هَدٰينَا لِهٰذَا وَمَا كُنَّا لِنَهْتَدِىَ لَوْلاَ اَنْ هَدٰينَا اللهُ لَقَدْ جَاءَتْ رُسُلُ رَبِّنَا بِالْحَقِّ

اَللّٰهُمَّ صَلِّ عَلٰى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَعَلٰۤى اٰلِ سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ كَمَا صَلَّيْتَ عَلٰى سَيِّدِنَاۤ اِبْرَاهِيمَ وَعَلٰۤى اٰلِ اِبْرَاهِيمَ فِى الْعَالَمِينَ اِنَّكَ حَمِيدٌ مَجِيدٌ

« Gloire à Toi. Les seules sciences dont nous disposons sont celles que Tu nous dispenses. » (2/32).

« Ils dirent : louange à Dieu qui nous a conduits à cela. Nous n’aurions pu être guidés si Dieu ne nous avait mis sur la voie. Les envoyés de notre Seigneur sont venus transmettre la vérité. » (7/43).

« Mon Dieu, dispense Tes prières à notre souverain maître Muhammad et à sa famille, comme tu les as dispensées à Abraham et sa famille. Tu es l’universellement Louangé et Glorifié. »

Huitième partie

Les huit symboles

Cette partie correspond à huit petites épîtres qui seront publiées dans un ouvrage indépendant, s’il plait à Dieu. C’est pourquoi elles ne sont pas incluses ici.

Neuvième partie

Les neuf observations

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اَلاَۤ اِنَّ اَوْلِيَاۤءَ اللهِ لاَ خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلاَ هُمْ يَحْزَنوُنَ

« Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ! »

« Assurément, les saints de Dieu ne connaissent ni peur ni affliction. » (10/62).

Cette partie traitera des voies de la sainteté. Elle comportera neuf observations.

Première observation

Il y a sous les appellations de « soufisme, de voies, de sainteté, de cheminement spirituel ou de voyage initiatique » une réalité spirituelle et lumineuse sacrée, empreinte de suavité et de grisante douceur. De nombreux savants et hommes de dévoilement et d’expérience spirituelle l’ont étudiée, l’ont approfondie et l’ont définie ; ils ont écrit des milliers de volumes autour de ce sujet pour informer la communauté et nous informer nous-mêmes. Que Dieu leur accorde un immense bien en récompense.

Nous donnerons ici quelques indications relatives aux besoins de la situation présente. Il ne s’agit là que de quelques gouttes puisées dans l’océan de cette vérité insondable.

Question : qu’est-ce que la voie ?

Réponse : le but de la voie est de connaitre les vérités religieuses et coraniques ; d’acquérir cette connaissance à travers un cheminement et un voyage spirituel, dans le sillage de l’ascension du prophète et sous sa bannière. Le voyage se fait à travers la progression du cœur qui conduit finalement l’être à un état de perception et de disposition spirituelle semblable à la vision directe. La voie et le soufisme sont donc un insigne secret et une sublime perfection inhérents à l’être humain.

Oui, du fait que l’être humain est une synthèse de cet univers, son cœur est semblable à une carte spirituelle de milliers de mondes. Car de même que le cerveau – comme un centre de réception et d’émission radio – est comparable à un centre spirituel pour cet univers qui réceptionne les sciences et les arts dispensés en l’univers, puis les décrypte et les diffuse, de la même manière, le cœur humain est un axe des vérités infinies présentes en l’univers. Et il les révèle. Je dirais même qu’il en est le noyau, comme l’ont indiqué d’innombrables saints à travers leurs ouvrages admirables.

Puisque le cœur et le cerveau de l’homme ont ce rang et cette position, et puisque qu’ils sont équipés de milliers de machines relatives à l’autre monde et d’appareils éternels, tout comme les immenses potentialités de l’arbre sont contenues dans la graine, alors le Créateur de ce cœur (ainsi défini) a voulu le mettre en fonction et l’actionner afin qu’il passe de l’état de veille et l’état de marche.

Et comme le Très-Haut a voulu cela, le cœur se doit de remplir la fonction pour laquelle il fut créé, ainsi que le fait le cerveau. Or il ne fait aucun doute que la plus insigne manière de faire fonctionner le cœur est de l’orienter vers les vérités religieuses, en l’employant au souvenir de Dieu au sein des divers degrés de sainteté, à travers le cheminement sur la voie.

Deuxième observation

Les clés de ce cheminement et de ce voyage spirituel, ainsi que le moyen de faire progresser l’être, ne sont autres que le souvenir de Dieu et la méditation. Les vertus et les mérites de ces deux pratiques sont innombrables. Indépendamment des intérêts infinis qu’ils présentent pour l’au-delà, et de leurs effets dans l’accomplissement de l’être, si nous considérons un seul de leurs avantages partiels dans ce monde troublé, nous constatons :

Que tout homme a besoin d’un réconfort, qu’il aspire à la douceur et s’enquiert d’un confident capable d’apaiser son sentiment de solitude, de le soulager du fardeau de l’existence et d’atténuer en lui l’ardeur des maux de la vie, même partiellement.

La société moderne, à travers les divertissements et les liens sociaux qu’elle propose, accorde à une ou deux personnes sur dix, un réconfort temporaire et empreint d’insouciance et de torpeur. Mais quatre-vingts pour cent des gens, du fait qu’ils vivent isolés dans les montagnes ou les vallées, que la nécessité les a conduits en des lieux désertés, qu’ils sont touchés par un malheur ou que la vieillesse annonciatrice de l’au-delà les rattrape, demeurent privés de cette consolation, de cette compagnie et de ce soulagement que procure la société moderne ! C’est pourquoi la consolation parfaite et la réconfortante compagnie de ces gens ne peut consister en rien d’autre qu’en l’application du cœur aux diverses formes d’invocations de Dieu et de méditations. Car dans les régions reculées, dans les sentiers de montagne, dans les profondeurs des vallées, ils peuvent employer leur cœur à répéter « Allah, Allah… » et trouver la présence réconfortante à travers cette invocation. Ils peuvent méditer sur ces objets qui les entourent et qui suscitent en eux la crainte et le sentiment de solitude, et trouver dans le souvenir de Dieu la réconfortante compagnie et l’amour. L’individu s’écrit alors : « Mon Créateur, Celui dont j’invoque le nom, a de nombreux serviteurs dispersés à travers le monde. Ceux-ci sont extrêmement nombreux. Je ne suis donc pas seul et il n’y a pas lieu d’éprouver ce sentiment d’abandon. » Il ressent ainsi une réconfortante compagnie à travers cette vie empreinte de foi. Il trouve la joie de vivre et éprouve d’autant un sentiment de gratitude envers son Seigneur.

Troisième observation

La sainteté est la preuve de la prophétie. Et la voie spirituelle est la preuve de la voie légale. Parce que les vérités religieuses que transmet la révélation sont perçues par la sainteté avec le regard de la certitude, à travers une vision intuitive dans le cœur et une perception spirituelle, si bien que l’être y prête foi. Et cette adhésion est la preuve irréfutable de la validité de la prophétie.

Et les préceptes que transmet la voie légale sont confirmées par la voie spirituelle, laquelle atteste qu’ils proviennent bien du Vrai, exalté soit-Il, à travers les flots de dévoilement et d’expériences spirituelles qu’elle y puise et à travers les bénéfices qu’elle y trouve.

Oui, de même que la sainteté et la voie spirituelle sont les preuves de la validité de la prophétie et de la voie légale, ils sont également la perfection de l’islam et l’axe de ses lumières ; et ils sont l’origine de l’élévation et de la noblesse des hommes, ainsi que la source des flots de bénédictions dont ceux-ci bénéficient à travers les lumières et les manifestations de grâce de l’islam.

Mais en dépit de l’extrême importance qu’ils revêtent, une frange des factions égarées tend à la nier et à priver les autres des lumières dont ils sont eux-mêmes privés. Et ce qui est au plus haut point désolant, est qu’un certain nombre de savants se réclamant du sunnisme - exerçant une autorité apparente - ainsi qu’un certain nombre d’hommes politiques inconscients se réclamant aussi du sunnisme, s’emploient à fermer les portes de ce dépôt immensément précieux que sont la sainteté et la voie. Ils prétextent des erreurs que commettent quelques adeptes de la voie, ainsi que de leurs mauvais comportements. Ils emploient même tous leurs efforts à détruire la voie et à assécher cette source abondante et paradisiaque garante de la vie, sachant qu’il est rare de trouver un quelconque objet, une quelconque idéologie ou une quelconque méthode qui soit exempt de tare et d’insuffisance, et qui se présente parfaitement beau et sain en tous ses aspects. Il est donc inévitable de trouver des insuffisances, des fautes et des mauvais comportements. Hélas, lorsque des gens indignes d’un domaine s’en mêlent, ils lui causent des nuisances. Mais le Très-Haut manifestera Sa justice seigneuriale dans l’au-delà, en mettant en balance les œuvres, pour qu’apparaisse la prépondérance des unes ou des autres : celui dont les bonnes actions prévaudront, sera bonnement récompensé et ses œuvres seront acceptées ; celui dont les mauvaises actions prévaudront, sera châtié et ses œuvres seront rejetées, sachant que la quantité des actions n’est pas prise en compte autant que l’est leur qualité. Il arrive souvent qu’une bonne œuvre vaille plus que mille mauvaises. Il se peut même que celle-ci les efface et les annule, et soit la cause du salut de l’individu.

Dans la mesure où la justice divine statue selon cette balance et que le regard du Vrai voit la vérité, il ne fait aucun doute que les bonnes œuvres de la voie, lesquelles s’inscrivent dans le cercle de la tradition purifiée, prévalent sur les mauvaises.

Rien n’atteste mieux de cela que la capacité des gens de la voie à conserver leur foi lorsque les gens de l’égarement sévissent. C’est si vrai qu’un adepte assidu et sincère de la voie se préserve mieux que n’importe quelle personne prétendant à la science. Parce que l’adepte est protégé par les perceptions et les expériences spirituelles qui sont les siennes dans la voie et par son amour des saints. Et même lorsqu’il commet un grave péché, cela ne fait pas de lui un incroyant, mais seulement un prévaricateur, parce qu’il ne tombe pas dans l’hérésie facilement. Il n’est de force qui puisse entamer sa conviction inébranlable et briser le lien d’amour très fort qu’il entretient avec la chaine des pôles des maîtres ; et parce que l’égarement ne peut corrompre et altérer la sereine confiance qu’il place en eux. Le crédit et l’agrément qu’il leur accorde ne se brisent pas et l’incroyance et l’athéisme ne peuvent l’atteindre tant qu’il conserve une telle confiance. Aussi, quiconque n’a aucun lien avec la voie et ne met pas son cœur en mouvement en ce sens parviendra extrêmement difficilement à notre époque à se préserver pleinement des pièges tendus par les hérétiques et les libertins, même s’il fait partie des savants chevronnés.

Il convient d’ajouter qu’on ne peut attribuer à la voie les méfaits d’écoles de pensées et d’idéologies qui se réclament de la voie, mais qui adoptent une forme étrangère à la piété et même à l’islam.

Outre les très sublimes fruits de la voie relatifs à la religion et à la vie future, on peut observer qu’un de ses fruits dans le monde islamique est qu’elle est en tête des acteurs religieux participants à élargir la fraternité musulmane et faire adopter la bannière de son lien sacré aux quatre coins du monde islamique.

Les voies soufies étaient et demeurent une des trois places fortes sur les remparts solides desquelles ne cesse de se briser les asseaux que lancent les chrétiens à travers les politiques et les ruses qu’ils ourdissent pour éteindre la lumière de l’islam. Il convient aussi de ne pas oublier le rôle que les confréries ont joué dans la protection du centre du califat islamique, Istanbul, durant cinq cent cinquante ans, en dépit des attaques du monde impie et des croisades. La forte foi, l’amour spirituel et la connaissance divine de ces gens qui récitent « Allah, Allah… » dans les différents centres spirituels soufis qui complètent les mosquées, ces lieux vers lesquels les affluents de la foi convergent où qu’ils soient, élève la lumière de l’unicité en cinq cents lieux pour former le plus immense point de convergence pour les croyants du monde islamique.

Ô vous qui vous prévalez indument de la ferveur religieuse, ô vous agents d’un patriotisme contrefait, nous direz-vous lequel des méfaits de la voie pourra annuler cet immense bienfait dont elle fait bénéficier votre vie sociale ?

Quatrième observation

Le cheminement sur la voie de la sainteté, bien qu’il soit simple, comporte des difficultés, bien qu’il soit court, est extrêmement long, bien qu’il soit intouchable et sublime, comporte de grands dangers, et bien qu’il soit large, est très étroit.

En raison de cette réalité subtile, les aspirants peuvent parfois se noyer en chemin et ils peuvent trébucher et se faire mal. Je dirais même qu’ils peuvent revenir sur leurs pas et égarer les autres. Par exemple, il existe la voie dite « Anfusî » et la voie dite « Âfâqî ». Il s’agit de deux écoles et deux méthodes dans la voie.

Le cheminement dit « Anfusî » commence par l’égo : l’individu fait abnégation de tout ce qui est à l’extérieur de lui-même et il se concentre sur son cœur pour pénétrer son être intérieur. Puis du cœur il chemine vers la vérité. Il revient alors aux réalités extérieures et les trouve irradiées de la lumière de son cœur. Il progresse là très vite parce qu’il retrouve la réalité qu’il avait perçue dans la sphère de son âme à une échelle plus grande. La plupart des voies de combat intérieur adoptent cette méthode.

Et le fondement de ce cheminement consiste à briser les ardeurs égotiques, à renoncer aux passions et à tuer l’âme.

Quant à la seconde méthode, elle commence par l’extérieur : l’aspirant observe les manifestations des sublimes noms de Dieu et Ses attributs de majesté à travers les réalités apparentes de ce cercle des larges « horizons » de ce monde. Puis il s’oriente vers le cercle de l’âme et observe les lumières de ces manifestations à l’échelle réduite des horizons inscrits dans son cœur. Et il ouvre dans ce cœur le chemin le plus rapide conduisant au Très-Haut et voit que ce cœur est véritablement le miroir du Seigneur et il parvient à son but et à l’objet de ses vœux.

Dans la première méthode, si l’aspirant ne parvient pas à tuer son âme instigatrice et ne parvient pas à annihiler ses inclinations égotiques en renonçant aux passions, il quitte la station de la gratitude pour descendre au niveau de la fierté ; et de celui-ci, il descend au niveau de la fatuité. Et si cela s’accompagne d’une ivresse procédant de l’attraction qu’exerce l’amour, il se met à avoir des prétentions au dessus de son mérite et au-delà de sa capacité. C’est ce que l’on appelle les shatahât. Dans ce cas, l’individu se fait du tort à lui-même et nuit aux autres.

L’aspirant sujet à ces shatahât est semblable à un petit gradé du rang de sous-lieutenant qui s’enivre de son petit pouvoir et à l’impression d’être le commandant suprême des armées. Les choses se mélangent dans son esprit : il confond le pouvoir qu’il exerce dans son petit cercle avec le plein pouvoir sur les armées, lequel s’exerce dans un cercle plus large. De la même manière, un individu peut confondre l’image du soleil se reflétant sur un petit miroir et son image se reflétant sur une vaste mer, du fait de l’image semblable que l’astre renvoie, et bien que ces deux images ne soient pas comparables du point de vue de la taille.

Ainsi, de nombreux saints hommes se voient beaucoup plus grands et plus immenses que d’autres qui sont pourtant plus élevés qu’eux-mêmes : ils sont comme des mouches comparés au paon.

Mais les gens animés de telles prétentions dont il s’agit se voient néanmoins comme ils le décrivent et comme ils le disent : ils sont véridiques dans leurs vues. Il m’est même arrivé de voir un homme revendiquant la fonction de pôle suprême, prétendant être dans sa disposition et être doté de ses caractéristiques, et qui pourtant n’avait des attributs de cette fonction que la présence et la clairvoyance du cœur, ainsi qu’une perception lointaine du secret de la sainteté.

Je lui ai dit :

Mon frère ! De même que la loi du sultan se manifeste dans des supports multiples, de façon partielle ou globale, selon une modalité unique dans tous les districts de l’état, en partant du ministère et en finissant par la plus petite administration éloignée, de même la fonction de pôle s’étend sur des districts variés et apparait à travers des supports multiples. Et chaque station spirituelle a de nombreux corollaires. Quant à toi, tu as vu la plus insigne manifestation et le plus immense support de la fonction de pôle, laquelle fonction est semblable à l’institution ministérielle dont la gouvernance apparaît au sein de ton cercle réduit, lequel est semblable à la petite administration en un lieu reculé. Cela s’est mélangé dans ton esprit et tu t’es laissé abuser. Parce que ce que tu as vu est réel et véridique, mais c’est ton jugement qui est erroné. Une louche pleine d’eau apparaît à la mouche comme un océan.

Ce frère a écouté mon propos avec attention et s’est sorti de ce filet, par la volonté de Dieu.

J’ai vu également un certain nombre de gens qui se voyaient dans une disposition proche de celle du Mahdî et disaient chacun de leur côté : « Je vais devenir le Mahdî ! »

Ces gens ne sont pas des menteurs ou des usurpateurs, mais ils sont eux-mêmes leurrés. Parce qu’ils s’imaginent que ce qu’ils voient est le Vrai. Or de même que les noms sublimes divins ont divers degrés de manifestation, depuis le trône jusqu’aux atomes, les apparences de ces manifestations dans le monde et les âmes varient également en proportion, et les niveaux de sainteté qui consistent à acquérir ces apparences et à en être gratifié, sont également dissemblables.

La raison majeure de cette confusion est que certaines stations spirituelles de sainteté comportent des prérogatives et des fonctions semblables à celles du Mahdî. On y constate un lien particulier avec le pôle suprême et une relation particulière avec le Khidr. Il y a par ailleurs des stations spirituelles entretenant des liens étroits avec des personnages illustres si bien qu’on les désigne sous le nom de « station du Khidr », « station de Uways » ou « station du Mahdî ». Pour cette raison, les gens qui parviennent à de telles stations, à une partie de celles-ci ou à un corollaire de celles-ci, s’imaginent qu’ils sont eux-mêmes ses illustres personnages, si bien que certains peuvent considérer qu’ils sont le Khidr ou le Mahdî, ou encore le pôle suprême.

Si son égo est effacé au point de ne plus convoiter la gloire et l’ascendant sur les autres, il n’est pas coupable et nous devons considérer ses prétentions trop grandes pour lui comme des shatahât dont il n’est vraisemblablement pas responsable. On pourra donc l’en excuser.

Mais ces mêmes prétentions, chez un individu dont l’égo est encore agité et dont l’aspiration demeure la gloire, auront d’autres conséquences. Cet égo prendra autorité sur lui et le conduira au niveau de la fierté, laissant derrière lui la station de la gratitude. Et il régressera ainsi progressivement jusqu’à l’abysse de l’orgueil annihilant les bonnes œuvres. Puis il finira par atteindre la folie ou par s’égarer loin de chez lui. Et cela, parce qu’il croit faire partie des grands saints, ce qui en soi revient à se faire d’eux une idée inconvenante. En ce sens qu’il se dégrève de ses insuffisances, et du fait de son orgueil, il voit ces saints et illustres personnages à travers le prisme de sa propre personne pleine de tares, et s’imagine qu’ils sont entachés comme lui. Alors il leur manque de respect, et par conséquent, il peut également manquer de respect aux prophètes, que le salut les accompagne.

Ces hommes abusés doivent donc juger leurs œuvres à l’aune de la voie légale ; ils doivent se tenir dans les limites des principes posés par les savants spécialistes des fondements de la religion ; et ils doivent se référer aux enseignements de l’imam al-Ghazâlî, de l’imam ar-Rabbanî et des saints versés dans les sciences comme eux. Puis ils doivent se tenir eux-mêmes en suspicion permanente et savoir que l’insuffisance, l’impuissance et l’indigence sont inhérentes à l’âme des hommes, si hauts et sublimes que soit leur niveau.

Les shatahât que manifestent certains adeptes de cette méthode procèdent de l’amour de soi. Il arrive qu’un individu éprouve envers sa personne un amour si fort qu’il s’imagine que son âme est parfaitement pure et qu’elle est semblable à un diamant, alors qu’elle est semblable à un éclat de verre sans réelle valeur. Car dit-on : « l’amour est aveugle. »

Le plus grand danger de cette voie est que l’aspirant voit les inspirations subtiles qui se présentent à son cœur comme la parole de Dieu : qu’il considère chaque inspiration comme un verset coranique. Car cette illusion s’accompagne d’un manque de respect à l’égard du sublime rang de la révélation.

Assurément, toutes les inspirations, en commençant par celle de la fourmi et des animaux, puis du commun des hommes et de l’élite d’entre eux, pour finir par celle du commun des anges et de l’élite rapprochée d’entre eux, ne sont pas autre chose que des paroles divines. Mais cette parole divine consiste en des formes de discours variées dont la lumière se manifeste à travers soixante-dix mille voiles, en fonction de la réceptivité du sujet et de sa station spirituelle.

Quant à la révélation, la parole du Très-Haut à proprement parler. Elle est représentée de la façon la plus admirable à travers le nom « d’étoiles du Coran » donné aux versets, lesquels sont révélés progressivement à la façon de l’apparition des étoiles, comme la tradition le rapporte. C’est pourquoi, donner aux inspirations dont nous parlons le nom de verset est une parfaite erreur. Car la différence entre la petite et pâle image du soleil reflétée dans un miroir coloré et celle du véritable soleil brillant dans les cieux, est comparable à la différence entre l’inspiration manifestée au cœur de ces hommes aux prétentions injustifiées et les versets du soleil coranique, ces derniers étant la parole de Dieu directe (comme nous l’avons expliqué dans les « Segments » 12, 25 et 31.)

Certes, si l’on objecte que l’image du soleil manifesté à travers le miroir est sa véritable image, je dirais que c’est évident. Mais on ne peut soumettre l’immense globe terrestre à l’attraction de ces soleils reflétés dans des petits miroirs.

Cinquième observation

On considère que la notion « d’unicité de l’existence », qui comprend « l’unicité de contemplation » est une notion importante des voies soufies. Elle signifie : ne voir en l’existence que le « Nécessairement existant ». En d’autres termes, l’existent réel n’est autre que le « Nécessairement existant », exalté soit-Il, et que les êtres ne sont rien que des ombres évanescentes et des illusions qu’on ne peut à proprement parler qualifier d’existants, face au « Nécessairement existant ». C’est pourquoi les adeptes de cette école considèrent les créatures comme des êtres imaginaires et illusoires, et ils les voient comme des néants lorsqu’ils arrivent au rang du renoncement à ce qui est autre que Dieu. Il arrive même, dans des cas extrêmes, qu’ils considèrent les créatures comme des miroirs illusoires reflétant les manifestations des sublimes noms divins.

L’idée majeure de cette conception est que les êtres « possibles » se réduisent si bien aux yeux des grands saints qui parviennent au rang de la « certitude véritable » grâce à leur forte foi, qu’ils leurs apparaissent comme autant de néants et d’illusions. Ce qui veut dirent qu’ils nient à l’univers une existence parallèle à l’existence du Très-Haut, qui est le Nécessairement Existant.

Mais cette notion comporte des écueils et des dangers nombreux. Le plus grand de ces dangers est le suivant :

Les piliers de la foi sont au nombre de six. Il y a donc, outre le pilier de la foi en Dieu, d’autres piliers comme la foi en l’au-delà. Or ces piliers impliquent l’existence des possibles. Ce qui signifie que ces piliers établis de façon certaine ne peuvent être basés sur une illusion.

Aussi, l’adepte de cette conception ne doit-il pas la prolonger lorsqu’il sort de son état d’abstraction et d’ivresse, et il ne doit pas se fonder sur celle-ci. Puis il ne doit pas changer cette vision relevant du cœur et du goût spirituel en une conception intellectuelle, exprimable et intégrable aux sciences. Parce que les principes de la raison, les lois scientifiques et les fondements de la théologie sont issus du Livre Saint et de la tradition immaculée. Ils ne peuvent donc pas intégrer cette notion et ses implications. C’est pourquoi une telle conception n’est pas adoptée par les gens de la sobriété spirituelle, tant parmi les califes bien guidés, que parmi les imams fondateurs ou les savants actifs de la génération de nos vertueux prédécesseurs. Cette conception ne se situe donc pas au plus haut et au plus sublime degré. Elle est sans doute élevée, mais elle demeure imparfaite ; elle comporte sans doute une douceur envoutante, mais elle brûle la gorge. Néanmoins, du fait de sa suavité et de la beauté de ce qu’elle suggère, ceux qui s’y plongent ne veulent plus ressortir et ils s’imaginent – du fait de ce qu’ils perçoivent – qu’elle constitue le rang le plus haut et le plus éminent.

Puisque nous avons abordé quelques points des fondements de cette conception et de sa nature dans l’épitre intitulée « Une goutte de lumière de la connaissance du Très-Haut » dans les « Segments » et les « Écrits », nous nous contenterons ici de ce qui vient d’être dit. Et nous indiquerons seulement un écueil dangereux sur lequel peut parfois s’échouer un certain nombre de personnes évoluant autour de l’unicité de l’existence. Il s’agit du fait suivant :

Appréhender cette notion est l’apanage de l’élite de l’élite, lorsque l’individu est dans un état d’abstraction totale et qu’il se soustrait à la causalité du monde matériel et rompt les liens avec les possibles autres que Dieu.

Mais lorsque cette réalité descend de la haute sphère du goût, de l’expérience spirituelle et du ressenti du cœur, jusqu’à la sphère des conceptions mentales et scientifiques, puis qu’elle est présentée dans sa forme intelligible aux appréciations de ceux que les passions de ce bas monde font incliner et qui sont engagés profondément dans les philosophies matérialistes, cela conduit à les plonger davantage dans la matière et à les éloigner de la vérité que porte l’islam.

La personne matérialiste attachée aux causes secondes et passionnée de ce monde, aspire à donner à ce monde éphémère une certaine éternité. Car il s’émeut de voir cette aimée qu’elle représente, s’évaporer et fondre entre ses mains. Alors, il lui confère des caractéristiques d’éternité en se basant sur l’idée d’unicité de l’existence. Il ne s’abstient pas pieusement d’élever son aimée au rang d’adorée, après lui avoir conféré la prérogative d’éternité, si bien qu’il ouvre les portes à la négation du Très-Haut. Que Dieu nous en préserve.

Du fait que la pensée matérialiste a posé profondément ses bases à notre époque et qu’elle a la main mise sur les activités intellectuelles et scientifiques, au point que la matière est devenue aux yeux de ses adeptes l’origine de toute chose, la diffusion de la conception d’unicité de l’existence à notre époque – où l’élite des gens de foi voit les choses matérielles aussi insignifiantes que le néant – donne assurément aux matérialistes un argument pour adhérer à celle-ci et pour dire à ses adeptes parmi les croyants : « Nous sommes semblables ». Nous aussi nous soutenons cela et pensons comme cela. », sachant qu’il n’est de conception plus éloignée des matérialistes et des adorateurs de la nature que celle d’unicité de l’existence. Parce que ses adeptes ont une foi en Dieu si profonde qu’ils considèrent que l’univers et l’ensemble des créatures ne sont rien face à la vérité de l’existence de Dieu. Et parce qu’à l’inverse, les matérialistes donnent aux créatures une si grande importance qu’ils nient l’existence du Très-Haut. En quoi les premiers sont-ils donc comparables aux seconds ?

Sixième observation

Cette observation se composera de trois points

Premier point : Se conformer à la tradition prophétique immaculée est la plus belle et la plus lumineuse voie conduisant au rang de la sainteté. C’est même la voie la plus droite et la plus riche. La conformation signifie que le musulman adopte et imite cette tradition dans tous ses comportements et toutes ses actions ; et qu’il s’oriente selon la voie légale dans toutes ses entreprises et dans toutes ses œuvres. Car faisant ainsi, ses actes quotidiens, ses usages et ses comportements habituels et naturels deviennent des adorations. En outre, le fait de suivre la tradition prophétique et d’adopter la voie légale de Dieu dans toute action place le croyant dans un état d’éveil permanent et fait qu’il garde en conscience les prescriptions de Dieu. Or garder en conscience ces prescriptions, implique qu’il se souvienne de l’auteur de ces prescriptions, c'est-à-dire Dieu, exalté soit-Il. Et le souvenir de Dieu apporte la paix et la quiétude dans le cœur. Ce qui veut dire que chaque instant de l’existence peut s’écouler dans un état d’adoration empreinte de sérénité.

C’est pourquoi la conformation à la tradition prophétique immaculée est la voie de sainteté majeure. Et elle est la voie des héritiers de la prophétie que sont les nobles compagnons et nos nobles prédécesseurs.

Deuxième point : La sincérité est le plus important fondement de l’ensemble des voies de sainteté. Parce que la sincérité est la seule voie possible pour se départir de l’idolâtrie cachée. Quiconque n’est pas animé de sincérité au fond de son cœur, ne saurait évoluer dans ces voies. De même que l’amour constitue la plus grande énergie de ces voies.

Oui, l’amour ! Car l’être qui aime ne cherche par les défauts. Au contraire, il ne désire pas voir de défauts chez celui qu’il aime. Plus encore, il voit en les plus insignifiants indices de la perfection de son aimé, les plus irréfutables preuves de cette perfection, du fait qu’il est en présence de l’aimé en permanence.

Partant de ce principe relevant du secret, ceux qui orientent leurs cœurs vers la connaissance de Dieu par le biais de l’amour, n’écoutent pas les objections et franchissent rapidement les obstacles et les doutes ; ils sauvent leurs âmes aisément et les mettent à l’abri des conjectures et des illusions. Même si des milliers de démons se liguaient contre eux, ils ne sauraient remettre en question une simple marque ou un simple signe indiquant combien leur aimé véritable est parfait et sublime. Sans cet amour, l’homme demeure en proie aux suggestions malignes de son âme et de son diable, et il est vite affecté par les objections et les doutes que lui soufflent les démons. Il n’est plus protégé que par la solidité de sa foi et par sa vigilance et sa prudence.

Ainsi, l’amour résultant de la connaissance de Dieu est-il le principe et la quintessence de l’ensemble des rangs de sainteté. Néanmoins, l’amour comporte un certain piège important.

On peut craindre en effet que l’amour de l’individu se détourne de la ferveur et de la soumission à Dieu – qui constituent le secret de la servitude – pour se changer en maniérisme, en vaines requêtes et en supplications. Ce qui fait que l’individu perd le sens de la mesure et qu’il adopte un comportement présomptueux fort de son amour, et qu’il perd tout repère et toute pondération. On peut craindre aussi que son amour passe d’un « amour destinatif » à un « amour subjectivisé » lorsqu’il le transpose sur des êtres autres que Dieu. Le remède actif qu’il est se transforme alors en poison mortel. Car il arrive parfois que l’amant porte son amour sur des attributs, des qualités propres et des grâces personnelles d’un être autre que Dieu. Ce qui fait que son amour devient un amour dédié à la personne elle-même. Ce qui veut dire qu’il peut l’aimer pour elle sans qu’y soit associé le souvenir de Dieu et de son prophète ! Alors que lorsqu’il oriente son amour sur un individu autre que Dieu, il devrait l’aimer en considération de Dieu et pour Dieu, et lier à lui son cœur en vertu de sa fonction de miroir reflétant les manifestations des sublimes noms divins.

Un amour subjectivisé ainsi décrit n’est pas un intermédiaire de l’amour de Dieu, mais au contraire un voile interposé. Alors que l’amour destinatif, c'est-à-dire l’amour constituant une cause de l’amour de Dieu, est un intermédiaire de l’accroissement de celui-ci. On peut même dire qu’il est une des manifestations de grâce du Très-Haut.

Troisième point : Ce bas monde est la demeure des œuvres et la demeure de la sagesse. Il n’est pas la demeure des rétributions et des récompenses. La récompense des œuvres et des vertus acquises ici-bas, sera donnée dans le monde intermédiaire et l’au-delà : là en seront distribués les fruits. Puisqu’il en va ainsi, il ne convient donc pas de réclamer les fruits des œuvres en ce monde. Et s’ils sont accordés, il convient de les accepter de la part du Seigneur avec une joie mêlée de tristesse et un bonheur mêlé de regret, et non avec une joie et un bonheur purs. Parce qu’il n’est pas sage de recevoir le fruit d’une œuvre – qui serait inépuisable s’il était reçu dans l’au-delà – dans ce monde éphémère. C’est comme renoncer à une lampe qui éclaire en permanence, pour acquérir une lampe dont la lumière ne dure que quelques instants !

Partant de ce principe – c'est-à-dire d’attendre la récompense dans l’au-delà – les saints apprécient les œuvres ardues, les difficultés, les malheurs et les épreuves. Ils ne s’en plaignent et ne s’en affligent pas. Ils répètent au contraire inlassablement : « Louange à Dieu quoi qu’il arrive. » Si Dieu leur accorde un miracle, un dévoilement, une lumière ou une expérience spirituelle, ils les reçoivent révérencieusement et les considèrent comme une bienveillance et un honneur de la part du Très-Haut. Et ils cherchent à cacher le miracle et à ne pas s’en prévaloir. Ils s’empressent au contraire de témoigner un surcroit de gratitude et d’adorer Dieu avec d’autant plus de ferveur. Beaucoup Lui demandent de cacher ces états et de les en priver. Ils souhaitent les voir cesser, car ils craignent que leur sincérité dans les actions ne soit entachée.

Au vrai, le plus grand bienfait dont peut être gratifié un individu agréé de Dieu, est celui qui lui est accordé sans qu’il en ait conscience, afin que son état de ferveur et d’application aux oraisons ne se change pas en un état de consécration aux adorations de façon maniérée et intéressée ; et afin que leur attitude de gratitude et de louange ne se transforme pas en affectation et en suffisance.

Partant de cette vérité, ceux qui aspirent à suivre le chemin de la sainteté et la voie spirituelle, s’ils désirent et s’emploient activement à bénéficier de certains fruits de la sainteté comme les états extatiques ou les miracles, montrent en cela que leur aspiration se limite en réalité à convoiter les fruits de cette vie éphémère. Or s’ils obtiennent ces fruits ici-bas, ils ne seront pas durables, quoi qu’il arrive. Puis ils perdront le désintéressement en leurs actions par lequel s’acquière la sainteté, si bien que cette sainteté risque de leur échapper.

Septième observation

Cette observation se constituera de quatre points.

Premier point : La voie légale est le résultat du discours divin qui nous est adressé directement – sans obstacle ou voile – depuis la seigneurie absolue laquelle se caractérise par la prérogative exclusive de l’unité.

C’est pourquoi le plus haut rang de la voie et le plus sublime rang de la vérité, ne sont rien de plus que des parties du tout que constitue la voie légale. Et leurs résultantes et ce à quoi ils aboutissent sont les ordres de la voie légale établie. Ils demeurent donc en position de serviteurs de la voie légale, d’intermédiaires et de prémisses conduisant à celles-ci.

L’aspirant de la voie s’élève progressivement au plus haut rang, où il acquiert ce que la voie légale renferme de vérités et de secrets spirituels. À ce moment-là, la voie spirituelle et la vérité forment des parties de la voie légale suprême. C’est pourquoi l’idée que soutiennent certains soufis, selon laquelle la voie légale serait une écorce extérieure dont la vérité serait le cœur, l’essence et le but, est erronée.

En conclusion, je dirais que les adeptes de la voie spirituelle qui se tiennent en dehors de la voie légale sont de deux catégories :

La première correspond à ces gens que nous avons décrits précédemment : soit un état spirituel, un état d’abstraction, une attraction ou une ivresse les domine, soit ils sont sous l’emprise de ces sens subtils qui ne leur permettent pas d’observer les prescriptions et qui les départissent de toute volonté. Dans ce cas, ils se tiennent en dehors du cadre de la responsabilité légale.

Mais cette disposition ne procède pas d’un mépris de la voie légale ou d’un rejet de ses prescriptions. Au contraire, le fidèle abandonne ces prescriptions de manière contrainte et indépendante de sa volonté. Il existe des saints de cette catégorie. En outre, certains grands saints sont demeurés dans de tels états un certain temps. Des saints réalisés ont même statué du fait que certains de ces gens ne sortent pas seulement du cadre de la voie légale, mais également du cadre de l’islam. Mais la condition est qu’ils ne renient pas les prescriptions apportées par le prophète, que la prière et la paix l’accompagnent, même s’ils ne s’en acquittent pas. Car s’ils ne s’en acquittent pas, c’est soit qu’ils n’y pensent pas, soit qu’ils ne peuvent pas le faire, soit qu’ils n’en ont pas connaissance, soit qu’ils ne les comprennent pas. Mais si l’un d’eux les connait et les refuse, cela cause sa perte.

La seconde catégorie est celle des adeptes attirés par les saveurs enivrantes de la voie et de la vérité. Ceux-là n’accordent aucune importance aux vérités légales, lesquelles sont pourtant plus élevées que leurs extases. Ils considèrent qu’elles n’ont pas de saveur parce qu’ils sont incapables de les appréhender. Ils s’en acquittent donc d’une manière purement formelle. Ce qui les conduit progressivement à penser que la voie légale n’est qu’une écorce extérieure, et que la vérité qu’ils ont découverte est l’essentiel et le but. Ils se disent donc : « Ce que j’ai me suffit. » Si bien qu’ils commettent des actes contraires à ce que prescrit la voie légale ! Ceux, parmi ces adeptes, qui ont toute leur raison sont responsables de leurs actions et des comptes leur seront demandés. Il se peut même qu’ils se perdent au point d’être la risée du Malin.

Quatrième point : Il est des personnages appartenant aux factions égarées et coupables d’innovations condamnables qui sont néanmoins tenues en gré par la communauté, tandis que d’autres appartenant aux mêmes factions, sont rejetées et réprouvées, sans que l’on puisse voir ce qui les distingue !

Ce fait me rendait perplexe. Al-Zamakhsharî, par exemple, qui était un fervent défenseur de la doctrine mutazilite n’est pas considéré comme un hérétique par les savants sunnites reconnus. Ces derniers ne le comptent pas dans les rangs des égarés, en dépit des sévères altercations qu’il eut avec eux. Ils lui trouvent même des excuses et croient en son possible salut. En revanche, Abû ‘Alî al-Jabbâ’î, qui fait également partie des imams mutazilites, est rejeté par les sunnites reconnus. Ceux-ci condamnent ses idées, alors qu’il était beaucoup moins zélé que son confrère.

Cette question occupa grandement ma pensée. Puis, par une grâce divine, je compris ce qui suit :

Les objections d’al-Zamakhsharî contre les sunnites procédaient de son amour pour les idées que prêchait sa doctrine et qu’il croyait être vraie. Il disait par exemple : « La transcendance véritable de Dieu consiste à ce que les vivants soient eux-mêmes les créateurs de leurs actions. » Ainsi, son amour procédant de la transcendance du Vrai, exalté soit-Il, réfutait la règle admise par les sunnites concernant les actes. En revanche, la plupart des imams de la doctrine mutazilite réprouvée ne rejettent pas la conception des sunnites du fait de leur grand amour pour la vérité, mais simplement du fait de leur incapacité à comprendre les principes posés par les adeptes de la sublime sunna et l’inaptitude de leurs esprits étroits à cerner les lois évoquées par ceux-ci. C’est pourquoi leurs propos sont rejetés et qu’ils sont eux-mêmes réprouvés.

Et de même que les divergences des mutazilites et des sunnites comportent deux aspects, comme cela apparait dans les ouvrages de théologie, les adeptes de la voie, se démarquent de la sunna immaculée et contreviennent à celle-ci également sur deux aspects.

Le premier consiste à ce que le saint soit accaparé par son état et son orientation comme l’était az-Zamakhsharî pour sa doctrine, et qu’il néglige dans une certaine mesure les convenances de la voie légale dont il ne goûte pas encore le sens.

Le second consiste à ce que le saint considère que la voie légale n’a pas d’importance au regard de la voie (à Dieu ne plaise), du fait qu’il est incapable de cerner les subtilités vastes et savoureuses qu’elle renferme. Sa station imparfaite ne lui permet pas d’appréhender ces très sublimes convenances.

Huitième observation

Elle consiste en huit écueils et pièges :

Le premier piège dans lequel tombent les aspirants des voies soufies – qui ne suivent pas la tradition prophétique comme il se doit – est qu’ils croient que la sainteté prévaut sur la prophétie ! Nous avons démontré combien la prophétie est plus élevée que la sainteté et combien sa lumière est plus éclatante dans le « Segment » 24 et le « Segment » 31.

Le second consiste en l’avis de certains soufis excessifs selon lequel les saints auraient la prévalence sur les nobles compagnons, puissent Dieu les agréer, et seraient même au rang des prophètes, que la paix les accompagne. Nous avons expliqué dans le « Segment » 18 et dans le « Segment » 27, ainsi que dans l’appendice de ce dernier spécialement consacré aux compagnons, comment ceux-ci se distinguent par certaines prérogatives dues à leur compagnonnage avec le prophète, si bien que les saints ne sauraient atteindre leur rang et encore moins les surpasser ; et comment il est absolument exclu qu’ils parviennent au rang des prophètes.

Le troisième est que certains adeptes extrémistes s’attachent avec un zèle démesuré à donner la prévalence de leur confrérie, de ses litanies et de ses rituels sur les invocations empruntées à la très noble tradition prophétique. Ils tombent à cause de cela dans des pratiques enfreignant et abandonnant la voie légale, tout en demeurant attachés aux litanies de leur confrérie. Ils suivent ainsi une voie faisant fi des convenances de la noble tradition prophétique et tombent dans un piège, ainsi que nous l’avons montré dans de nombreux « Segments », et comme l’ont montré les grands maîtres des voies comme l’imam al-Ghazâlî ou l’imam ar-Rabbânî :

Observer une seule tradition prophétique reçoit davantage l'agrément de Dieu que cent convenances et adorations propres à une confrérie. Car de même que l’observance d’une œuvre obligatoire vaut plus que mille sunnas, une sunna vaut également plus que mille pratiques soufies particulières.

Le quatrième est que certains soufis zélés s’imaginent faussement que l’intuition est au même rang que la révélation. Ils considèrent aussi que l’intuition est une forme de révélation. Ils tombent là dans un piège très pernicieux. Nous avons démontré dans le « Segment » 18 et le « Segment » 25, lesquels traitent de la miraculeuse inimitabilité du Coran, ainsi que dans d’autres épitres, comment la révélation est insigne, sublime, lumineuse, totale et complète, tandis que l’intuition en sa comparaison est partielle et de faible clarté.

Le cinquième est que certains soufis n’ayant pas bien compris le secret de la voie, comme moyen et non comme fin en soi, sont attirés par les miracles, les expériences spirituelles et les lumières qui leur sont accordés. Or ceux-ci sont donnés gracieusement, mais ne se demandent pas, car Dieu en gratifie les serviteurs faibles pour les conforter comme Il en gratifie les serviteurs paresseux pour les encourager et atténuer leur accablement et leur lassitude – lesquels les touchent en raison des grands efforts qu’ils déploient dans l’adoration. Ainsi ces adeptes en viennent à donner la prévalence à ces miracles, ces expériences spirituelles et ces lumières, sur les œuvres obligatoires de la religion, sur le service sous sa bannière et sur la lecture de ses invocations et de ses litanies.

Nous avons indiqué de manière globale, dans le troisième point de la sixième observation, que ce bas monde est la demeure du service et de l’œuvre et qu’il n’est pas la demeure de la récompense et de la rétribution. Ceux qui veulent cueillir les fruits de leurs œuvres dans ce monde éphémère échangent la récompense future éternelle contre une récompense terrestre périssable. En outre, cela dénote un attachement résiduel à ce bas monde et un désir d’en jouir, ce qui entraine une diminution de l’aspiration et de la noble inclination pour la vie intermédiaire. Cela dénote même un certain désir de ce bas monde à travers ces fruits.

Le sixième est qu’une partie des aspirants des voies soufies autres que les gens de réalisation, croient illusoirement que les ombres et les modèles réduits que représentent les stations de sainteté sont les stations véritables, totales et originales.

Nous avons montré dans le deuxième paragraphe du « Segment » 24 et d’autres « Segments », de manière indubitable, que même si les nombreuses images du soleil reflétées dans des miroirs possèdent une clarté et une chaleur procédant du soleil, cette lumière et cette chaleur n’en sont pas pour autant la lumière et la chaleur originelles. Elles sont de moindre intensité.

La station de la prophétie et les stations des grands saints déploient des ombres sous lesquelles les gens de la voie peuvent s’abriter. Mais il arrive qu’ils s’imaginent alors avoir atteint un niveau supérieur à celui de ces grands saints, et même des prophètes – que Dieu nous préserve.

Pour se préserver de l’ensemble de ces pièges, ils doivent garder à l’esprit les fondements de la foi et les principes de la voie légale, et les prendre pour référent en permanence. Et ils doivent aller à l’encontre de leurs expériences extatiques et des leurs contemplations, et s’accuser eux-mêmes, lorsque cela va à l’encontre de ces fondements.

La septième est qu’une partie des adeptes des expériences extatiques et des états amoureux, parmi les gens des voies soufies, tombe dans la fierté et la prétention. Certains fidèles tiennent des propos inconvenants et cherchent à avoir de l’ascendant sur leurs semblables et à devenir des référents en matière de religion. Ils préfèrent ces bénéfices immédiats à la gratitude, à la ferveur, à la louange et au désintéressement vis-à-vis des gens. Pourtant, la servitude manifestée par Mohammed, que la prière et la paix l’accompagnent, est le plus sublime niveau de servitude qui soit. Cette servitude est celle que l’on peut qualifier de station de l’aimé, ou de servitude empreinte d’amour.

Le fondement et le secret de la servitude résident en la ferveur, la louange, l’invocation, le recueillement, l’impuissance, l’indigence et le désintéressement vis-à-vis des gens. C’est grâce à cela que l’individu peut parvenir à l’accomplissement de cette vérité qu’est la véritable servitude.

Il est vrai qu’un certain nombre de grands saints ont été contraints – indépendamment de leur volonté et en raison de la domination provisoire de leur état – d’exprimer de l’autosatisfaction, de quémander et de tenir des propos inconvenants. Mais il n’est pas permis de les imiter volontairement relativement à ces états. Ils sont bien guidés, mais sur ce point particulier, ils ne sont pas des exemples. C’est pourquoi il ne convient pas de suivre leur pas et de les prendre pour modèles en cela.

Le huitième est qu’un certain nombre d’individus pressés et intéressés parmi les gens de la voie, désirent cueillir les fruits de la sainteté en ce monde au lieu d’attendre de le faire dans l’au-delà. C’est lorsque leur comportement dénote ce désir et révèle leur intention à travers ce comportement que l’on constate qu’ils sont tombés dans ce piège. Pourtant un grand nombre de versets coraniques tel que

وَمَا الْحَيٰوةُ الدُّنْيَاۤ اِلاَّ مَتَاعُ الْغُرُورِ « La vie d’ici-bas n’est qu’agrément trompeur. » (3/185)., indiquent clairement ce que nous avons démontré précédemment dans de nombreux « Segments », à savoir qu’un seul fruit du monde de la permanence équivaut à mille jardins de ce monde éphémère. C’est pourquoi il est préférable de ne pas bénéficier de ces fruits bénis ici-bas. Et s’ils sont donnés à l’aspirant sans qu’ils les convoitent ou les désirent, celui-ci doit louer Dieu et Lui exprimer sa gratitude en l’acceptant non comme récompense, mais comme bienveillance et comme grâce divine accordée pour attiser son ardeur et accroitre son aspiration.

Neuvième observation

Nous mentionnerons ici de façon synthétique, neuf des très nombreux fruits et bénéfices de la voie :

Premièrement : Les vérités religieuses apparaissent avec clarté et sont dévoilées jusqu’au niveau de la certitude contemplative, par l’intermédiaire de la voie authentique et droite. Or ces vérités sont les sources des trésors éternels et de la félicité permanente, ainsi que les clés permettant d’y accéder.

Deuxièmement : Elle permet à l’homme de réaliser son existence véritable, en conformant l’ensemble de ses sens subtils à la fonction pour laquelle ils furent créés, et ceci, en faisant de la voie un intermédiaire permettant de mouvoir son cœur, lequel est considéré comme le centre de son corps et le ressort de ses mouvements et de son essor vers Dieu. De cette manière, de nombreux sens subtils de l’homme se mettent en action et se manifestent, si bien que la réalité de l’homme apparaît.

Troisièmement : Elle permet de se libérer du sentiment de solitude et d’abandon dans le cheminement, et de donner à l’aspirant un sentiment de réconfortante compagnie spirituelle dans ce bas monde et le monde intermédiaire, en adhérant à une chaine initiatique en mouvement et en voyage vers la vie intermédiaire et la vie future ; et en nouant des liens d’amitié et d’amour fraternel au sein de cette caravane lumineuse cheminant vers l’éternité. Les illusions et les doutes sont ainsi rejetés par l’aspirant du fait qu’il s’appuie sur le commun accord et le consensus des adeptes, considérant chaque enseignant et guide comme une référence solide qui ne faiblit pas lorsqu’il s’agit de repousser les sujets d’égarement et les illusions qui se présentent à l’esprit.

Quatrièmement : elle préserve l’individu du terrible sentiment d’abandon qu’il peut ressentir en sa vie terrestre et lui permet de se soustraire au douloureux sentiment d’aliénation qu’il peut ressentir dans ce monde, et ce, grâce aux sources d’amour et de connaissance de Dieu dans la foi que fait jaillir la voie droite et pure.

Nous avons montré dans de nombreux « Segments » que la félicité dans les deux mondes, le plaisir que ne gâche nulle douleur, la présence réconfortante que ne gatte nul sentiment d’abandon et la félicité véritable, ne peuvent être atteint qu’à travers les vérités de la foi et de l’islam, auxquelles tend la voie. Nous avons montré également dans le « Segment » 2, que la foi porte en elle le germe de l’arbre de félicité « Tûbâ » du paradis.

Oui, et par le biais de l’éducation que prodigue la voie, ce germe grandit.

Cinquièmement : elle permet de prendre conscience des vérités subtiles que renferment les prescriptions légales, et de les estimer par l’intermédiaire du cœur éveillé en permanence au souvenir de Dieu. L’aspirant est aidé en ce sens par le programme éducatif de la voie. C’est ainsi que l’observance et l’adoration suscitent un surcroit de fervente aspiration et d’amour, et ne causent pas de fatigue et d’accablement.

Sixièmement : Elle permet de parvenir à la station de l’abandon confiant en Dieu, à celle de la satisfaction et à celle de l’assentiment. Ces stations sont le moyen de goûter à la félicité véritable, au réconfort pur, au plaisir que n’entache nulle tristesse et à la réconfortante compagnie que n’altère nul sentiment d’abandon.

Septièmement : Elle préserve l’homme de l’idolâtrie cachée, de l’ostentation, de l’affectation et des autres travers de cette nature, et ce, par la sincérité, laquelle est le pré-requis le plus important et le résultat le plus estimable de la voie. Elle permet aussi de le préserver des dangers de l’âme instigatrice et des impuretés de l’égoïsme, au moyen de la purification de l’âme, laquelle purification constitue le cheminement sur la voie.

Huitièmement : elle permet de donner aux gestes quotidiens de l’homme le statut d’adorations et à ses activités matérielles, des œuvres comptant pour l’au-delà. Et elle permet d’exploiter au mieux le capital de ses années à vivres en faisant de chaque seconde une graine renfermant une fleur et un épi de la vie future, et ce, par l’intermédiaire du souvenir de Dieu permanent, de la méditation, de la sereine présence de cœur, de la ferme et constante volonté, de l’intention pure et de la sincère détermination, qu’enseigne la voie.

Neuvièmement : elle consiste en le travail que l’aspirant doit accomplir pour parvenir au niveau d’homme accompli, et ce, en orientant son cœur vers Dieu tout au long de son parcours et de son cheminement initiatique, et durant les efforts spirituels qu’il accomplit pour permettre à son être de grandir et de parvenir au rang de véritable croyant et de musulman sincère, c'est-à-dire d’accéder à la foi véritable et à l’islam véritable et de ne pas se confiner dans une démarche purement formelle. L’homme devient ainsi un pur serviteur du Seigneur des mondes et un support pour son auguste Verbe, en représentant les êtres d’un côté et en étant un saint et un intime de Dieu de l’autre, comme s’il était le miroir des manifestations de Ses grâces, selon la plus parfaite constitution, laquelle donne véritablement la preuve de la prévalence des fils d’Adam sur les anges.

C’est ainsi que les ailes de la foi et de l’action conformes à la voie légale portent l’aspirant vers les plus hautes stations et le conduisent à se hisser de ce bas monde jusqu’à la félicité éternelle.

سُبْحَانَكَ لاَعِلْمَ لَنَاۤ اِلاَّ مَاعَلَّمْتَنَاۤ اِنَّكَ اَنْتَ الْعَلِيمُ الْحَكِيمُ

اَللّٰهُمَّ صَلِّ وَسَلِّمْ عَلَى الْغَوْثِ اْلاَكْبَرِ فِى كُلِّ الْعُصُورِ وَالْقُطْبِ اْلاَعْظَمِ فِى كُلِّ الدُّهُورِ سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ الَّذِى تَظَاهَرَتْ حِشْمَةُ وَلاَيَتِهِ وَمَقَامُ مَحْبُوبِيَّتِهِ فِى مِعْرَاجِهِ وَاِنْدَرَجَ كُلُّ الْوَلاَيَاتِ فِى ظِلِّ مِعْرَاجِهِ وَعَلٰۤى اٰلِهِ وَصَحْبِهِ اَجْمَعِينَ اٰمِينَ وَالْحَمْدُ ِللهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ

« Gloire à Toi, les seules sciences que nous possédons sont celles que Tu nous a enseignés enseignes. Tu es le Savant, le Sage. »

Mon Dieu, adresse Tes prières et Ton salut au sauveur suprême de toute époque et au plus insigne pôle de tout temps, notre souverain maître Muhammad, celui dont la pudeur de la sainteté a conforté la station d’aimé lors de son ascension, si bien que toute forme de sainteté s’est placée sous l’ombre de son ascension ; ainsi qu’à sa famille et à l’ensemble de ses compagnons. Amen. Louange à Dieu, Seigneur des mondes.

Appendice

 · 

Ce court appendice revêt une immense importance. Il est bénéfique pour tout le monde.

De nombreuses voies et de nombreux chemins existent pour parvenir jusqu’au Très-Haut. La source de toutes ces voies véritables et de ces chemins justes est le Saint Coran. Néanmoins, certaines voies sont plus rapides, plus sûres et plus universelles que d’autres.

J’ai puisé dans le débordement de grâce du Saint Coran, malgré mon peu d’entendement, une voie très courte et très bien frayée.

Il s’agit de la voie de l’impuissance, de l’indigence, de la compassion et de la méditation.

Oui, l’impuissance comme l’amour est une voie conduisant à Dieu, je dirais même qu’elle est plus courte et plus sûre. Car elle permet d’accéder au rang d’aimé par le biais de la servitude.

L’indigence, de la même manière, permet d’accéder au nom divin al-Rahmân.

Puis la compassion comme l’amour, permet d’arriver à Dieu. Mais elle est plus efficace et plus vaste, parce qu’elle permet d’arriver au nom divin ar-Rahîm.

Quant à la méditation, est elle aussi comme l’amour, mais elle est plus riche, plus lumineuse et plus vaste que lui, car elle permet à l’aspirant d’atteindre le nom divin al-Hakîm.

Cette voie se différencie des voies empruntées par les adeptes des voies cachées constituées de dix étapes – comme les dix facultés ou centres subtils – et des voies manifestes constituées de sept étapes – selon les sept niveaux de l’âme, car elle est constituée de quatre étapes seulement. Il s’agit d’une vérité relevant de la voie légale plus que de la voie soufie.

Qu’il n’y ait pas de malentendu. La notion d’impuissance, d’indigence et d’insuffisance consiste à manifester ses dispositions devant Dieu, non devant les gens.

Quant aux litanies et aux invocations de cette voie très courte, elle se limite à se conformer à la tradition prophétique et à s’acquitter des prescriptions obligatoires, et en particulier la prière, en respectant scrupuleusement ses piliers et en pratiquant les litanies qui la suivent ; et à se préserver des graves péchés.

La source des ces étapes dans le saint Coran correspond aux versets suivants :

فَلاَ تُزَكُّوۤا اَنْفُسَكُمْ « Ne vous targuer pas de posséder une âme pure. » (53/32) : correspond à la première étape.

وَلاَ تَكُونُوا كَالَّذِينَ نَسُوا اللهَ فَاَنْسٰيهُمْ اَنْفُسَهُمْ « Ne soyez pas comme ces gens qui oublièrent Dieu et que Dieu conduisit à s’oublier eux-mêmes. » (59/19) : correspond à la deuxième étape.

مَاۤ اَصَابَكَ مِنْ حَسَنَةٍ فَمِنَ اللهِ وَمَاۤ اَصَابَكَ مِنْ سَيِّئَةٍ فَمِنْ نَفْسِكَ « Tout bien qui te touche provient de Dieu, quant au mal qui te touche, il provient de ton âme. » (4/79) : correspond à la troisième étape.

كُلُّ شَىْءٍ هَاِلكٌ اِلاَّ وَجْهَهُ « Toute chose est périssable, si ce n’est Sa Face. » (28/88) : correspond à la quatrième étape.

J’expliquerais ces étapes très brièvement comme suit :

Première étape : Comme l’indique le noble verset : « Ne vous targuer pas de posséder une âme pure. » فَلاَ تُزَكُّوۤا اَنْفُسَكُمْ , cela consiste à ne pas se prévaloir ostensiblement de notre propre perfection. Parce que l’être humain, de par sa constitution et sa nature, est enclin à s’aimer soi-même, et même à n’aimer que lui-même en premier lieu. Il sacrifie tout pour sa personne ; il se loue d’une manière qui ne convient qu’à l’Adoré ; il se porte aux nues et s’innocente, et je dirais même n’accepte pas l’idée d’avoir la moindre insuffisance : il s’en défend avec une ferveur proche de l’adoration, au point de faire usage pour sa propre personne des facultés que Dieu lui a données afin de proclamer Sa louange à Lui, exalté soit-Il. Il est ainsi comme le décrit le verset coranique : مَنِ اتَّخَذَ اِلٰهَهُ هَوٰيهُ « Celui qui prend ses passions pour Dieu. » (25/43). Il est donc imbu de sa personne et fait grand cas de lui-même. Et il est naturel qu’il prétende être pur. Or la manière pour lui de se purifier, comme le préconise cette première étape, consiste justement à ne pas prétendre être pur.

Deuxième étape : Elle est conforme à ce que nous enseigne le noble verset : وَلاَ تَكُونُوا كَالَّذِينَ نَسُوا اللهَ فَاَنْسٰيهُمْ اَنْفُسَهُمْ « Ne soyez pas comme ces gens qui oublièrent Dieu et que Dieu conduisit à s’oublier eux-mêmes. »

Parce que l’être humain se néglige soi-même et se montre très inconscient. S’il pense à la mort, il l’envisage pour quelqu’un d’autre, et s’il observe l’impermanence des choses, il la renvoie à ses semblables, comme s’il n’était pas concerné lui-même. Car l’âme malveillante est ainsi faite qu’elle se souvient d’elle-même lorsqu’il s’agit de toucher sa récompense et de jouir d’un bienfait, et qu’elle défend ces intérêts avec beaucoup de vigueur. Tandis qu’elle s’oublie elle-même lorsqu’il s’agit d’œuvrer et d’assumer ses responsabilités. La purifier et l’éduquer, comme le préconise cette étape, consiste donc à agir à l’inverse de cette tendance. C'est-à-dire de ne pas s’oublier lorsqu’on tend à s’oublier. Autrement dit, l’individu doit s’oublier lorsqu’il s’agit de son propre agrément et penser à lui-même lorsqu’il s’agit de servir ou de méditer à la mort.

Troisième étape : Elle consiste en ce qu’enseigne le noble verset : مَاۤ اَصَابَكَ مِنْ حَسَنَةٍ فَمِنَ اللهِ وَمَاۤ اَصَابَكَ مِنْ سَيِّئَةٍ فَمِنْ نَفْسِكَ « Tout bien qui te touche provient de Dieu, quant au mal qui te touche, il provient de ton âme (ou de toi-même). » Parce que l’âme est encline à s’attribuer tout le bien, ce qui la conduit à la fatuité et à l’orgueil. Cette étape invite donc l’individu à ne voir en lui-même que les manquements, l’insuffisance, l’impuissance et l’indigence. Et elle l’invite à considérer que toutes ses qualités et perfections proviennent de l’auguste Créateur, et à les recevoir comme des bienfaits dispensés par Lui, exalté soit-Il, afin d’échanger sa fatuité par de la gratitude et de louer le Seigneur au lieu de s’encenser soi-même. La purification de l’âme, à ce niveau, correspond au secret du noble verset : قَدْ اَفْلَحَ مَنْ زَكّٰيهَا « Quiconque la purifie est promis au succès. » (91/9). Cela nécessite que le fidèle sache que sa perfection réside en son imperfection, que sa puissance réside en son impuissance et que sa richesse réside en son indigence. (C'est-à-dire que la perfection de l’âme consiste à savoir qu’elle n’est pas parfaite ; que sa puissance consiste en son impuissance face à Dieu ; et que sa richesse consiste en son indigence vis-à-vis de Lui).

Quatrième étape : Elle consiste en ce qu’enseigne le noble verset : كُلُّ شَىْءٍ هَاِلكٌ اِلاَّ وَجْهَهُ « Toute chose est périssable, si ce n’est Sa Face. » Parce que l’âme s’imagine qu’elle est libre et autonome, et qu’elle prétend à une certaine seigneurie. En ce sens, elle désobéit de façon cachée à son véritable adoré. Mais en réalisant la vérité qui va suivre, l’homme peut se préserver de cela : toute chose en soi, sous le rapport de l’essence, est éphémère, vouée à disparaitre, contingente et inexistante. Mais sous le rapport de la forme, relativement à son rôle de miroir reflétant les noms de l’auguste Créateur, et en considération de sa fonction, est voyante et vue ; et elle est présente et existante.

Purifier l’âme à ce stade, consiste à ce que la personne sache que son inexistence réside en son existence et que son existence réside en son inexistence. C'est-à-dire que si elle se considère et donne à son existence une existence, elle sombre de fait dans les ténèbres d’une inexistence aussi vaste que toutes les créatures. C'est-à-dire, que si elle n’est pas consciente de son Créateur véritable, lequel est Dieu, et qu’elle se laisse abuser par son existence personnelle, elle se trouve alors seule, plongée dans les ténèbres de l’abandon et du néant infini, comme une luciole perdue avec sa maigre lumière dans l’obscurité d’une nuit d’encre. En revanche, si elle se départit de son égocentrisme et de son orgueil, elle découvre qu’elle n’est rien par elle-même, mais qu’elle n’est qu’un miroir reflétant les manifestations de grâce de son Existenciateur véritable. Elle acquiert alors une existence infinie et bénéficie de l’existence de l’ensemble des créatures.

Oui, quiconque trouve Dieu, a tout trouvé, car les créatures ne sont rien d’autre que des manifestations de Ses sublimes noms, exalté soit-Il.

CONCLUSION

Cette voie qui consiste en quatre étapes, soit, l’impuissance, l’indigence, la compassion et la méditation, a été expliquée dans les 26 « Segments » précédents de l’ouvrage « Les Segments », lequel a pour objet l’étude des sciences de la vérité, de la réalité de la voie légale et de la sagesse du Saint Coran. Néanmoins nous évoquerons là les quelques points suivants :

Cette voie est la plus rapide et la plus courte qui soit, car elle consiste en quatre étapes. Lorsque l’impuissance s’empare de l’âme, elle livre l’individu directement au Tout-puissant, le Plein de Majesté. En revanche, lorsque c’est l’amour qui s’empare de l’âme – sur la voie de l’amour, laquelle est la voie la plus efficace pour parvenir à Dieu – elle se trouve attachée aux objets d’amour par transposition, puis lorsqu’elle voit ceux-ci disparaitre, elle finit par atteindre l’Aimé véritable.

En outre, cette voie est plus sûre que toute autre, parce qu’elle ne laisse pas de place à l’âme pour les propos inconvenants ou les indues prétentions. Car comment celui qui ne trouve en son âme que l’impuissance, l’indigence et l’insuffisance pourrait-il entretenir d’indues prétentions.

Puis cette voie est une voie universelle et un vaste chemin. Car elle ne nécessite pas d’annihiler les créatures ou de les enfermer. En effet, les adeptes de l’unicité de l’existence considèrent les créatures comme des néants. Ils disent : « Il n’est d’existant en dehors de Lui. » afin de parvenir à la quiétude et à la présence de cœur. Il en va de même des adeptes de l’unicité de contemplation, lesquels enferment les créatures dans la prison de l’oubli et disent : « Il n’est de contemplé en dehors de Lui. » afin de parvenir à la quiétude de cœur.

Quant au Saint Coran, il dispense les créatures clairement du néant et il les libère de leur prison. Cette voie basée sur la méthode coranique, considère les êtres soumis à leur insigne Créateur et à Son service. Elles sont les supports des épiphanies de ses sublimes noms, comme des miroirs reflétant ces épiphanies. Ce qui veut dire qu’il les met au service divin sur le plan formel tout en excluant qu’elles œuvrent par elles-mêmes sur le plan essentiel. Lorsque l’individu réalise cela, il échappe à l’inconscience et il acquiert une présence permanente selon la conduite coranique et il trouve en toute chose un chemin pour aller vers le Vrai, exalté soit-Il.

En somme, cette voie ne regarde pas les créatures sous le rapport essentiel, c'est-à-dire qu’il ne considère pas qu’elles sont au service d’elles-mêmes. Il les soustrait à cela et leur donne une fonction, celle d’être au service de Dieu, exalté soit-Il.