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Écrit 28
Cet écrit traite de huit sujets.
Le premier de ces sujets fait l’objet de cette première lettre.
· اِنْ كُنْتُمْ لِلرُّءْيَا تَعْبُرُونَ ·
Au nom de Dieu, le Clément et Miséricordieux.
« Si vous êtes capables d’interpréter les rêves. » (Youssouf, 43)
Deuxièmement : Vous me demandez, cher frère, d’interpréter ce rêve que vous avez fait il y a déjà trois ans, alors que son interprétation et son explication vous a ont été données trois jour après ma rencontre. Aux vues de ce rêve sublime et béni, ce rêve augurant de beaucoup de bien, dont le temps a préservé la mémoire et a finalement donné l’exégèse, ne suis-je pas en droit de dire :
نَه شَبَمْ نَه شَبْ پَرَسْتَمْ مَنْ غُلاَمِ شَمْسَمْ اَزْشَمْسِ مِى كُويَمْ خَبَرْ
Fils de l’astre du jour, ses discours je transmets,
Quant à l’obscurité, ce qu’elle dit je ne sais !
آنْ خَيَالاٰتِى كِه دَامِ اَوْلِيَاسْت · عَكْسِ مَهْرُويَانِ بُوسْتَانِ خُدَاسْت
Allié des saints dévots, le monde des images
Reflète de l’éden, les fleurissants visages.
Oui mon frère ! Nous avons pris pour habitude de communiquer sur notre quête de la vérité immaculée. C’est pourquoi je dirais que l’étude des rêves, dont la porte est ouverte sur un certain nombre d’illusions, est une forme d’étude scientifique qui ne respecte pas rigoureusement le procédé de validation des connaissances. Cependant, en réponse à cet événement d’importance secondaire qui s’est déroulé dans ton sommeil, je ferais la lumière sur trois points concernant le sommeil en général, lequel est considéré comme le frère de la mort. Nous établirons cela selon une méthode scientifique respectueuse des règles, en déduisant les vérités à la manière indiquée par les versets coraniques traitant de ces questions. Puis nous établirons à travers un septième point, l’interprétation de ton rêve.
Premier point : Il est dans le Coran un grand nombre de versets abordant la question du sommeil, tels que : وَجَعَلْنَا نَوْمَكُمْ سُبَاتًا « Nous avons fait de votre sommeil une occasion de repos. » ; ou tels que ceux relatant le rêve de Josef, que la paix l’accompagne. Ces versets, qui sont un élément essentiel de la sourate portant son nom, indiquent que des vérités substantielles se cachent derrière les voiles du sommeil et des rêves.
Deuxième point : Les gens de vérité ne voient pas d’un bon œil le fait de chercher à augurer d’événements à partir du Saint Coran et à partir de rêves. Parce que le Coran fustige violement les impies en de très nombreux passages, le croyant qui cherche à augurer à partir du Coran peut tomber sur un de ces passages menaçant et se laisser aller au désespoir et à l’affliction. Et parce que les rêves peuvent manifester des images contraires à la réalité, si bien que l’individu peut y voir un mal quand ils expriment en fait un bien. Ce qui peut le conduire à concevoir un préjugé négatif, à s’abandonner au découragement et à perdre moralement toute force.
Un grand nombre de rêves présentent une apparence effrayante, tragique et désolante, mais doivent être interprétés et compris très positivement. Aussi, du fait que tout individu n’est pas capable d’établir le lien entre le rêve et sa véritable signification, certains peuvent-ils déprimer et s’affliger illégitimement.
C’est pourquoi j’ai relayé au début de cette étude la parole de l’imam seigneurial ainsi que celles des gens de savoir authentique :
نَه شَبَمْ نَه شَبْ پَرَسْتَمْ
Fils de l’astre du jour, ses discours je transmets…
Troisième point : Une tradition authentique mentionne : ‘Le rêve authentique constitue un quarantième de la prophétie.’
Ce troisième point est extrêmement important et d’une grande profondeur. Il y a long à dire sur ce sujet en rapport avec la fonction prophétique. Pour cette raison, nous aborderons cette étude plus tard, s’il plait à Dieu ; fermons donc pour le moment ce chapitre.
Quatrième point : Le rêve se divise en trois catégories : deux d’entre elles s’assimilent aux اَضْغَاثُ اَحْلاَمٍ « songes insignifiants » ainsi que les qualifie le Noble Coran. De tels songes ne peuvent pas faire l’objet d’interprétation et sont sans importance même s’ils ont un sens. Il s’agit soit d’un rêve que produit l’imagination d’un homme de nature déviante, selon les modalité même de cette déviance ; soit d’une réminiscence d’événements marquants que l’homme a vécu le jour même, la veille ou il y a un an ou deux, et auxquels l’imagination redonne une forme et une image. Ces deux catégories de rêves relèvent des اَضْغَاثُ اَحْلاَمٍ « songes insignifiants » et ne sont pas sujet à interprétation.
Quant à la troisième catégorie, il s’agit du rêve authentique.
La subtile réalité seigneuriale constitutive de l’être humain est en lien avec le monde invisible ; elle ouvre une fenêtre sur celui-ci lorsque les sens et les émotions qui l’attachent au monde sensible et la font évoluer au sein de celui-ci, sont suspendus et demeurent inertes. Cette subtile réalité seigneuriale regarde alors au travers de l’ouverture les événements qui s’apprêtent à survenir. Il arrive alors qu’elle ait vue sur un fait manifeste inscrit sur la table gardée ou sur un fragment d’écrits relatifs à la destinée. Elle voit un événement réel, mais l’imagination intervient parfois sur cet événement et le revêt de diverses images.
Cette catégorie de rêve présente un grand nombre de variétés et de niveaux. Parfois, l’événement se produit comme l’individu l’a vu ; d’autre fois, il se cache derrière un voile fin ; et d’autre fois encore, il se cache derrière un voile épais et opaque.
Une tradition authentique mentionne : « Les visions que l’Envoyé de Dieu – que la prière et la paix soient sur lui – avait au début de la révélation étaient claires, véridiques et aussi manifestes que le point du jour. »
Cinquième point : Le rêve authentique est l’expression d’un surcroît d’intensité de l’intuition que l’individu peut avoir de l’occurrence d’un fait. Une telle intuition est du ressort de tout individu, qu’elle soit partielle ou complète ; j’ajouterais que même l’animal y participe.
J’ai découvert, à une certaine époque, qu’il existe deux sens en l’être humain et en l’animal, autres que les sens extérieurs et intérieurs. Il s’agit de deux sens de nature intuitive. Le premier est le sens dit « sâ’iqa » et le second le sens dit « shâ’iqa ». Ils sont l’équivalent du sens de la vue et de l’ouïe que nous connaissons : c'est-à-dire que l’un émet et que l’autre reçoit.
Les égarés et les philosophes, dans leur sottise, appellent ces sens peu connus « l’instinct. » Assurément pas ! Il ne s’agit pas d’instinct, mais d’une forme d’intuition inhérente à notre nature, par laquelle le dessein divin conduit les hommes et les animaux.
Par exemple : lorsque les chats ou les animaux qui leur ressemblent perdent la vue, ils se mettent à chercher une sorte de plante bénéfique pour leur yeux, grâce à cet appel intérieur procédant du plan divin. Lorsqu’ils la trouvent, ils se frottent les yeux dessus et sont ainsi guéris.
Le vautour et les rapaces en générale, ces oiseaux dont la fonction consiste à nettoyer la terre des cadavres des animaux terrestres, sont informés de la présence d’un cadavre à une distance d’un jour de vol. Ils y sont conduits par cette sollicitation du destin et ce sens les informant d’un événement avant même qu’il ne se produise.
C’est également vrai des abeilles vieilles d’un seul jour : elles partent à une distance d’un jour complet de vol puis reviennent vers leur ruche sans se perdre. C’est possible grâce à l’orientation qu’imprime en elles la destinée et grâce à cette intuition qui les conduit intérieurement.
Et à l’évidence, il arrive à tout homme de nombreuses expériences témoignant du même fait. Quelqu’un est en train de penser à un individu, quand justement cet individu ouvre sa porte et arrive, sans qu’il ne soit aucunement prévenu de sa visite. Un proverbe kurd dit même :
نَاﭪِ گُرْبِينَه پَالاَنْدَارْ لِى وَرِينَه
« Si du loup tu te prends à rêver, prends ton bâton car il va arriver ».
Cela veut dire que ta réalité subtile seigneuriale, par l’intermédiaire de cette intuition de l’événement avant son occurrence, te fait pressentir, en substance, la venue de cet individu. Et comme l’intellect n’en a pas conscience, la personne se prend à penser à cet individu involontairement et sans raison.
Les gens de clairvoyance interprètent cela par quelque chose relevant du miracle. Il m’est arrivé de faire l’expérience de ce sens d’une manière très aiguë, si bien que j’envisageais d’en établir les règles et d’en définir les lois, mais la providence ne m’a aidé en cela. Néanmoins, chez les gens de piété et de vertu, et en particulier chez les nobles saints, ce sens devient plus précis et manifeste des faits relevant effectivement du miracle.
Ainsi, il y a dans les rêves authentiques une forme de participation à la sainteté pour le commun des hommes, car chacun peut voir des événements futurs ou cachés comme le font les saints.
Et outre le fait que le sommeil permet au commun des gens de participer à ce degré de sainteté par le rêve authentique, il est également pour eux un admirable lieu de délassement où chacun peut admirer les images d’événements que projette en eux le Seigneur comme au cinéma. Mais les gens vertueux ont de belles pensées, et ils y voient de beaux films et de belles images ; tandis que les gens de caractère exécrable, qui ne conçoivent que des pensées inavouables, y voient des images affreuses.
Ainsi, le sommeil est-il une fenêtre ouvrant sur le monde invisible depuis le monde sensible. Il constitue une vaste arène pour les gens enfermés dans ce monde éphémère, un lieu de permanence où se rejoignent le passé et le futur sous la régence du présent, et un espace de repos pour les gens d’esprit écrasés sous le poids des difficultés et des devoirs de cette vie harassante.
C’est en vertu de secrets semblables que le Noble Coran s’emploie à nous révéler la réelle nature du sommeil à travers de nombreux verset tels que : وَجَعَلْنَا نَوْمَكُمْ سُبَاتًا « Nous avons fait de votre sommeil une occasion de repos. » (79/9)
Sixième point (très important) : Il m’apparait comme une absolue certitude, basée sur un grand nombre d’expériences personnelles, que le rêve authentique est la preuve évidente que le divin destin englobe toute chose.
De tels rêves – en particulier ces dernières années – me sont apparus comme des vérités indubitables. Car je voyais en rêve les moindres conversations et actions, et les faits les plus insignifiants qui allaient se produire le lendemain. Je me suis employé à en suivre les lignes du regard durant la nuit, sans en parler. Tant et si bien que j’acquérais finalement la certitude que les rêves sont inscrits et déterminés avant même de se produire.
Ces expériences que j’ai eues n’étaient pas ponctuelles et isolées ; elles n’étaient pas au nombre de cent mais au nombre de milliers. Je voyais en rêve des gens auxquels je ne pensais pas et des faits auxquels je ne m’attendais pas, et voilà que ces gens se présentaient à moi et que ces événements se produisaient la journée suivante, avec de très légères dissemblances. Ce qui signifie que le moindre des événements est enregistré et inscrit dans le divin plan avant de se manifester en l’existence. Il n’est donc aucun hasard ; et les événements ne sont ni fortuits ni aléatoires.
Septième point : L’interprétation de ton rêve béni augure d’un grand bien pour nous et pour notre travail au service du Coran. Le temps t’en a donné l’interprétation et ne cesse de le faire, à tel point qu’il ne nous laisse plus de marge pour ajouter quoi que ce soit, outre le fait qu’une certaine part de son interprétation nous a été donnée à travers des événements précis. Si tu observes bien les choses, tu réaliseras cela. J’en exposerais néanmoins certains aspects, à l’exclusion d’autres. Je veux dire que je mentionnerais une vérité et des événements liés à ton rêve qui illustrent cette vérité.
L’arène que tu as vue est celle du monde islamique et la mosquée qui se tenait à son extrémité est la région d’Isparta. L’eau croupissante et mêlée de terre est ce marécage de la civilisation souillée par la sottise, les innovations et l’engourdissement de la nation. Par la grâce de Dieu, Tu en fus préservé et tu n’as pas été sali. Tu es parvenu à la mosquée en vitesse. Ce qui signifie que tu resteras préservé et exempt de souillures, et que ton cœur ne sera pas corrompu, puis que tu seras investi des lumières du Coran avant tes semblables. Le petit groupe de gens dans la mosquée, représente les défenseurs des « Segments » comme : Haqqî, Khulûsî, Sabrî, Sulaymân, Rushdî, Bakr, Mustaphâ, ‘Alî, Zuhdî, Lutfî, Khosrô, Ra’fat. Le petit siège est un petit village semblable à Barla. Quant à la voix forte, elle indique que les « Segments » auront un fort impact et se répandrons vite.
La place qui te fut impartie au premier rang est la fonction que tu as pris d‘Abd ar-Rahmân. Le groupe ressemblant à des radios indique que l’enseignement relatif à la foi se répandra aux quatre coins du monde et sera entendu. L’interprétation complète de ton rêve apparaitra de façon détaillée dans le futur, s’il plait à Dieu. Car les individus concernés sont pareil à un petit noyau – à l’heure actuelle- mais seront, si le Seigneur y consent, comme un arbre déployé et autant de centres de diffusion.
Ce jeune homme coiffé d’un turban symbolise un jeune dans les rangs des prêcheurs et des étudiants qui sera au coude à coude avec Khulûsî ou peut-être le surpassera. Je crois qu’il s’agit de l’un d’entre eux mais je ne saurais être catégorique. Ce jeune apparaîtra dans l’arène avec un pouvoir de sainteté.
Quant aux autres aspects, interprète-les à ma place.
M’entretenir avec vous de longues heures m’est fort appréciable. C’est en outre une action méritoire. C’est pourquoi je me suis permis un peu de prolixité sur ce sujet sans grande importance. Il se peut même que je me sois montré excessif. Mais c’est parce que j’ai voulu indiquer au préalable l’exégèse des versets coraniques relatifs au sommeil. Cette verve me sera donc sans doute pardonné, s’il plait à Dieu ; peut-être même qu’elle ne sera pas tenu pour excessive.
Deuxième sujet
Ce deuxième sujet correspond à cette deuxième lettre.
J’aborde ce deuxième sujet afin de lever le voile sur la question soulevée par Sharîf et afin de faire cesser la controverse qu’elle suscite. Cette question traite du fait que le respecté Prophète Moïse - paix à lui - frappa Azraël à l’œil– paix à lui.
J’ai en effet eu vent d’une controverse scientifique sur ce sujet à Agarîdîr. Or disputer d’un tel sujet est une erreur, en particulier en ce moment.
Je fus interrogé alors que je n’étais pas informé de la controverse. On me fit voir une parole prophétique dans un livre digne de confiance et tenu pour référence. La lettre « qaf » adjointe au hadîth indiquait symboliquement que celui-ci était « unanimement reconnu ». Mais on me demanda s’il s’agissait bien d’une noble parole prophétique ou non. Je répondis : « Oui ! Il s’agit bien d’une noble parole prophétique. Toute personne se doit de donner crédit et d’adhérer au hadîth concerné, que les deux Cheikhs tiennent pour authentique et que ce livre digne de confiance rapporte. Néanmoins, de même que le Coran comporte des versets sujets à interprétation, ainsi, certains hadîths sont sujets à interprétation et n’en comprend le sens que l’élite des savants. »
Je leur dit également : « Il se peut que le sens obvie de ce hadîth fasse partie de cet ensemble sujet à interprétation. »
Mais si j’avais été informé de la controverse, je ne me serais pas contenté de répondre cela. J’aurais dis ce qui suis :
Premièrement : La première des conditions pour pouvoir aborder de telles questions est que la discussion se déroule dans un climat d’impartialité, animé de la seule intention d’aboutir à la vérité, sans aucune obstination, par des gens dignes d’en discuter, et sans que cela fasse l’objet de mésententes et de préjugés négatifs.
Si une telle condition est respectée, il se peut qu’une discussion semblable soit acceptable.
Ce qui montre qu’une discussion n’a pour objectif que la vérité, est que les parties prenantes à cette discussion n’ont en leur cœur aucun ressentiment et que nul ne soit blessé ou affecté si la vérité sort de la bouche d’un autre. L’individu doit au contraire accepter cela en toute sérénité, car il aura appris quelque chose qu’il ignorait, alors que celui qui aura révélé la vérité n’aura rien appris de plus et sera peut-être de surcroît pris d’infatuation.
Deuxièmement : Si la discussion concerne un hadîth, les individus qui y participent doivent connaitre les différents niveaux de hadîth, les degrés de la révélation implicites et les catégories de paroles prophétiques.
Et il n’est pas permis au commun des gens de controverser sur des questions relatives au hadîth, de défendre son point de vue pour montrer sa supériorité ou de chercher des preuves pour étayer son propos et accroitre sa prétention vis-à-vis de la vérité et de la justesse de vue.
Mais maintenant que la question a été soulevée et qu’elle fait l’objet de controverse, l’effet négatif se manifestera fatalement dans l’esprit des gens ordinaires incapables de comprendre des hadîths de telle nature sujets à interprétation.
Parce que si quelqu’un nie la validité de ce hadîth, il s’expose à un danger et court à sa perte, car le nier revient à nier des hadîths authentiques et établis. Et s’il reçoit ce hadîth selon son sens obvie et qu’il en parle et le diffuse parmi les gens, il ouvrira la porte aux attaques et aux invectives des égarés contre les paroles prophétiques. Ceux-là seraient tentés de dire qu’il ne s’agit que de balivernes !
Aussi, puisque les regards ont été tournés sans raison, et même de manière préjudiciable, sur ce noble hadîth sujet à interprétation, et puisqu’il existe un grand nombre d’autres hadîths de cette nature, il convient d’indiquer une vérité susceptible de lever ambiguïté et de chasser les illusions. J’affirme qu’il est nécessaire de faire part de cette vérité, indépendamment de la véracité du hadîth en question.
Nous évoquerons cette vérité de manière globale, car il n’est pas besoin d’en dire plus vu ce que nous avons déjà développé en détail sur le sujet dans les « Epîtres de lumière ».
(Voir par exemple le paragraphe trois et quatre du « Segment » 24, ainsi que le fondement particulier des catégories de révélation dans l’introduction de l’« Ecrit » 19.)
Cette vérité est donc que les anges ne se limitent pas à une seule forme déterminée comme les humains. Ils sont dans une disposition globale bien qu’ils se manifestent selon certains aspects. Azraël – paix à lui – est l’administrateur et le dirigeant des anges chargés de reprendre les âmes.
Question : Est-ce Azraël –paix à lui – en personne qui vient reprendre les âmes ou sont-ce ses auxiliaires qui s’en chargent ?
Réponse : Il y a trois voies d’interprétations possibles.
La première de ces voies est que cet ange – paix sur lui – est celui qui vient reprendre l’âme de toute personne. Qu’il agisse à plusieurs endroits à la fois n’est pas impossible parce qu’il est fait de lumière. Or ce qui est constitué de lumière peut se manifester en un nombre illimité de lieux, par le biais de miroirs innombrables. Les manifestations des réalités lumineuses en ont chacune toutes les caractéristiques : elles sont perçues comme cette réalité en elle-même et elles ne sont rien d’autre. De même que les manifestations du soleil à travers divers miroirs font apparaître sa lumière et sa chaleur, ainsi, les réalités spirituelles, comme les anges, font-elles apparaître leurs caractéristiques à travers divers miroirs dans le monde imaginal. Et il s’agit toujours de ces réalités elles-mêmes et non d’autres. Les anges se manifestent donc à travers les miroirs en fonction de la capacité de ceux-ci. Quand par exemple Gabriel, que la prière et la paix l’accompagnent, apparaissait à l’Envoyé de Dieu, que la prière et la paix l’accompagnent, dans l’assemblée des nobles compagnons, que Dieu soit satisfait d’eux, sous l’apparence du compagnon Dahya al-Kalbî, il apparaissait dans le même temps en mille endroits et sous des formes variées. Puis il demeurait prosterné sous le trône suprême, couvrant l’horizon d’est en ouest de ses larges ailes. Aussi la manifestation en un lieu dépend de la capacité de ce lieu et l’être peut être présent en des milliers de lieux en même temps.
Donc, selon cette voie d’interprétation, il n’est pas impossible et pas même inhabituel ou inconcevable, que la manifestation de l’ange de la mort – laquelle était une manifestation partielle et humaine, et laquelle se présente à toute personne au moment de prendre son âme – se soit exposée à un coup du respectable Prophète Moïse, que la paix l’accompagne, lequel était une personnalité forte et impressionnante, parmi les Envoyés de grande détermination ; et il n’est pas impossible qu’il ait crevé l’œil à l’ange de la mort qui se manifestait à lui selon cette apparence.
La seconde voie d’interprétation consiste en ce que les anges majeurs tels que Gabriel, Mikael et Azraël, que la paix les accompagne, sont tous l’équivalent d’un administrateur général et d’un responsable : ils ont donc des auxiliaires d’une nature angélique qui leur ressemblent mais de moindre condition. Ces auxiliaires sont à la mesure des créatures dont ils se chargent. Ceux qui reprennent les âmes des saints sont différents de ceux qui reprennent les âmes des dévoyés. Il s’agit de sortes d’anges différents ainsi que l’indiquent les versets coraniques :
وَالنَّازِعَاتِ غَرْقًا · وَالنَّاشِطَاتِ نَشْطًا « Par ceux qui arrachent violemment ! Par ceux qui recueillent doucement ! »
Selon cette voie d’interprétation notre maître Moïse, que la paix l’accompagne, n’aurait pas frappé Azraël, que la paix l’accompagne, mais le corps subtil d’un de ses auxiliaires, et cela, en raison de la prophétie empreinte de Majesté qu’il manifestait, de sa force physique, de sa robuste constitution et de son éminente position auprès de son Seigneur. A la lumière de ceci, cette question devient très claire.
La troisième voie d’interprétation est la suivante : nous avons expliqué dans le « quatrième fondement du « Segment » 27 sur la base des indications des nobles traditions prophétiques, qu’il existe des anges possédant quarante mille têtes, sur chacune desquelles sont disposées quarante mille langues. Ce qui veut dire que ces anges ont également quatre-vingt mille yeux. Puis chacune de leurs langues exprime quarante mille louanges. Dans la mesure où les anges se chargent des formes d’êtres du monde sensible qui leur correspondent, ils représentent les louanges de ces êtres dans le monde des esprits. Ils doivent donc avoir cette forme et cette apparence. Parce que la terre, par exemple, laquelle est une créature unique, rend louange à Dieu. Et elle se présente sous quarante mille formes, je dirais même des centaines de milliers de formes, dont chacune est comme une tête exprimant une louange. Puis chaque forme porte des milliers d’individus qui sont comme autant de langues.
L’ange affecté au globe terrestre doit donc avoir quarante mille têtes, je dirais même des centaines de milliers de têtes, et chaque tête doit être dotée de centaines de milliers de langues.
Sur la base de cette voie d’interprétation, Azraël, que la paix l’accompagne, possèderait un visage orienté vers chaque individu et un œil les observant. Aussi, le coup que porta sur lui notre maître Moïse, que la paix l’accompagne, ne toucha pas son être essentiel ou sa forme réelle – à Dieu ne plaise. Et il n’y a pas lieu de s’indigner. Car l’attitude de Moïse procédait de sa volonté de continuer à assumer la prédication du message et d’en assurer la pérennité. C’est pourquoi il frappa – et il était en droit de le faire – cet œil qui guettait son terme et voulait que sa fonction sur terre s’interrompe.
اَللهُ اَعْلَمُ بِالصَّوَابِ · لاَ يَعْلَمُ الْغَيْبَ اِلاَّ هُوَ · قُلْ اِنَّمَا الْعِلْمُ عِنْدَ اللهِ
هُوَ الَّذِى اَنْزَلَ عَلَيْكَ الْكِتَابَ مِنْهُ اٰيَاتٌ مُحْكَمَاتٌ هُنَّ اُمُّ الْكِتَابِ وَاُخَرُ مُتَشَابِهَاتٌ فَاَمَّا الَّذِينَ فِى قُلُوبِهِمْ زَيْغٌ فَيَتَّبِعُونَ مَاتَشَابَهَ مِنْهُ ابْتِغَاۤءَ الْفِتْنَةِ وَابْتِغَاۤءَ تَأْويِلِهِ وَمَا يَعْلَمُ تَأْوِيلَهُ اِلاَّ اللهُ وَالرَّاسِخُونَ فِى الْعِلْمِ يَقُولُونَ اٰمَنَّا بِهِ كُلٌّ مِنْ عِنْدِ رَبِّنَا وَمَا يَذَّكَّرُ اِلاَّ اُولوُا اْلاَلْبَابِ
Mais Dieu sait mieux ce qui est juste. Nul ne connait l’invisible hormis Lui : « Dis : la science n’appartient qu’à Dieu. » (67/ 26). « Il est Celui qui lui révéla le Livre. Il contient des versets fermement établis qui constituent la matrice du livre et d’autres plus ambiguës sujets à équivoque. Ceux dont les cœurs sont affectés d’une déviance en suivent les ambiguïtés objets d’équivoques en vue de créer le trouble et en vue de l’interpréter. Mais n’en connait l’interprétation que Dieu. Les hommes fermement enracinés dans la science déclarent : « nous y croyons. Il provient tout entier de notre Seigneur. » Mais ne tiennent compte des conseils que les gens doués de raison. » Coran (3 /7).
Troisième sujet
Correspondant à la troisième épître
(Cette étude constitue une réponse très privée, relevant quelque peu du secret et de la confidentialité. Elle répond à une interrogation générale que se posent les frères, et que trahissent leurs attitudes ou parfois leurs propos.)
L’interrogation est la suivante : Tu déclares à chaque personne qui vient te rendre visite : « N’attendez pas de ma personne une influence ou un soutien spirituel ; et ne me considérez pas comme un homme béni. Je ne suis pas de ces gens gratifiés d’une station spirituelle. De même que le soldat mandaté fait parvenir les ordres à la place du commandant, je ne fais que transmettre des directives spirituelles et sublimes ; et de même qu’un parfait indigent peut exercer la fonction de rabatteur pour une bijouterie, j’exerce également la fonction de rabatteur pour une boutique sacrée qui n’est autre que le Saint Coran.
C’est ce que tu déclares à tout visiteur. Mais nos intellects aspirent à la science tout comme nos cœurs aspirent à la spiritualité et nos esprits à la lumière. Nous aspirons donc à de nombreux objets en des directions variées. Nous te rendons donc visite dans l’espoir de satisfaire à nos différents besoins. Car nous avons besoin d’un saint homme doué de perfections et dispensant une influence spirituelle, plus que nous avons besoin d’un savant. Si la réalité est telle que tu la décris, alors nous avons fait erreur en te rendant visite ! »
Voila ce que traduisent vos attitudes.
Réponse : Je me permettrais de vous soumettre cinq points de réflexion. Vous pourrez ensuite vous demander si votre visite est utile ou vaine, et il vous appartiendra de juger à votre convenance!
Premier point
Imaginons le serviteur d’un très prestigieux Sultan ou un soldat sous ses ordres, qui donnerait aux commandants en chefs et aux grands conseillers des cadeaux et des distinctions de la part de ce sultan, en les traitant avec tous les égards et toute la considération possible. Ces commandants et conseillers diraient-ils : « Pourquoi nous abaisserions-nous à recevoir les présents et les faveurs du sultan de la main de ce simple soldat ? » Il est évident qu’une telle attitude serait considérée comme de l’outrecuidance et de la folie.
De la même manière, si ce soldat était imbu de sa personne et ne manifestait aucun respect envers un conseillé du Sultan, au-delà de ce rôle ponctuel, et qu’il se considérait un rang au dessus de lui, il révèlerait une grande sottise et une grande folie.
Et si un de ses dirigeants gratifiés daignait se rendre chez ce simple soldat qui ne peut rien offrir de plus à son invité qu’un morceau de pain, le Sultan, conscient de la condition de son probe serviteur, ferait mander chez celui-ci les mets les plus délicats depuis ses cuisines personnelles, afin de lui éviter l’embarras.
Le serviteur du Coran sincère est ainsi comme le serviteur du Sultan. Si modeste que soit sa condition, il fait parvenir les ordres du Saint Coran, au nom de Celui-ci, aux plus insignes personnes sans hésitation et sans retenu, et il vend les pierres précieuses de Celui-ci aux personnes les plus riches spirituellement, avec fierté, noblesse et détachement, et sans le moindre sentiment d’humiliation ou de compromission.
Car si grandes que soient ces personnes, elles ne peuvent prendre de haut ce simple serviteur dans l’exercice de ses fonctions. Et ce serviteur n’a pas davantage de raison de s’enorgueillir face au respect que ses nobles personnages manifestent à son égard. Il se tient donc dans sa limite.
Et si des gens émerveillés par les trésors que renferme le Saint Coran, voient ce serviteur comme un homme saint et vertueux et le tiennent en très haute estime, il est légitime que la miséricorde sacrée de la réalité du Coran leur dispense généreusement - par son influence spirituelle - quelques grâces provenant des réserves divines spéciales, sans que le serviteur en soit informé ou qu’il y participe. Et ce, afin que le serviteur ne soit pas gêné face à son insigne invité.
Deuxième point
L’imâm Rabbânî, vivificateur du deuxième millénaire, Ahmad al-Fârûqî as-Sirhindî, a dit : « Le dévoilement et l’éclaircissement d’une vérité relative à la foi a plus de valeur à mes yeux que mille états extatiques ou miracles. Et le but de l’ensemble des voies soufies consiste à révéler et à éclairer les vérités relatives à la foi. »
Si un des immenses dirigeants de la voie livre un tel jugement, il est évident que les « Segments », qui expliquent en toute clarté les vérités relatives à la foi et qui puisent dans les océans de secrets coraniques, sont susceptibles de donner les résultats recherchés à travers la sainteté.
Troisième point
De violentes gifles s’abattirent sur « l’ancien Sa‘îd », l’inconscient, il y a de ça trente ans. Il s’était fait la réflexion que la mort était une réalité et il se trouva empêtré dans une profonde perplexité. Il appela au secours, il chercha un chemin, il s’enquit d’un sauveur qui pourrait lui prendre la main. Mais il voyait toutes les voies devant lui fermées. Dans son trouble, il prit un jour le livre Futûh al-Ghayb du Sheikh ‘Abd al-Qâdir al-Jîlânî, que Dieu soit satisfait de lui. Il l’ouvrit dans l’intention d’en tirer augure et tomba nez à nez avec la phrase suivante : « Tu es dans la maison de la sagesse, alors cherche un médecin pour ton cœur. » Quelle fut ma surprise ! Il se trouve que j’étais à cette époque un des membres de la Maison de la sagesse islamique. C’est comme si j’y étais venu dans l’intention de soigner les plaies de la communauté musulmane, mais que j’étais en fait plus malade que quiconque et que j’avais le plus grand besoin de soins. Car à l’évidence, tout malade doit commencer par se soigner soi avant de vouloir soigner les autres.
Oui, c’est ainsi que le Cheikh s’adressa à moi : tu es malade. Cherche donc un médecin pour te soigner !
Je m’écriais alors : « Sois mon médecin toi-même, ô Cheikh ! »
Puis je commençais à lire ce livre comme s’il s’adressait à moi spécifiquement. Il avait un ton sévère et il brisait mon orgueil. Il réalisa des opérations chirurgicales profondes dans mon âme. Je ne le supportais pas ; je n’avais pas la force d’endurer cela, car je prenais chaque mot pour moi.
Oui, je le lus ainsi jusqu’à la moitié environ et je ne pus le finir ! Je reposais donc l’ouvrage à sa place.
Mais peu de temps après cet événement, je commençais à sentir que les douleurs de l’opération s’estompaient et laissaient place à des sentiments d’allégresse spirituels étonnants. Je me replongeais donc dans la lecture et finissais le livre de mon « premier maître ». J’en ai tiré un immense profit et j’ai passé des heures avec lui, à écouter ses litanies et ses oraisons délicates.
Puis j’ai trouvé Les Maktûbât de l’imâm al-Fârûqî as-Sirhindî, le vivificateur du deuxième millénaire et j’en augurais un bien en toute sincérité. Je l’ouvrais et j’y trouvais des choses incroyables. Notamment parce que dans deux de ces lettres, apparait le nom « Mîrzâ badî ‘ az-Zamân ». Or il me sembla qu’il m’appelait par mon nom. Car le nom de mon père est Mîrzâ et les deux lettres étaient adressées à Mîrzâ Badî‘ az-Zamân. Je déclarais : Grand Dieu ! Il s’adresse à moi en personne, parce que le surnom de l’ancien Sa‘îd était Badî‘ az-Zamân. En outre, je ne connaissais personne surnommé ainsi à part al-Hamadhânî, lequel vécu au quatrième siècle de l’hégire. Il doit donc y avoir un autre personnage contemporain de l’imam ar-Rabbânî as-Sirhîndî a qui était donné ce surnom. Et certainement que son état était semblable au mien pour que je puisse trouver mon remède dans les lignes de ces deux lettres. Or l’Imam ar-Rabbânî nous enjoint en celles-ci, ainsi que dans une autre lettre, à adopter une orientation unique, c'est-à-dire de prendre un seul guide et imam sans nous préoccuper d’un autre.
Cette recommandation ne trouva d’écho favorable en ma disposition et mon état spirituel du moment. J’entamais alors une longue réflexion : lequel dois-je suivre ? Me tiendrais-je dans le sillage de celui-ci ou dans le sillage de celui-là ? J’en fus profondément troublé et perplexe, car chaque maître avait ses particularités et ses attraits. Aussi, je ne pouvais me résoudre à me suffire d’un seul des deux.
Et alors que j’étais en proie à cette affligeante perplexité, une pensée me vint par la grâce du Miséricordieux, exalté soit-Il. Cette pensée signifiait à mon cœur : « Le point de départ de toutes ces voies, la source de toutes ces rivières et le soleil de tous ces astres flottant, n’est autre que le Saint Coran. Adopter véritablement une orientation unique ne se peut qu’à travers le Coran ? Le Livre saint est le plus insigne des guides et le plus sacré de tous les enseignants. »
Depuis ce jour, je me consacrais au Coran ; je m’attachais à lui et cherchais en lui mes ressources. Ma piètre prédisposition ne me permettait pas de puiser dignement dans le dévers débordant de ce véritable guide qui est la source du nom de Salsabîl porteuse de vie. Mais c’est en vertu de ce dévers lui-même que nous pouvons traduire ce dévers, ce Salsabîl, aux gens de cœur et d’états spirituels, chacun selon son degré. Les « Segments » et les lumières puisées dans le Saint Coran (C'est-à-dire les Epîtres de lumières) ne relèvent donc pas seulement des questions intellectuelles, mais aussi de questions afférentes au cœur et à l’esprit, ainsi qu’aux divers états de la foi. Elles constituent ainsi des sciences divines précieuses et des connaissances seigneuriales sublimes.
Quatrième point
Les nobles compagnons du Prophète, leurs successeurs et les successeurs de ces derniers, que Dieu soit satisfait d’eux, qui sont les gens bénéficiant des hauts rangs et de la plus sublime sainteté, reçurent leurs sciences subtiles directement du Coran, si bien que celui-ci était pour eux un guide véritable et suffisant. Cela signifie et révèle que le Livre Saint, de même qu’il exprime les vérités à toute époque, prodigue le devers de la plus sublime sainteté à qui en est digne à tout instant.
Certes le passage de l’apparent à la vérité implicite se fait selon deux modalités :
Premièrement : en pénétrant le monde intermédiaire de la voie et en suivant ses diverses étapes par le cheminement spirituel, jusqu’à parvenir à la vérité.
Deuxièmement : en allant directement à la vérité par le biais d’une pure miséricorde divine, sans passer par le monde intermédiaire de la voie. Ce chemin est celui d’une élite ; il est insigne, éminent mais très étroit. C’est le chemin des nobles compagnons et de leurs successeurs, que Dieu soit satisfait d’eux.
Les lumières émanent des vérités coraniques et les « Segments » qui traduisent ces lumières, peuvent donc avoir la prérogative de cette élection, je dirais même qu’elles en ont de fait la prérogative.
Cinquième point
J’expliquerai à travers cinq exemples fragmentaires, que les « Segments », de même qu’ils enseignent les vérités du Coran, remplissent également une fonction de guidance.
Premier exemple : Je suis personnellement pleinement convaincu, fort de milliers d’expériences renouvelées – non pas quelques dizaines ou centaines – que les « Segments » et les lumières émanant du Livre Saint guident et instruisent mon intellect autant qu’ils enseignent à mon cœur, par des modalités de ma foi, et qu’ils nourrissent mon esprit par des expériences relevant du domaine de la foi. C’est si vrai que je suis désormais, dans la production de mes œuvres afférentes à ce monde, dans la disposition d’un aspirant qui attend le soutient spirituel de son Cheikh manifestant des miracles, car je puise les secrets du Coran, cette sources de miracles et j’attends que ceux-ci satisfassent à mes besoins. Cela m’est donné indépendamment de ma volonté.
Je donnerai là seulement deux exemples des connaissances subtiles que m’apportent les secrets du Coran.
Premièrement : Ce que j’ai indiqué en détail dans l’« Ecrit » 16, soit : que mon invité Sulaymân a eut la vision d’un gros pain posé sur un arbre à goudron et que nous avons mangé de ce présent immatériel durant deux jours. (A une époque où je n’avais rien à présenter à mon invité.)
Deuxièmement : Il s’agit d’un fait extrêmement singulier et subtil qui s’est produit ces jours derniers. La pensée m’est venue avant l’aube que j’avais dis à une personne des mots susceptibles de susciter en son cœur le doute et l’équivoque. Je me disais alors : si seulement je pouvais le voir. J’ôterais de son cœur ces troubles. Un instant après je me rappelais du besoin que j’avais de la section de mon livre envoyée à la ville de Nîse. Je me disais alors : si seulement je pouvais le récupérer. Après la prière de l’aube, je m’assis. Et voila que la personne concernée entra tenant dans sa main la section de livre que je voulais. Il vint me voir et je lui dis : « Que tiens-tu dans ta main ? » Il me répondit : « Je ne sais pas, un homme venu de Nîse m’a tendu ce livre à la porte et je suis venu vous l’apporter. » Je me dis avec étonnement : « Seigneur ! Le fait que cet homme soit sorti de chez lui et qu’il m’apporte ce livre de Nîse ne semble pas être dû au hasard, assurément ! Il ne s’agit de rien de moins que de la grâce du Saint Coran qui a donné à cet homme la section de ce livre et qui me l’a ensuite fait parvenir par son intermédiaire. » Je louais donc le Seigneur avec beaucoup de ferveur.
Celui qui connaît mes plus insignifiants désirs me couvre donc de Sa miséricorde et me préserve. Et je ne reçois les dons et les faveurs de personne en cette existence, pas plus que je ne les tire d’un quelconque objet.
Deuxième exemple : Mon neveu ‘Abd ar-Rahmân, nous a quitté il y a déjà huit ans. Et bien qu’il ait été quelque peu sali par les préoccupations distrayantes, les activités douteuses et les illusions de ce bas-monde, il avait une opinion de moi très surfaite. Aussi, m’avait-il demandé de le secourir et de lui fournir une assistance spirituelle qui n’était pas en mon pouvoir. Mais il se trouve que la grâce et le soutien spirituel du Coran était venu à son secours. Et cela par le biais du « Segment » 10 qui lui était parvenu trois mois avant sa mort, lequel traite du jour du rassemblement.
Cette lettre joua donc son rôle en le purifiant des souillures morales, des impuretés, des illusions, des compromissions et des insouciances, au point de s’élever à un rang semblable à la sainteté. Car il manifesta trois miracles évidents à travers la lettre qu’il m’envoya avant sa mort. J’ai inclus cette lettre dans les lignes de l’« Ecrit » 26, on pourra donc le consulter à ce sujet.
Troisième exemple : J’avais un frère en religion qui était aussi un étudiant. Il s’agissait d’un homme de cœur et de piété nommé as-Sayyid Hasan Efendi, de la ville de Burdur. Il se trouve qu’il attendait de cet indigent que je suis un soutien et une influence spirituels, comme on les attend d’un grand saint, tant il se faisait de moi une haute opinion et me prêtait des capacités que je n’avais pas. Mais un jour, sans raison particulière, je donnais à un habitant de Burdur une lettre contenant le « Segment » 32 afin qu’il le lise. Puis je me souvenais de Sayyid Hasan et je dis à l’homme : « Si tu voyages à Burdur, prête à Sayyid Hassan la lettre quelques jours afin qu’il la lise. » L’homme voyagea et donna directement la lettre à Sayyid Hasan quarante jours avant sa mort.
Il reçut la lettre avec empressement, l’étudia avec appétit et s’en abreuva comme un assoiffé se désaltère à l’eau de Salsabîl. A chaque fois qu’il en reprenait la lecture, il puisait de nouveaux flots de grâces si bien qu’il continua à la lire. Il y trouva le remède à son mal, et en particulier dans l’étude relative à l’amour de Dieu dans la troisième partie de celle-ci. Je dirais même qu’il y trouva ce dévers de grâces qu’il aurait pu attendre du plus grand des pôles spirituels. Il se rendit lui-même à la mosquée, sain et en bonne santé afin de prier, et il rendit l’âme là. Que Dieu lui fasse bénéficier d’une large miséricorde.
Quatrième exemple : Notre honorable frère Khulûsî, a trouvé dans les « Segments », lesquels sont la glose des secrets du Coran, une influence et un soutient spirituel, ainsi qu’un dévers de grâces et de lumière, plus grands que dans la voie Naqshabandiyya, qui est pourtant la voie soufie la plus importante et la plus influente. J’ai fait mention de son témoignage en ce sens dans l’écrit vingt-sept.
Cinquième exemple : Mon frère ‘Abd al-Majîd a été terriblement affecté et troublé par le décès de son fils ‘Abd al-Rahmân, ainsi que par des circonstances douloureuses et affligeantes qu’il traversait. Il espérait de moi un soutient et une influence spirituels que je ne pouvais lui donner. Mais puisque que j’entretenais avec lui des correspondances, je décidais de manière impromptue, de lui envoyer quelques lettres des « Segments ». Après les avoir lues, il m’écrivit ce qui suit : « Me voila sauvé, grâce à Dieu, alors que j’étais près de devenir fou. J’ai fait de chacun de ces « Segments » un guide. Et si j’ai perdu un guide, j’ai trouvé là, en une seule fois, un grand nombre d’autres guides. Me voila donc sauvé, grâce à Dieu. » J’observais dans quelles dispositions il se trouvait et je sus qu’effectivement il était sur une bonne voie et qu’il avait échappé, grâce à Dieu, à ses tourments passés.
Je pourrais mentionner de nombreux autres exemples semblables à ces cinq que je viens de révéler. Tous indiquent que les sciences relatives à la foi - et en particulier si les soins spirituels, apportés en considération des besoins et en vue de guérir des maux, sont puisés directement dans les secrets du Coran, puis qu’ils sont testés de manière pratique - sont capables à elles seules de répondre aux besoins des individus qui en font usage avec une intention sérieuse. Et peu importe la condition du pharmacien qui vend ces remèdes et qui en vante les mérites. Je veux dire, peu importe qu’il soit simple soldat et indigent, qu’il soit riche et de haut rang, ou qu’il soit un serviteur misérable. Quelle que soit sa condition cela ne fait aucune différence.
Oui, il n’est nul besoin de s’éclairer à la bougie lorsque le soleil brille.
Si je vous indique le soleil lui-même, il n’est pas nécessaire et pas sensé de sollicité la maigre lumière que pourrait prodiguer ma bougie, surtout si je n’en ai pas ou ne la possède pas. Il convient même mieux que ces gens m’accordent eux-mêmes leur soutien à travers leurs invocations et leur influence spirituelle. Je suis en droit de leur demander leur soutien et leur aide. Quant à eux, leur devoir et d’agréer et de se suffire des lumières que leur dispensent les « Epîtres ».
سُبْحَانَكَ لاَعِلْمَ لَنَاۤ اِلاَّ مَاعَلَّمْتَنَاۤ اِنَّكَ اَنْتَ الْعَلِيمُ الْحَكِيمُ
اَللّٰهُمَّ صَلِّ عَلٰى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ صَلٰوةً تَكُونُ لَكَ رِضَاءً وَلِحَقِّهِ اَدَاءً وَعَلٰۤى اٰلِهِ وَصَحْبِهِ وَسَلِّمْ
« Gloire à Toi. Nous ne possédons de sciences que celles que tu nous enseignes. Tu es le Savant, le Sage. » (2/ 32).
Seigneur, dispense sur notre maître Muhammad ainsi que sur sa famille et ses compagnons une prière et un salut conformes à ce que Tu agrées et à la mesure de son mérite.
Petite épitre personnelle
On pourra considérer celle-ci comme le complément du sujet 3 de l’« Ecrit » 28.
Mes frères aspirant à l’au-delà. Ô vous qui vous employez à l’étude avec sérieux, mes honorables frères Khosrô et Ra’fat. Nous voyions en le recueil des Kalimât trois miracles coraniques, procédant des flots de grâce débordants du Livre Saint. Mais par votre énergie, votre dévouement et votre haute aspiration, vous avez ajouté à ces trois miracles un quatrième. Les trois connus étaient les suivants :
Premièrement : La facilité et la rapidité inhabituelle avec laquelle elles furent rédigés. C’est à ce point vrai que l’« Ecrit » 19, qui se compose de cinq parties, a été écrit en à peu près trois jours, à raison de quatre heures par jours, soit un total de douze heures, et cela dans des sentiers de montagne, au milieu de jardins, sans que nous puissions consulter un quelconque ouvrage. Le Mot 30 a été écrit durant une maladie en l’espace de cinq ou six heures. Le Mot 28, qui est une étude relative au paradis, a été rédigé en une ou deux heures dans le jardin de Sulaymân, au creux de la vallée, à tel point que nous fumes étonnés, moi et Sulaymân, de la rapidité avec laquelle il fut achevé. Il y a donc en effet dans sa composition un miracle de cette nature.
Deuxièmement : leur rédaction s’est faite avec une facilité inhabituelle, avec un désir renouvelé et sans aucun ennui ou lassitude, sachant qu’un grand nombre de causes peuvent provoquer l’ennui dans les esprits à notre époque. Mais à peine un des « Segments » était-il rédigé qu’il était recopié en de nombreux endroits, et leurs copies étaient réalisées en priorité sur un grand nombre d’autres activités importantes.
Troisièmement (un miracle coranique) : leur lecture ne suscite pas non plus l’ennui, en particulier si l’on en ressent le besoin. Je dirais même que plus elles sont lues, plus on y prend goût sans jamais s’en lasser.
Mais ainsi, mes deux petits frères, vous avez mis en lumière un quatrième miracle. Notre frère Khosrô, qui se surnomme lui-même « le Fainéant » n’a pas cessé de les recopier depuis qu’il les a entendues il y a cinq ans. Le fait qu’il ait écrit en l’espace d’un mois quatorze exemplaires composés bellement et rigoureusement constitue un miracle procédant des secret du Coran, à n’en pas douter. C’est d’autant plus vrai de l’« Ecrit » 33, qui correspond à l’ « Epître » intitulée Les Fenêtres laquelle a été estimée à sa juste valeur grâce à son écriture d’une grande beauté et d’une grande qualité. En effet, cette épître sur le sujet de la connaissance de Dieu et de la foi en Lui, est solidement fondée et brillamment composée. Les premières Fenêtres, situées au début de l’épitre, sont très synthétiques et concises, sachant qu’elles s’éclaircissent progressivement, de la même manière que la plupart des « Segments », lesquels commencent également par une synthèse qui s’explicite et s’éclaire au fur et à mesure, à l’inverse des ouvrages ordinaires.
Quatrième sujet
Correspondant à la quatrième épître
بِاسْمِهِ · وَاِنْ مِنْ شَىْءٍ اِلاَّ يُسَبِّحُ بِحَمْدِهِ
« Il n’est aucune chose qui ne chante Sa louange. » (17/44).
Réponse à une question personnelle et secondaire visant à éveiller l’attention de mes frères.
Mes chers frères !
Une agression a été commise, sans raison, contre votre mosquée bénie la nuit du vendredi, au moment de la venue d’un invité honorable. Qu’est ce qui se cache derrière cet événement ? Et pourquoi mettent-ils la pression sur vous ?
J’éclaircirai en réponse quatre points indispensables exprimés par l’ancien Sa‘îd. Je pense qu’ils seront l’axe d’une prise de conscience pour mes frères. Puis vous trouverez vous-mêmes à travers ces mots votre réponse.
Premier point : Cet événement est motivé par des desseins sournois et démoniaque ; il procède d’un comportement hypocrite visant à faire admettre l’hérésie de manière illégale et légitimée par les seules passions. Le but est de susciter le ressentiment dans nos cœurs le soir du vendredi et de provoquer le découragement dans les rangs de la communauté des fidèles afin d’empêcher que des invités ne viennent me voir.
Mais il m’est arrivé une chose étrange. Un jour avant cet événement, c'est-à-dire le jeudi, j’étais sorti me promener. A mon retour, j’ai vu un serpent noir si long qu’on eut dit qu’il s’agissait de deux serpents attachés l’un à l’autre. Il arriva par la gauche et se glissa entre moi et mon compagnon. Pour savoir si celui-ci avait eu peur, je lui ai demandé : « as-tu vu ça ? » Il m’a répondu : « Quoi donc ? » - « Cet affreux serpent, lui dis-je. » - « Non, je ne l’ai pas vu ; je n’ai rien vu ! » Je m’étonnais : « Grand Dieu ! Comment peux-tu ne pas voir un serpent aussi énorme passer juste entre nous ? » Sur le coup, je ne réalisais pas. Mais après un instant la pensée suivante se présenta en mon cœur : C’est un signe, fais attention ! Il m’apparu en y prêtant un peu attention qu’il s’agissait d’un de ces serpents que je voyais en rêve. Je veux dire ce fonctionnaire et responsable venant pour me tromper qui m’apparaissait sous la forme d’un serpent. J’ai même eu l’occasion d’en parler un jour au gouverneur de la région. Je lui ai dit : « Lorsque tu viens me voir avec une mauvaise intention, je te vois en rêve sous la forme d’un serpent, méfies-toi ! »
Et en vérité je le voyais souvent selon cette forme !
Cela voulait donc dire que ce serpent que je voyais maintenant éveillé, indiquait que leur traitrise allait se manifester cette fois à travers une agression réelle et non plus uniquement sous forme d’une intention cachée.
Bien qu’au départ, leur agression n’était pas très virulente, par les encouragements et la participation d’un enseignant dénué de conscience, le responsable donna aux gendarmes l’ordre suivant : « faites sortir ces invités. » Nous étions à ce moment là en train de dire les litanies de la prière dans la mosquée. Le but de ce comportement n’était autre que de me mettre en colère et de me faire intervenir pour m’opposer et les chasser, animé de cet emportement de l’ancien Sa‘îd face à un comportement si arbitraire et illégal.
Il se trouve que ce damné ne savait pas que Sa‘îd ne se défendait pas avec le bâton brisé que tenait sa main, mais qu’il pouvait en revanche user du sabre de diamant issu des forges du Saint Coran que déployait sa langue.
Néanmoins, les gendarmes étaient des hommes pondérés et sensés. Ils attendirent donc la fin de la prière et des litanies. Car nul gouvernement et nul état ne peut s’insinuer dans la prière et dans la mosquée, tant que les offices ne sont pas achevés. Le responsable fut très fâché par leur comportement et il déclara à qui de droit à leur sujet : « Les gendarmes ne m’obéissent pas. »
Mais le Très-Haut me préserve de me préoccuper de tels serpents. Et je fais à mes frères la recommandation suivante : « Ne vous préoccupez pas de telles personnes, sauf en cas d’extrême nécessité. Ne vous abaissez pas même à parler avec eux. Car dit-on : « Au sot, répond par le silence. » Mais soyez vigilent sur un point :
De même que le fait de manifester de la faiblesse face à une bête féroce encourage celle-ci à t’attaquer, manifester de la faiblesse par des flagorneries à des gens aux meurs d’animaux féroces, les encourage également à attaquer.
C’est pourquoi il convient que nos amis se tiennent sur leurs gardes, afin que les suppôts de l’hérésie ne profitent pas de leur complaisance et de leur inadvertance.
Deuxième point : وَلاَتَرْكَنُواۤ اِلَى الَّذِينَ ظَلَمُوا فَتَمَسَّكُمُ النَّارُ
« Ne chercher pas assistance auprès des gens iniques, vous seriez touchés par le feu. » (11/113)
Cet insigne verset coranique comporte une sévère mise en garde. Il signifie que ces individus qui sont autant d’outils dans les mains des gens iniques et qui les prennent pour alliés et intègrent leurs rangs – je dirais même, ceux qui ont le moindre penchant et la moindre affection pour eux – doivent entendre cette terrifiante menace.
Parce qu’accepter complaisamment l’impiété participe de l’impiété.
Quelqu’un, parmi les gens de pleine réalisation, a mis en valeur une des perles que renferme cet insigne verset à travers les vers suivants :
Qui aide le tyran à exercer son mal
Révèle sa bassesse et son peu de moral.
Et quiconque à servir un chasseur inhumain
Eprouve du plaisir, n’est rien de plus qu’un chien !
Assurément, certains hommes se comportent comme des serpents et d’autres comme des chiens.
Quiconque nous espionne en une nuit bénie comme celle-ci, durant les invocations et les oraisons, sous prétexte de la venue d’un invité, puis rapporte des informations nous concernant comme si nous commettions des crimes, et de surcroit nous agresse de la sorte, est sans doute concerné par des invectives semblables à celles exprimées dans ces vers.
Troisième point :
Question : Toi qui uses du pouvoir du Saint Coran, qui te fondes sur son influence et qui puises les grâces en son sein pour guider les plus acariâtres et les plus rebelles athées, si telle est véritablement ton engagement, pourquoi ne prêches-tu pas les gens outranciers et transgresseurs de ton entourage pour les remettre dans le droit chemin ?
Réponse : Une règle importante des fondements de la voie légale dit : اَلرَّاضِى بِالضَّرَرِ لاَينْظَرُ لَهُ « Celui qui consent à subir un tort, ne mérite pas qu’on se préoccupe de lui. » Cela veut dire que toute personne participant par ses vœux et son savoir au mal qu’elle subit, ne doit pas être prise en pitié.
Il m’arrive donc de prêcher à dessein des athées convaincus, durant quelques heures, en me basant sur le Saint Coran, même si je ne parviens pas à les persuader complètement. Mais je ne le fais qu’à condition que mon interlocuteur ne soit pas un individu impudent et vil, ou un de ces individus qui se plaisent à répandre les poisons de l’égarement comme le fait le serpent. Car s’adresser à des serpents d’apparences humaines et disputer des gens rusés rejetés au plus bas degré de l’égarement jusqu’aux abysses de l’hypocrisie, qui troquent en connaissance de cause leur religion contre ce bas-monde, et échangent ainsi des diamants contre des bris de verre, parler à de telles personnes et leur révéler des vérités constitue un manquement à notre devoir envers la vérité et un affront. C’est, comme le dit le proverbe : « donner des perles aux pourceaux. »
Parce que les gens qui accomplissent de telles besognes ont déjà entendu ces vérités à travers les « Epîtres de lumière » à de nombreuses reprises. Mais ils déprécient consciemment et volontairement les vérités, pour flatter l’orgueil de l’égarement et de l’hérésie. Ces gens sont donc comme des serpents qui s’ingénient à répandre leur venin.
Quatrième point : Ce comportement qui fut adopté à mon égard durant ces sept années est un comportement arbitraire et fondé sur le seul désir de quelques-uns. Or c’est tout à fait illégal. Parce que la loi s’appliquant aux exilés, aux hommes assignés à résidence et aux prisonniers est connue de tous et n’est pas un mystère pour les gens concernés. La loi dit en effet que les exilés peuvent voir leurs proches et côtoyer les gens. Elle dit que l’adoration et la consécration à Dieu est un droit inaliénable dans tout pays et en toute nation. Elle dit que les exilés comme moi peuvent rester avec leur famille et leurs amis dans les villes. Il ne leur est pas interdit d’entretenir des liens sociaux et de correspondre, et pas même d’entreprendre des déplacements et des voyages. Mais je suis la seule exception à ces lois : tout cela m’est interdit. Je suis même attaqué dans mon adoration et dans mon lieu de culte. Ils ont même tenté de m’empêcher de professer l’unicité après la prière, comme c’est de tradition dans l’école juridique Shaféite. Et lorsque un illettré appelé Shabâb vint ici à Barla avec sa belle-mère, pour se reposer, il vint me voir disant qu’il me connaissait, étant originaire de la même région que moi. Mais trois gendarmes armés l’invitèrent à sortir de la mosquée. Et le responsable dont il est question légitima son acte illégal en ces termes : « Je vous demande de m’excuser ; ne me blâmer pas, cela fait parti des impératifs de ma fonction ! » Puis il le laissa partir.
Si l’on mesure cela aux règles et aux usages habituels, on comprend qu’il s’agit de comportements guidés par les seuls caprices et les seuls choix arbitraires de quelques hommes. Ces hommes emploient contre moi des serpents et des chiens, mais je ne daigne pas leur prêter attention. Je laisse à Dieu le soin se s’occuper de ces méprisables personnages et d’écarter leurs nuisances.
A dire vrai, ceux qui étaient à l’origine de l’événement ayant causé notre exil, sont aujourd’hui chez eux. Et les dirigeants impliqués dans cet événement sont désormais aux plus hautes fonctions, car tous ont été libérés. Il ne reste que moi et deux frères. Nous faisons exception à cet ensemble de gens et nous n’avons pas été libérés, alors que je n’ai aucune connivence dans les affaires de ce monde. Maudites soient ces affaires et qu’elles soient la source de leurs maux. Par ailleurs, j’accepte cet état de fait et je dis : ça n’est pas grave !
Mais l’un de ces deux frères a été nommé à la fonction de Mufti dans une ville. Il circule et voyage comme bon lui semble à travers le pays excepté dans sa ville d’origine. Il peut même se rendre à la capitale Ankara. On permet à l’autre de s’assembler avec des milliers de sympathisants à Istanbul et de rencontrer toute personne quelle qu’elle soit. En outre, ces deux hommes ne sont pas seuls comme moi, qui n’ai ni femmes ni enfants, et ils ont une grande influence. C’est ainsi.
Quant à moi, ils m’ont envoyé dans un village et m’ont placé entre les mains des gens dépourvue de toute âme. A tel point que je n’ai pu me rendre à un village situé à une distance de vingt minutes de Barla que deux fois en six ans. Et ils ne m’ont pas permis de m’y rendre pour passer quelques jours pour me détendre.
Ils essaient ainsi de m’écraser en exerçant sur moi le poids de leur implacable oppression, bien qu’en principe un gouvernement ne soit doté que d’un seul corps de lois pour tous. Nous n’avons jamais vu des lois qui dépendent des personnes, des villages et des lieux ! Ce qui veut dire que la loi qu’ils exercent contre moi n’en est pas une. C’est un traitement qui fait fi des lois. Et les responsables locaux profitent du pouvoir gouvernemental pour défendre leurs intérêts personnels.
Mais je loue le Seigneur mille fois et je dis ce qui suit pour faire dûment état des faveurs qui me sont faites : l’ensemble de leurs harcèlements et de leurs actions tyranniques participent comme autant de bois sec à attiser le feu de ma détermination et de mon zèle, afin d’accroître l’éclat des lumières coraniques.
Ces lumières coraniques, formées dans l’oppression, se sont diffusées avec une ardeur considérable et une énergie remarquable, si bien qu’elles ont fait de l’ensemble de la région et même de la plupart des villes une école qui ne se limite plus à Barla.
Ils s’imaginent m’avoir enfermé dans un village. Mais ce village, Barla, au grand désespoir des hérétiques, est devenu la chair depuis laquelle sont dispensés les enseignements. Je dirais même que de nombreux lieux comme Isparta se sont inclus aux nombre des écoles.
اَلْحَمْدُ ِللهِ هٰذَا مِنْ فَضْلِ رَبِّى
Louange à Dieu. Cela participe des grâces de mon Seigneur.
Cinquième Sujet
Correspondant à la cinquième lettre
Epître de la gratitude
· · وَاِنْ مِنْ شَىْءٍ اِلاَّ يُسَبِّحُ بِحَمْدِهِ
« Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ! »
« Il n’est de chose qui ne chante Sa louange. » (17/ 44)
Le Noble Coran, en son éloquence inimitable et miraculeuse, nous enjoint à la gratitude dans de nombreux versets. Il dit par exemple :
اَفَلاَ يَشْكُرُونَ.. اَفَلاَ يَشْكُرُونَ.. وَسَنَجْزِى الشَّاكِرِينَ
لَئِنْ شَكَرْتُمْ َلاَزِيدَنَّكُمْ · بَلِ اللهَ فَاعْبُدْ وَكُنْ مِنَ الشَّاكِرِينَ
« Ne se montreront-ils pas reconnaissants ? » (36/ 35 et 73).
« Nous récompenserons ceux qui se montrent reconnaissants. » (3/ 145).
« Si vous êtes reconnaissants, nous vous gratifierons encore davantage. » (14/ 7).
« Non, mais adore Dieu est montre-toi reconnaissant. » (39/66).
Il apparaît que la plus insigne des œuvres que le Créateur Miséricordieux demande à Ses serviteurs d’accomplir, consiste à se montrer reconnaissant. Il invite les gens à la gratitude de manière franche et explicite. Il donne à cela une importance particulière en indiquant que renoncer à la gratitude revient à dédaigner et à dénier les bienfaits divins. Dans la sourate Le Miséricordieux, Il exprime une même mise en garde inquiétante trente et une fois, à travers le noble verset : فَبِاَىِّ آلاَءِ رَبِّكُمَا تُكَذِّبَانِ « Mais lequel des bienfaits de votre Seigneur nierez-vous donc ? » Il avertit donc les hommes et les djinns, en des termes saisissant d’effroi, que l’ingratitude et l’absence de reconnaissance sont l’expression d’une dénégation, d’une contestation et d’un désaveu.
Et de même que le très Sage Coran explique que la gratitude est le résultat et le but de la création, l’univers, qui matérialise un immense Coran, indique également que la plus importante finalité de la création des êtres n’est autre que la gratitude. Parce que si l’on observe bien les créatures on réalise que la structure et le contenu de l’univers ont été façonnés selon une forme et une modalité qui appellent la gratitude et y conduisent. Toute chose est orientée et se dirige – selon un aspect – vers la gratitude. C’est comme si le plus important des fruits de l’arbre de cette création était la gratitude. Je dirais même que c’est comme si la plus estimable marchandise produite par la manufacture de cet univers était la gratitude. Parce que nous observons que les êtres existenciés en ce monde sont façonnés selon une modalité qui ressemble à un immense cercle. Et la vie a été créée pour en matérialiser le point central. Aussi, voyons-nous que l’ensemble des êtres servent et préservent la vie ; qu’ils concourent à la vie, en remplissent les exigences et en pourvoient la substance. Le créateur de l’univers choisit donc la vie et la donne par élection aux êtres qu’Il souhaite.
Puis nous observons que les êtres des mondes vivants, ont été disposés également selon un vaste cercle, de telle sorte que l’être humain se tient au centre. L’objectif visé à travers les vivants habituellement, est centré autour de cet être humain. Le noble Créateur, exalté soit-Il, rassemble l’ensemble des vivants autour de l’homme et les emploie pour le servir, faisant ainsi de lui leur maître et leur régent. L’immense Créateur a donc élu l’être humain parmi les vivants, et plus encore, Il en a fait l’objet de Sa volonté et le fondement de Son choix.
Puis le monde humain, ainsi que le monde animal est constitué d’une terre qui ressemble également à une sphère. Au centre de celui-ci, il a placé la subsistance. La volonté de subsister est ancrée en l’homme et en l’animal indistinctement. Et nous voyons que du fait de ce désir, ils sont tous au service de leur subsistance. Celle-ci les gouverne et a autorité sur eux. Nous voyons qu’en outre les biens dont ils tirent leurs subsistances constituent une immense réserve, dont l’étendue et la richesse ne sauraient être évaluée et mesurée (A tel point que le sens du goût se constitue de dispositifs et d’outils de mesures subtils et sensibles aux divers aliments, de telle sorte qu’il peut distinguer un goût parmi beaucoup d’autres). La réalité de la subsistance est ainsi la plus étonnante, la plus riche, la plus singulière, la plus remarquable et la plus universelle réalité qui soit en la création.
Nous pouvons voir également qu’outre le fait que toute chose entoure, désire et convoite les biens relatifs à la subsistance, ceux-ci eux-mêmes, dans toute leur diversité participe à la gratitude, par leur essence, par leur substance, par leur état et par leur expression ; ils s’acquièrent par la gratitude, la produisent, la manifestent et la révèlent. Parce que l’envie et le désir d’un bien participant à la subsistance sont en soi l’expression d’une gratitude inhérente à la nature première des êtres. Quant au fait d’en jouir et de s’en délecter, il constitue également une forme de gratitude, mais de manière inconsciente. Et tous les animaux expriment cette forme de gratitude, alors que l’être humain est la seule créature qui a la possibilité de changer cette prédisposition à la gratitude en s’abandonnant à l’égarement et à l’impiété, si bien qu’il est dégradé de la gratitude à l’associationnisme.
Puis les formes charmantes et admirables, les parfums suaves et agréables, les aliments gouteux et savoureux, que comportent les bienfaits - lesquels sont les biens de subsistance – assument d’une certaine manière le rôle de prêcheurs et de guides appelant à la gratitude. Ils suscitent l’envie des vivants par leur appel et les incitent à la gratitude. Ils les conduisent par ce désir à une forme d’appréciation, de considération et de respect, si bien qu’ils établissent en eux une forme de gratitude subtile. Ils enjoignent des hommes sensibles à les considérer avec attention et ils les incitent à les d’apprécier et à se laisser charmer. Ils les invitent en somme à respecter les bienfaits qui leur sont prodigués et à leur accorder de la considération. Les bienfaits les orientent donc vers le chemin de la gratitude exprimée par les paroles et les actes ; ils leur en indiquent la voie et font finalement d’eux des hommes reconnaissants. Puis ils leur font goûter, à travers la gratitude, la plus suave, la plus délectable et la plus subtile des saveurs : ils leur font découvrir que ces mets délicieux et ces bienfaits appréciables, outre leur saveur extérieure limitée et éphémère, leur permettent par la gratitude de prendre conscience de la bienveillance divine, laquelle comporte la saveur et le goût les plus authentiques, les plus durables et les plus inépuisables. Ce qui veut dire que les bienfaits, à travers l’évocation de la bienveillance du Généreux et du Possesseur des trésors de miséricordes incommensurables – cette bienveillance et cette munificence à la suavité sans limite et à la saveur infinie – fait gouter à l’homme une ivresse spirituelle digne des ivresses du paradis, alors qu’il demeure encore en ce bas-monde.
Et si les bienfaits sont par l’intermédiaire de la gratitude un réservoir large et plein, regorgeant de richesses et d’objet de délectation, ils sont à l’inverse la cause d’une terrifiante déchéance, dès lors que l’individu ne daigne, dans sa suffisance, se montrer reconnaissant.
Et nous avons indiqué dans le Mot 6, que si le sens du goût tend vers le Très-Haut, c'est-à-dire qu’il aborde un bien nécessaire à sa subsistance tout en assumant son devoir de reconnaissance, alors ce sens fait office d’observateur plein de considération et de gratitude, et il tient invariablement un rôle de témoin respectueux et élogieux envers les « cuisines » de miséricordes divines. Mais lorsqu’en revanche il ne remplit sa fonction que pour satisfaire à un caprice de l’âme instigatrice du mal et pour combler son intempérance, en d’autres termes, s’il se rue sur les bienfaits sans remercier le Bienfaiteur qui lui prodigue ces biens, il est déchu de ce rang éminent d’observateur digne de confiance, au rang de portier de la fabrique du ventre et de gardien de l’étable de l’estomac. Et de même que ce serviteur de la subsistance est avili en négligeant la gratitude, c’est la nature même de la subsistance, ainsi que les intermédiaires de cette subsistance, qui sont tous rabaissés en proportion du plus haut rang au plus bas degré. Ils s’abaissent même à une condition complètement étrangère à la sagesse de l’immense Créateur.
Le critère de la gratitude est le contentement, la modération, la satisfaction et la sensation d’être redevable. Quant au critère de l’ingratitude, il est l’avidité, l’excès, l’absence de pondération et de respect, et l’empressement à jouir de tout sans distinguer le licite de l’illicite.
Oui, de même que l’avidité exprime un dédain et un mépris de la gratitude, elle est également ce qui conduit à la privation et à l’avilissement. Il en va de même que pour la fourmi –cet insecte béni à la vie sociale très développée – qui se fait marcher dessus et écraser en raison de sa grande avidité et de son peu de contentement. Car en effet, alors que quelques graines d’orge lui suffiraient par an, elle en amasse des milliers si elle le peut. Quant à la bonne abeille, sa tempérance fait qu’elle vole bien au dessus des têtes. Elle se contente de ce qui lui permet de subvenir à ses besoins et elle fait à l’homme la faveur de lui donner du miel pur, par ordre de l’immense Seigneur, exalté soit-Il.
Certes, le nom divin le Miséricordieux, qui est un des plus insignes noms du Très-Haut, suit directement le nom d’Allah, qui est le nom suprême et le nom propre de l’essence sanctifiée. Or le nom de Miséricordieux, englobe l’assignation de la subsistance, si bien que l’on peut accéder aux lumières de cet insigne nom à travers la gratitude cachée dans les replis de la subsistance, sachant qu’une des plus remarquables significations du Miséricordieux est celle de Sustentateur.
Puis la gratitude se manifeste sous diverses formes. Néanmoins, la forme la plus synthétique et la plus étendue de toutes, celle qui en recouvre tous les aspects de manière exhaustive, n’est autre que la prière.
Il y a en outre dans la gratitude une forme de foi limpide et pure, qui professe en substance une unicité parfaite. Parce que quand quelqu’un mange une pomme, par exemple, en commençant par évoquer le nom de Dieu et en terminant par Le louer, il exprime par cette gratitude le fait que cette pomme est en elle-même une commémoration pure procédant directement de la main omnipotente de Dieu. Elle est un cadeau offert et directement issu des trésors de miséricordes divins. Aussi, l’individu prononçant cette parole et y prêtant foi, attribut-il toute chose – tant dans les réalités contingentes et secondaires que dans la globalité – à la main toute puissante de Dieu. Il perçoit donc la miséricorde divine manifestée en toute chose, et par là même, il exprime une foi véritable et professe une unicité pure par le biais de sa gratitude.
Nous nous contenterons d’indiquer ici un des nombreux aspects de la perte que subit l’être humain insouciant lorsqu’il se montre ingrat et irrévérencieux.
Quand l’homme bénéficie d’un bienfait qui lui procure du plaisir, et qu’il en exprime de la gratitude, ce bienfait – par l’intermédiaire de sa gratitude – se transforme en lumière et en un fruit du paradis promis dans l’au-delà, outre la jouissance qu’il en tire. Et quand il pense que ce bienfait est une trace de la bienveillante et vaste miséricorde du Très-Haut, ainsi qu’un honneur de Sa part, cela lui procure un plaisir et une délectation immense, ainsi qu’une sensation de plénitude infinie. L’homme reconnaissant élève donc de semblables principes purs, de semblables essences immaculées et de semblables substances spirituelles, à ces très hauts rangs, laissant derrière lui les résidus et les écorces - dont la raison d’être est passée et dont la fonction est accomplie – qui se transforment en déchets et en rebuts et retournent à leur nature originelle de matière.
En revanche, si l’homme bénéficiant d’un bienfait dédaigne remercier le Seigneur, alors ce plaisir temporaire laisse place en disparaissant à la douleur et au dépit ; et il se transforme en déchet. Ce bienfait précieux comparable à du diamant se change en un vulgaire charbon.
Les biens de subsistance éphémères donnent naissance, par le biais de la gratitude, à des plaisirs éternels et à des fruits impérissables. Quant aux bienfaits reçus sans gratitudes, ils sont ravalés de cette forme sublime et lumineuse à une forme vile, laide et méprisable. Parce que l’homme insouciant s’imagine que la finalité des biens, après interruption du plaisir temporaire, n’est rien de plus que les déchets !
Assurément les biens matériels comportent une forme lumineuse qui mérite d’être aimée et désirée : celle qui apparaît par la gratitude. Sans quoi, l’inclination incontinente des insouciants et des égarés pour ces biens, n’est rien de plus qu’un comportement bestial et primaire.
Mesure les choses à cette aune. Tu verras combien la perte des égarés et des insouciants est grande, et combien leur condition est accablante !
L’être ayant le plus fort besoin des biens matériels dans leur diversité est l’homme ! Le Vrai, exalté soit-Il, a créé cet homme selon les modalités d’un miroir concentrant en lui l’ensemble de Ses sublimes noms. Il l’a conçu comme un miracle se faisant l’écho de Sa toute puissance. Il est donc doté d’instruments lui permettant de juger la valeur, de considérer et de connaitre l’ensemble des objets constituant les vastes trésors de miséricorde divins. Il a fait de lui Son lieutenant sur terre, le dotant de capteurs sensibles capables de distinguer les plus subtiles manifestations de Ses sublimes Noms. Pour toutes ces raisons, le Seigneur a également associé à la condition humaine une indigence infinie et une dépendance à une quantité innombrable de biens, tant matériels qu’immatériels. Et ce qui permet à l’homme de se hisser grâce à ces besoins à la plus haute station, c'est-à-dire la station de « La plus belle constitution » au sein de son être d’ensemble, n’est autre que la gratitude. Et si cette gratitude lui fait défaut, il est déchu au plus bas des niveaux et il commet une immense injustice.
En conclusion, je dirais que la gratitude est un des quatre fondements essentiels sur lesquels doit se baser l’aspirant progressant sur la plus sublime des voies, c'est-à-dire la voie de la consécration au service de Dieu et à Son amour, et de la condition d’aimé.
Nous avons fait mention de ces quatre fondements à travers les vers suivants :
Apprend mon cher ami, en ta pleine impotence,
Que de quatre vertus tu dois faire obédience
De manière absolue : l’ardeur et l’indigence
Et puis la gratitude et la pleine impuissance.
Mon Dieu fais de nous des serviteurs reconnaissants, par Ta miséricorde, ô Toi qui es Miséricordieux entre tous.
اَللّٰهُمَّ اجْعَلْنَا مِنَ الشَّاكِرِينَ بِرَحْمَتِكَ يَاۤ اَرْحَمَ الرَّاحِمِينَ
سُبْحَانَكَ لاَعِلْمَ لَنَاۤ اِلاَّ مَاعَلَّمْتَنَاۤ اِنَّكَ اَنْتَ الْعَلِيمُ الْحَكِيمُ
اَللّٰهُمَّ صَلِّ وَسَلِّمْ عَلٰى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ سَيِّدِ الشَّاكِرِينَ وَالْحَامِدِينَ وَعَلٰۤى اٰلِهِ وَصَحْبِهِ اَجْمَعِينَ. اٰمِينَ
وَاٰخِرُ دَعْوٰيهُمْ اَنِ الْحَمْدُ ِللهِ رَبِّ الْعَالَمِينَ
« Gloire à Toi. Nous ne possédons de sciences que celles que tu nous enseignes. Tu es le Savant, le Sage. »
Mon Dieu adresse Ta prière et Ton salut au maître des hommes te rendant grâce et te louant, ainsi qu’à sa famille et à l’ensemble de ses compagnons. Amen.
« La dernière de nos prières est : louange à Dieu, Seigneur des mondes. »
Sujet 6
Correspondant à la lettre 6.
Celle-ci n’a pas été incluse dans cette publication. Elle le sera dans une autre, s’il plait à Dieu.
Sujet 7
Correspondant à la lettre 7.
·
قُلْ بِفَضْلِ اللهِ وَبِرَحْمَتِهِ فَبِذٰلِكَ فَلْيَفْرَحُوا هُوَ خَيْرٌ مِمَّا يَجْمَعُونَ
« Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ! »
« Dis : de la grâce de Dieu et de Sa Miséricorde, c’est de cela qu’il doivent se réjouir. Car cela est plus estimable que ce qu’ils amassent. » (10/58).
Ce sujet fait l’objet de sept remarques.
Nous indiquerons au préalable sept raisons – dans l’intention de rendre grâce des bienfaits de Dieu – qui révèlent un certain nombre de secrets relatifs à la bienveillance divine.
Première raison : Avant le déclenchement de la première guerre mondiale, et à son commencement, j’ai eu l’occasion de voir dans un rêve véridique les faits suivants :
J’étais sous le mont Ararat, quand soudain il se fragmenta de manière effrayante. Il projetait des morceaux de roches énormes comme des montagnes vers tous les coins du monde. Alors que j’étais saisi d’effroi, je vis ma mère - que Dieu lui fasse miséricorde - à côté de moi. Je lui dis : « N’ais pas peur ma mère ! C’est l’ordre de Dieu. Il est Clément et Sage. » A ce moment là, j’entendis un personnage immense me dire : « Mets en lumière la miraculeuse inimitabilité du Coran ! »
En me réveillant de mon sommeil, j’avais la conviction qu’une grande scission allait se produire, et que les murailles qui entourent le noble Coran allaient s’effondrer, suite à cette grande scission et ce grand bouleversement. Je compris qu’il allait devoir prendre sa défense lui-même, car il allait être la cible de nombreuses attaques, et que son inimitabilité allait constituer sa forteresse d’acier. Je compris que ma personne était désignée pour mettre en lumière certains aspects de cette inimitabilité à cette époque, d’une façon qui dépassait grandement ma compétence. Je compris en effet que j’étais désigné pour accomplir cette tâche.
Puisque l’inimitabilité du Coran a été montrée clairement, dans une certaine mesure, à travers les « Segments », le fait de mettre en évidence les bienveillances divines relatives au service du Coran, participe en puissance à son inimitabilité. Car un tel service consiste à montrer cette inimitabilité, il est en lui-même de la nature de ces bénédictions et de ces émanations de grâces. Il convient donc de rendre manifeste les marques de bienveillance que prodigue le Seigneur.
Deuxième raison : Puisque le Saint Coran est notre guide, notre enseignant, notre imâm et notre référence en toute action, et qu’il se loue lui-même, nous allons donc louer également son exégèse, pour nous conformer à son exemple.
Et puisque les « Segments » sont une forme d’exégèse du Coran, que les « Epîtres de lumière », de manière générale, sont le royaume du Coran et en renferment les vérités, et que le Saint Coran se présente lui-même avec solennité et majesté, qu’il révèle ses propres vertus et encense sa valeur comme il convient de le faire à travers de nombreux versets, en particulier dans les sourates الۤرٰ ‘Alif Lam Ra’ et حٰمۤ ‘Ha Mim’, nous sommes donc tenu de faire état des marques d’attention divine qui sont le signe que notre travail d’exégèse des manifestations de l’inimitabilité du Coran à travers nos « Segments » est agréé. Il convient de le faire pour suivre l’exemple de notre enseignant, le Coran, qui nous enjoint à agir de la sorte.
Troisième raison : Je ne dis pas cela concernant les « Segments » pour affecter de l’humilité, mais pour dire simplement la vérité. Or cette vérité est que les vertus que renferment les « Segments » ne sont pas le fruit de ma pensée. La gloire revient exclusivement au Coran et non à moi. Car ces écrits émanent des sources claires du Livre Saint. C’est particulièrement vrai du Mot 10 qui n’est rien de plus qu’un ensemble de gouttes suintant d’une centaine d’insignes versets coraniques. Mais c’est vrai aussi de l’ensemble des épîtres, de manière générale.
Puisque je suis conscient de ce fait, et que je suis un voyageur voué à quitter ce monde et un être éphémère destiné à disparaître, il ne convient pas de m’attribuer ces traces durables. Et puisque les égarés et les oppresseurs ont pour habitude de dénigrer les auteurs lorsqu’ils veulent déprécier un ouvrage qui ne sert pas leur cause, il ne convient pas de mettre en rapport ces épitres sertis dans le ciel étoilé du Saint Coran avec un fruit trop mûr menaçant de tomber à tout moment tel que ma personne. Car je peux faire l’objet de mille diffamations et de mille critiques.
Et puisque les gens ont coutume de juger des vertus d’une œuvre à travers la biographie et l’exemple de son auteur, en lequel ils voient la source et le fondement de ce bien, alors le fait que de si insignes vérités et de si précieux joyaux soient le lot d’un misérable comme moi et la propriété de ma personne incapable de manifester une seule de ces vertus entre mille, constitue une atteinte à l’honneur de la vérité et une injustice à son égard.
Pour toutes ces raisons, j’affirme que les « Epîtres » ne sont pas ma propriété et mon produit, mais qu’elles sont la propriété du Coran. Et c’est pourquoi je me vois contraint de déclarer qu’elles sont imprégnées des vertus du Très sublime Coran.
Assurément, il ne convient pas de chercher les propriétés des grappes de raisin du meilleur cru dans leur sep asséché. Eh bien je suis pour ma part comme le sep asséché de ce raisin délicieux.
Quatrième raison : L’humilité implique parfois de ne pas manifester de gratitude envers les bienfaits. Elle peut même être le propre de l’ingratitude. A l’inverse, le fait d’évoquer les bienfaits peut révéler de la gloriole et de la suffisance. Ces deux attitudes sont répréhensibles. La seule voie de salut, c'est-à-dire celle qui évite à l’individu à la fois l’ingratitude et l’infatuation, consiste à reconnaitre les vertus et les faveurs sans se les attribuer, c'est-à-dire en montrant qu’elles sont la manifestation de la bienfaisance du Bienfaiteur véritable, exalté soit-Il.
Par exemple : Si quelqu’un te revêtait d’un habit somptueux te donnant une allure distinguée et élégante, et que les gens te disaient : « Comme tu es beau ! Cela te va à ravir », mais que tu leur répondais sur un ton humble : « Certainement pas ! Qui suis-je ? Je ne suis rien. En quoi cet habit est-il beau ? », ta réponse s’assimilerait à de l’ingratitude, à n’en pas douter, et ton attitude serait inconvenante à l’égard du tailleur qui t’aurait revêtu de cet habit.
Si en revanche tu déclarais, infatué : « En effet ! Je suis très beau. Sait-on quelqu’un de plus gracieux et de plus élégant ? » Ta réponse s’assimilerait à de la suffisance et à de la vanité.
La juste attitude, située entre l’ingratitude et la fatuité consiste à dire : « C’est vrai ! Cela me rend beau. Mais c’est grâce à cet habit non grâce à moi, et tout le mérite revient à celui qui m’en a revêtu. »
Si ma voie se faisait entendre aux quatre coins du monde, je déclarerais avec toute la force dont je dispose que les « Segments » sont beaux et admirables ; qu’ils expriment des vérités ; et que néanmoins, ils ne sont pas de moi mais qu’ils sont des rayonnements irradiant depuis les vérités coraniques. Je dirais que je n’ai pas embelli les vérités du Livre Saint, mais qu’au contraire je ne suis pas parvenu à manifester ses beautés, car ce sont les sublimes vérités du Coran qui ont embelli mon expression et l’ont anoblie. C’est la règle qu’exprime le poète lorsqu’il dit:
وَمَامَدَحْتُ مُحَمَّدًا بِمَقَالَتِى · وَلٰكِنْ مَدَحْتُ مَقَالَتِى بِمُحَمَّدٍ
Le louangé, Ahmed, par mes mots je n’encense,
Non c’est lui qui, l’encens à mes propos, dispense !
Je dirais pour ma part :
وَمَامَدَحْتُ الْقُرْاٰنَ بِكَلِمَاتِى · وَلٰكِنْ مَدَحْتُ كَلِمَاتِى بِالْقُرْاٰنِ
Le sublime Coran, par mes mots je n’encense,
Non c’est lui qui, l’encens, à mes propos dispense !
Puisque les choses sont ainsi, je dis au nom de la beauté des vérités coraniques : montrer la beauté des « Segments », lesquels sont le reflet de ces vérités, consiste à révéler les soins bienveillants que Dieu nous accorde en considération de ces vertus et participe de la gratitude envers Dieu. C’est donc une chose louable.
Cinquième raison : J’ai entendu un saint homme dire – il y a de cela longtemps – qu’à la lecture des Ishârât Ghaybiyya, en se basant sur les propos de saints d’une époque antérieure, il avait acquis la certitude qu’une lumière allait apparaître depuis l’Orient et allait dissiper les ténèbres des innovations.
Or, j’ai attendu longtemps l’apparition d’une telle lumière, et je continue à l’attendre. Mais il est vrai que les fleurs sortent au printemps. Il convient donc de préparer le terrain à ces fleurs sacrées. Et j’ai réalisé que par notre présent travail, nous préparons la voie de ces êtres nobles et lumineux.
Et faire état des grâces divines qui entourent les « Segments », n’est aucunement l’occasion de s’infatuer et de se vanter, car le mérite ne nous revient pas. C’est en revanche l’occasion de louange et d’expression de notre gratitude.
Sixième raison : les marques de bienveillances divines, qui sont un encouragement et une récompense anticipée pour notre service du Coran à travers les « Segments », ne sont rien de plus que le signe d’un succès dans le travail permis par la providence. Or, toute grâce providentielle touchant une œuvre doit être affichée et annoncée. Et si la bienveillance divine se traduit par le concours providentiel et la réussite, et qu’elle s’accroît, c’est que Dieu entend l’honorer. Or, manifester les honneurs divins est une gratitude implicite. Puis si cette bienveillance s’élève au plus haut point d’honneur, c’est que nous bénéficions alors d’un miracle coranique. Ainsi, manifester un miracle de cette nature, qui ne relève pas de notre choix et qui se réalise sans que nous l’ayons escompté et sans que nous en ayons connaissance, ne peut pas nous causer de tort. Enfin, si cette bienveillance dépasse le niveau de miracle habituel, c’est à l’évidence qu’il s’agit d’une braise empruntée à l’inimitabilité du Saint Coran. Et comme celle-ci doit fatalement être annoncée, ce qui participe à la renforcer concoure au même but et ne peut faire aucunement l’objet de gloriole et d’infatuation, mais seulement de louange et de gratitude.
Septième raison : Quatre-vingt pourcent des gens ne sont pas des savants accomplis capable d’atteindre la vérité, d’en atteindre le cœur, d’y prêter foi et de l’accepter. Ils n’adhèrent aux idées que par imitation de gens qu’ils tiennent pour références et sur lesquels ils se fondent en vertu de quelques apparences et de la bonne opinion qu’ils se font d’eux. C’est si vrai qu’une vérité forte peut leur apparaître faible si elle est soutenue par un être faible ; tandis qu’une idée méprisable peut leur apparaitre grandement respectable si elle est défendue par un être de haut rang social. C’est pourquoi il est de mon devoir de clamer des vérités religieuses et coranique dont dispose mon être faible, sans valeur et sans importance, afin de ne pas les déprécier aux yeux de la plupart des gens. C’est pourquoi j’affirme que quelqu’un nous utilise et nous incite, à notre insu et indépendamment de notre volonté, à œuvrer et à servir des causes d’une importance considérable. Le signe de cela est que nous bénéficions d’une aide bienveillante divine et d’un concours providentiel seigneurial, sans l’escompter ou le vouloir. Nous devons donc défendre de telles vérités fermement et publiquement.
Ceci étant dit, sur la base des sept raisons que nous venons d’évoquer, nous évoquerons certains soins bienveillants dont nous bénéficions de manière générale.
Le premier consiste en les concordances que j’ai indiquées dans le premier point du sujet 8 de l’« Ecrit » 28. Plus de deux cent occurrences de l’expression « le noble envoyé », que la prière et la paix l’accompagnent, se font face dans un parfait équilibre, et ce, dans soixante pages de l’épitre Des miracles d’Ahmed, à l’exception de deux pages, à partir de la troisième remarque et jusqu’à la dix-huitième. Cela s’est produit de la main d’un des copistes, sans qu’il ne s’en rende compte. A observer ne serait-ce que deux pages de cette épitre, on ne peut imaginer que cela soit le fait du hasard. Car il peut arriver que des mots semblables se superposent sur une même page. On considère cela comme une concordance partielle, car on peut attribuer cela au hasard. Mais dans le cas qui nous concerne, l’expression « le noble Envoyé », que la prière et la paix l’accompagnent, concorde harmonieusement durant plusieurs pages, je dirais même sur l’ensemble des pages, alors que l’on en trouve à chaque page qu’une occurrence, ou deux, ou trois, ou quatre, ou plus. Le nombre d’occurrence n’est donc pas très grand. Il est donc évident que cette disposition harmonieuse procède d’une [miraculeuse] concordance et non du hasard. En outre, de telles concordances se sont produite de la main de huit copistes sans que l’équilibre de cette concordance ne change, et ce, malgré leurs différences. Ce qui indique qu’il y a dans ces concordances un signe fort procédant du monde invisible. Car de même que l’éloquence du Coran s’élève au rang de miraculeuse inimitabilité et surpasse les ouvrages de tous les rhétoriciens, laissant ceux-là incapable de rivaliser, la concordance que l’on trouve dans l’« Ecrit » 19, lequel reflète les miracles du prophète, que la prière et la paix l’accompagnent, ainsi que dans le Mot 25 qui reflète la miraculeuse inimitabilité du Coran, ainsi que dans d’autres passages des « Epîtres de lumière » qui sont une forme d’exégèse du noble Coran, cet ensemble de concordance présente une singularité qui surpasse tous les autres livres. Ce qui laisse à penser qu’il s’agit de miracles du Coran et du noble Envoyé, que la prière et la paix l’accompagnent, qui se manifestent et se matérialisent à travers ces miroirs.
Le second de ces soins bienveillants divins, qui concerne le service du Coran, consiste en ce que le Très-Haut m’a gratifié de l’aide de frères capables, sérieux, sincères, zélés, dévoués et dotés de plumes pareilles à des sabres de diamant. Dieu les a poussés à aider un individu comme moi, semi analphabète qui n’excelle pas à l’art d’écrire, perdu dans une région éloignée et désertée, et frappé d’une interdiction de se mêler aux gens. Il les a incités à porter cette charge que mes maigres épaules n’auraient su porter seules, cette charge qu’est le service du Coran. Il a donc allégé mon trop lourd fardeau, par Sa grâce et Sa générosité.
Ce groupe béni est pareil à des radios (selon l’expression de Khulûsî) ou à des générateurs alimentant la fabrique de lumière (selon l’expression de Sabrî). Et bien que chacun d’eux soit doté de caractéristiques spécifiques, diversifiées et toutes singulièrement admirables, il y a cependant entre eux une consonance invisible (selon l’expression de Sabrî). Parce qu’ils ont en commun un désir de participer à ce service avec en outre un zèle et un sérieux extrême. Car la diffusion des secrets du Coran et des lumières de la religion au quatre coins du monde à laquelle ils participent sans lassitude, avec une ardeur renouvelée et une détermination inébranlable, en ces temps difficiles (Parce que l’alphabet a été changé et on ne trouve pas d’imprimerie, alors que les gens ont besoin des lumières de la foi, outre les diverses difficultés qui rendent le travail ardu et peuvent entamer l’ardeur), n’est rien de moins qu’un miracle coranique évident et une aide bienveillante divine manifeste.
Oui, de même que la sainteté est un miracle, l’intention pure et le franc engagement le sont aussi, et en particulier quand la cohésion et l’entraide des frères sont fortes dans un cercle de fraternité ne visant que l’agrément du Seigneur et manifestant un grand nombre de fait miraculeux. Si bien que la personne morale que représente ce groupe matérialise en soi une forme de saint personnage parfaitement accompli et bénéficiant des soins bienveillants du Très-Haut.
Ô mes frères, ô mes compagnons dans le service du Coran !
De même qu’attribuer tous les honneurs et tout le butin au commandant des troupes qui viennent de prendre une place forte est une injustice et une erreur, vous ne pouvez pas non plus attribuer les soins divins concourant aux ouvertures qui nous ont été accordées grâce à votre forte personne morale et à vos plumes, à un faible individu comme moi. Aussi est-il en ce groupe béni un signe du monde invisible plus grand qu’en tout concours de circonstance prodigieux. Je peux le voir, mais je peux difficilement le décrire ou en faire part au public.
Le troisième consiste en ce que les différentes parties des « Epîtres de lumière » établissent l’ensemble des vérités religieuses et coraniques importantes de manière éclatante, même aux yeux des plus acariâtres détracteurs. Or, il s’agit la d’un signe procédant du monde invisible très fort et d’une immense bienveillance divine. Car, de fait, il est des vérités religieuses et coraniques qu’un homme considéré comme l’un des plus brillants admettait ne pas comprendre, en l’occurrence, Avicenne. Celui-ci a dit en effet au sujet du jour du rassemblement : « Le rassemblement est un événement que l’on ne peut expliquer avec les outils de la raison. » Or le Mot 10 enseigne au commun des gens, petits et grands, des vérités que n’a pas pu pénétrer ce grand philosophe, en dépit de son intelligence hors norme.
Il en va de même de la question de « la destiné et de la part de libre arbitre » que n’a pu résoudre le très illustre savant Sa‘d at-Tiftâzânî qu’à travers un développement de cinquante pages, dans son célèbre ouvrage intitulé « At-talwîh » (section Al-muqaddimât al-ithnatay ‘ashara), et qui n’a donc pu l’expliquer qu’à l’élite des savants. Or cette question est expliquée dans le Mot 26 intitulé Epître du destin, qui éclaire cette question de façon satisfaisante et en des termes à la portée de tous, en seulement deux pages du deuxième exposé qui compose ce passage. Si cela n’est pas une marque de bienveillance divine, qu’est-ce donc ?
Il en va de même du secret de la création du monde, intitulé Tilsam al-kâ’inât, qui confond les esprits. Aucune philosophie n’a pu en résoudre l’énigme. Mais le miracle spirituel de l’insigne Coran en a dévoilé les secrets, et ce, à travers l’« Ecrit » 24 ; ainsi qu’à travers le point symbolique situé en conclusion de la référence du Mot 29 ; et à travers les six sagesses relative à la transformation des atomes du Mot 30. Ces écrits ont résolus cet arcane impénétrable de l’existence et ont dévoilé les secrets de ce fait obscurs et troublants concernant la genèse du monde et sa finalité, tout en révélant la sagesse résidant dans la transformation des atomes. Ce fait est maintenant notoire, que quiconque veut en prendre connaissance le fasse.
Il en va de même encore des vérités relatives à l’unité et à l’unicité du Seigneur dénué d’associé, et du fait que Dieu est plus proche de nous-mêmes que nous-mêmes, tandis que notre éloignement de Lui est absolu. Ces vérités sublimes sont clairement et parfaitement expliquées dans les « Segments » 16 et 32.
Puis il en va de même de la question de la Toute Puissance divine englobant toute chose ; du fait que les atomes et les astres sont égaux sous ce rapport ; de l’égale facilité avec laquelle Dieu créera tous les êtres dotés d’esprit aussi facilement que s’Il créait un seul individu, au jour du rassemblement ; de l’absence absolu de participation d’un quelconque associé à la création de l’univers ; du fait que Dieu soit totalement au-delà de la porté des intellects. Toutes ces vérités ont été dévoilées dans l’« Ecrit » 20, à l’occasion de l’exégèse du passage coranique وَهُوَ عَلٰى كُلِّ شَىْءٍ قَدِيرٌ « Il est capable de toute chose. » (30/ 50), ainsi qu’à l’occasion de l’appendice qui l’enrichit de trois illustrations, et dans lequel est divulgué cet insigne secret que représente l’unicité.
En outre, les vérités religieuses et coraniques sont d’une ampleur et d’une universalité que ne saurait embrasser le plus intelligent des hommes. Le dévoilement de l’immense majorité de ces vérités dans leur détail, n’est donc pas à la portée d’un individu à l’esprit troublé et à la condition incertaine comme moi, qui n’ai ni référence, ni source livresque, surtout au vue de la vitesse avec laquelle l’ensemble a été composé dans des conditions de gêne extrême. N’est-ce pas là un des signes de l’inimitabilité essentielle du noble Coran et une manifestation de la bienveillance du Seigneur, ainsi qu’un signe fort procédant du monde invisible ?
Le quatrième est que Dieu m’a fait la grâce de pouvoir composer soixante épitres en bénéficiant d’une constante faveur. Or lorsque quelqu’un comme moi, qui réfléchit peu, suit les inspirations du cœur et ne trouve pas le temps nécessaire à l’étude approfondie, parvient à composer un ouvrage que ne peut composer un cénacle de savants et d’esprits géniaux en dépit de leurs efforts, il y a là un signe de bienveillance divine directe. Car l’ensemble des vérités profondes et subtiles que renferment ces épitres, sont expliquées et enseignées au commun des gens, dont la majorité sont des illettrés, par le biais d’illustrations, alors que des insignes savants ont déclaré que la plupart de ces vérités ne sont pas de nature à être enseignées et données en études, si bien qu’ils n’en instruisaient personne, pas plus au sein de l’élite que parmi les gens du peuple.
Ainsi, cette facilité prodigieuse dans la composition et dans l’explication des choses, mettant à la porté des gens simples et ignorants les vérités les plus insaisissables, n’est-elle pas étrangère à un individu comme moi, qui maîtrise mal la langue turc et qui ne parvient que mal à se faire comprendre au point de rendre les idées simples ardues, et qui de surcroît est connu pour ça depuis longtemps et a acquis une réputation certaine en la matière. Un tel individu, de la main duquel se manifestent une telle aisance et une telle éloquence, révèle assurément l’effet d’une bienveillance divine. Et il n’est pas possible que tout cela procède de son propre talent. Il s’agit donc d’une manifestation de la miraculeuse inimitabilité essentielle du Noble Coran, et un reflet de Ses images.
Le cinquième est qu’en dépit de la très large diffusion des « Epîtres » en général, nul n’a entreprit de les critiquer en commençant par le plus éminent savant et en terminant par le plus misérable des gens du peuple ; en commençant par le plus vertueux et le plus pieux des saints et en terminant par le plus méprisable et opiniâtrement athée des philosophes, autrement dit, tous ces gens qui représentent les classes et les groupes d’hommes constituant la société. Et cela, en dépit du fait qu’ils leur sont présentés et qu’ils peuvent les consulter et les lire, et en dépit aussi du fait que les uns en tirent profit en fonction de leur niveau, tandis que les autres sont exposés à ses gifles et ses mouflets. J’affirme donc que tout cela est la marque d’une bienveillance divine et d’un miracle coranique. Puis cette forme d’épitres qui ne peuvent être composées qu’après une étude minutieuse et un investissement profond, écrite et dictée à une telle vitesse hors du commun en des moments de gêne et d’oppression qui troublaient ma pensée et ma raison, n’est rien de moins que le signe d’une bienveillance et d’une faveur divine.
Oui, la plupart de mes frères et des amis assumant la fonction de copiste autour de moi, savent que les cinq parties de l’« Ecrit » 19 ont été composées en trois ou quatre jours, à raison de deux ou trois heures par jour, soit un total de douze heures sans révision. C’est à ce point étonnant que la quatrième partie, très importante, qui explique une évidence du scellement de la prophétie, dans le chapitre intitulé Le noble envoyé, que la prière et la paix l’accompagnent, des « Segments », a été rédigée de façon improvisée en environ quatre heures, dans un coin de montagne sous la pluie.
Il en va de même de la référence du Mot 3, qui consiste en une épitre importante et subtile. Elle a été composée dans un jardin en l’espace de trois heures ; ainsi que le Mot 28, lequel a été rédigé en une période de temps qui ne dépasse pas deux heures, dans le jardin de Sulaymân.
Il se trouve que la rédaction de la plupart des épitres s’est déroulée dans de semblables conditions.
Or, mes proches savent qu’auparavant, à chaque fois qu’un fait m’incommodait, j’étais incapable d’exprimer le plus simple fait, et que je l’ignorais même, surtout si la maladie s’ajoutait à cette gêne. Dans de telles conditions, je m’abstenais davantage d’enseigner et d’écrire. Or les « Segments » importants, ainsi que les autres épitres ont été écrits dans des conditions extrêmement difficiles, conjuguant les gênes et la maladie. Ils ont néanmoins été composés en un temps record. S’il ne s’agit pas là d’une faveur divine et d’un miracle coranique direct, qu’est-ce donc ?
Puis il n’est d’ouvrage traitant de semblables vérités divines et religieuses, qui ne soit tronqué de quelques passages par crainte de nuire à certaines personnes, si bien que chaque aspect de ces questions n’est pas révélé à l’ensemble des gens. Quant à ces épitres, elles ne constituent aucune nuisance, elles n’ont d’effet négatif sur personne et elles ne blessent les sensibilités de personne. Après avoir sondé de nombreuses personnes sur ce point, j’ai réalisé qu’il s’agissait d’un signe procédant du monde invisible et d’une manifestation directe de la bienveillance divine.
Le sixième est que j’ai désormais la certitude que la plupart des événements de ma vie, se sont déroulés d’une façon étrangère à ce que j’envisageais, pressentais et planifiais. Mon existence a en effet suivi une route particulière et a été orientée singulièrement afin de pouvoir aboutir à ces sortes d’épitres au service du Saint Coran. Je dirais même que c’est comme si tout mon parcours scientifique n’était qu’un préliminaire à la mise en évidence de la miraculeuse inimitabilité du Coran à travers les « Segments ». C’est si vrai que ces sept ans d’exil, d’expatriation et d’isolement – sans raisons ou prétextes, et à l’inverse de mes souhaits – passés dans un village éloigné, étranger à mes habitudes et loin d’un grand nombre de liens sociaux auxquels je m’étais accoutumé, tout cela a fait naître en moi la pleine et inébranlable certitude que ces faits étaient une préparation au seul service du Coran, afin que ce service soit pur et sans autre considération susceptible de l’altérer.
Je suis même pleinement persuadé que les méfaits dont je suis victime le plus souvent, ainsi que les nuisances que je subis injustement, ont pour objet de me pousser – par la main d’une bienveillance et clémence cachées – à ne concentrer mon attention que sur les secrets du Coran et de ne pas la disperser en regardant ça et là. Et bien que j’étais épris de lecture, la grâce a été faite à mon esprit d’être écarté de tous les livres en dehors du Noble Coran. Si bien que j’ai compris que la raison pour laquelle j’étais tenu à l’écart de la lecture, laquelle était ma seule distraction dans cet exil, n’était autre que la nécessité d’avoir les versets coraniques pour unique enseignant.
Puis les ouvrages réalisés et les « Epîtres » dans leur immense majorité, m’ont été accordés généreusement par le biais d’un besoin né en mon esprit, subitement et spontanément, sans qu’il y ait à cela de cause extérieure. Et lorsque j’en faisais part à certains de mes amis, ils me disaient : « Ce sont là des remèdes aux maux de notre époque. » Puis, après avoir été diffusées, les épitres ont été connues auprès de la plupart de mes frères pour être une réponse aux besoins de ce siècle et un pansement pour ses plaies.
Ces dispositions que j’ai mentionnées – lesquelles étaient indépendantes de ma volonté et de mes inclinations – le déroulement de ma vie et l’ensemble de mon parcours scientifique non conforme à l’habitude des savants et étranger à mon choix, sont autant d’éléments qui ne laissent plus de place au doute quant au fait qu’il s’agit là d’une bienveillance divine forte et d’une faveur seigneuriale évidente, visant à me conduire à cette production sublime.
Le septième est que nous avons vu de nos propres yeux – sans exagérer – une centaine de marques de faveur divine, de bienveillances seigneuriales et de miracles coraniques durant près de sept ans de notre parcours au service du Coran. Nous avons mentionné un certain nombre de ces faveurs dans l’« Ecrit » 26 et dans le troisième sujet de l’« Ecrit » 28. Mes proches compagnons le savent, en particulier mon compagnon inséparable Sidi Sulaymân, lequel en connaît la plupart. Nous avons bénéficié de facilités divines prodigieuses et invraisemblables, tant dans la rédaction des « Segments » et des autres épîtres, que dans leurs corrections, leur classement, leur ébauche et leur rédaction finale. Nous ne doutons plus dès lors qu’il s’agit d’une bienveillance divine et d’un miracle coranique. Et les exemples de cette nature se comptent par centaines.
Puis nous recevons une éducation pleine de compassion et de douceur : notre vie se déroule entourée de soin et le Bienfaiteur nous emploie dans cette tâche de manière à satisfaire aux moindres vœux que nourrissent nos cœurs ; et Il nous gratifie en ce sens de manière insoupçonnée. C’est ainsi.
Cet état de fait est en soi un signe de l’invisible très clair indiquant que nous sommes employés à ce service du Coran et que nous sommes poussés à œuvrer, couronnés de l’agrément divin, sous l’ombre protectrice de la bienveillance seigneuriale.
اَلْحَمْدُ ِللهِ هٰذَا مِنْ فَضْلِ رَبِّى
سُبْحَانَكَ لاَعِلْمَ لَنَاۤ اِلاَّ مَاعَلَّمْتَنَاۤ اِنَّكَ اَنْتَ الْعَلِيمُ الْحَكِيمُ
اَللّٰهُمَّ صَلِّ عَلٰى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ صَلٰوةً تَكُونُ لَكَ رِضَاۤءً وَلِحَقِّهِ اَدَاۤءً وَعَلٰۤى اٰلِهِ وَصَحْبِهِ وَسَلِّمْ تَسْلِيمًا كَثِيرًا اٰمِينَ
Louange à Dieu. Cela participe des grâces de mon Seigneur
« Gloire à Toi. Nous ne possédons de sciences que celles que tu nous enseignes. Tu es le Savant, le Sage. »
Seigneur, dispense sur notre maître Muhammad ainsi que sur sa famille et ses compagnons une prière et un salut conformes à ce que Tu agrées et à la mesure de son mérite. Amen.
Réponse à une question précise
Ce secret, qui concerne la bienveillance divine, était destiné à un usage restreint et fut ajouté à la fin de la Parole 14. Mais les copistes ayant omis de le retranscrire, il ne fut pas dévoilé. Il trouve donc sa place ici, ce qui est plus convenable.
Mon frère, tu poses la question suivante : « Pourquoi les enseignements que tu nous livres dans ces Paroles puisées dans le flot débordant du Coran, nous font-ils un effet que nous avons peine à ressentir à travers la lecture des ouvrages des gnostiques et des exégètes ? C’est si vrai qu’une ligne de ces enseignements a un effet équivalent à une page entière d’un autre ouvrage ; et qu’une page a un effet équivalent à un livre entier ?
Je te ferais la réponse subtile et belle suivante – et sachant que toute la gloire en revient à la miraculeuse inimitabilité du Coran et non à ma personne, je le dirais sans complexe :
Certes, la réalité est telle que tu la décris. Parce que les Paroles expriment :
- Un Assentiment et non une représentation mentale.
- Une foi et non un simple consentement.
- Un établissement de faits et non une restitution servile.
- Un témoignage et un constat et non une connaissance.
- Un engagement et non une conformation.
- Une vérité non un enseignement soufi.
- Et une affirmation assortie de preuves et non une prétention.
La sagesse qui réside en ce secret est que les fondements de la foi étaient fermes et solides aux époques précédentes. Et les hommes se laissaient guider parfaitement, du fait que les éclaircissements des gnostiques sur les questions subtiles étaient acceptées et que leurs explications suffisaient, même s’ils ne les étayaient pas de preuves.
En revanche, à notre époque où l’égarement étend sa nuisance jusque sur les fondements et les piliers de la foi, au nom de la « science », le Sage et Miséricordieux – Lequel donne à chaque mal son remède – m’a accordé par Sa grâce, une clarté consistant à illustrer les choses par des paraboles qui participent des plus éblouissants miracles du Coran. C’est là un effet de Sa miséricorde, exalté soit-Il, permettant de compenser mon impuissance, ma bassesse, mon indigence et mon dénuement, afin d’illuminer mes écrits qui ont vocation à servir le Saint Coran. C’est à lui que revient la louange et c’est à Lui qu’il appartient de s’en prévaloir.
Grâce aux jumelles des paraboles, certaines vérités lointaines paraissent ainsi très proches ?
Grâce à l’unicité de thème dans les paraboles la plupart des questions disparates et sans cohésions, se trouvent rassemblées.
Grâce à l’échelle des paraboles les plus éminentes et sublimes vérités se trouvent aisément appréhendables.
Grâce à la fenêtre des paraboles, une foi certaine en les vérités immatérielles et en les fondements de l’islam s’acquière presque comme si on pouvait voir ces vérités.
Si bien que la faculté imaginative est contrainte de consentir et que la faculté de représentation et l’intellect sont contraints de souscrire. C’est même vrai de l’âme et de la part de l’être attaché aux passions.
En conclusion : si grand que soit l’effet et si admirable que soit la beauté de style de mes écrits, je n’en suis pas responsable. Ils ne sont pas le fruit de mon esprit, mais un rayonnement des paraboles qui resplendissent dans le ciel du très sublime Coran. Ma seule participation en cela aura consisté à solliciter instamment la grâce du Très-Haut, en lui signifiant ma totale indigence. Ne m’appartiennent donc que les pressantes et ferventes requêtes que j’ai pu adresser au Seigneur, exalté soit-Il, en lui faisant part de ma totale impuissance.
Aussi, le mal provient-il de moi et le remède du Saint Coran.
Conclusion du sujet 7
( Cette conclusion a pour objet de dissiper les confusions que soulèvent – ou que peut-être soulèvent – les indications de faits relevant de l’invisible, qui ont été évoquées à travers les huit manifestations de bienveillance divine. Dans le même temps, cette conclusion met en lumière un immense secret de la bienveillance divine. )
Cette conclusion s’articulera autour de deux points.
Premier point : Nous avons prétendu avoir été témoins de la manifestation d’un signe procédant de l’invisible. Nous l’avons écrit dans le Huitième témoignage de bienveillance, dans le cadre de notre explication des concordances. Nous avons considéré ce signe comme un des sept témoignages de bienveillance généraux et immatériels mentionnés dans le septième sujet de l’« Ecrit » 28. Et nous prétendons toujours que ces sept témoignages de bienveillance - ou ces huit témoignages de bienveillances généraux – sont fondés et indiscutables, au point que chacun d’eux prouve à lui seul l’occurrence de ces signes relevant de l’invisible. J’ajouterais qu’à supposé - tout impossible que cela soit – qu’une partie de ces témoignages n’était pas fondée ou était invalidée, cela n’enlèverait rien au caractère indiscutable de ces signes. Car si on ne peut pas nier ces huit témoignages de bienveillance divine, on ne peut pas davantage nier qu’il s’agit d’un signe.
Mais puisque les niveaux des gens sont dissemblables et que la classe du commun des gens constitue l’immense majorité des hommes, et puisque ceux-ci se fondent dans une grande mesure sur les choses tangibles, alors les concordances représentent à leurs yeux le plus manifeste de ces témoignages de bienveillance divine. Il n’est pourtant pas le plus incontestable. Au contraire, les autres le sont davantage. Néanmoins, il est le plus communément admissible. C’est pourquoi je me vois dans l’obligation d’exprimer une vérité confortant nos affirmations à travers un parallèle et une comparaison. Et ce afin de dissiper les confusions soulevées autour des concordances.
Nous avons déjà dit au sujet de ce témoignage de bienveillance manifeste ce qui suit :
Les concordances peuvent être observées dans les épitres que nous avons composées, à travers les différentes occurrences des expressions « le noble Coran » et « le noble Envoyé », que la prière et la paix l’accompagnent. Ce fait est si manifeste qu’il ne permet pas d’imaginer que ces écrits aient pu être composés ainsi volontairement selon cette forme harmonieuse. Et la preuve que cela n’était pas prémédité de notre part, est que nous avons découvert les concordances seulement après quatre ans environ. Ce qui veut dire que cet objectif et cette volonté procédait du monde invisible et qu’elle était un des effets de la bienveillance divine. Ces deux expressions n’ont été agencées de cette manière étonnante que pour conforter les miracles du noble Envoyé, que la prière et la paix l’accompagnent, ainsi que la miraculeuse inimitabilité du Coran. Si bien que par la bénédiction de ces deux expressions, les concordances ont constituées les sceaux validant l’épitre Les miracles de Muhammad et l’épitre Les miracles du Coran.
Je dirais même que la plupart des « Segments » semblables à ces deux épitres, ont également révélés des concordances, mais dans un nombre de pages limités. Tandis que ces deux « Segments » ont présenté une concordance sur la plupart des épitres qui les composent et sur toutes les pages de deux épitres évoquées spécifiquement.
Nous affirmons donc de nouveau que de telles concordances peuvent être observées dans de nombreux autres livres, mais pas d’une manière aussi singulière ? Ce qui indique qu’elles procèdent d’un dessein et d’un vœu supérieurs.
Ensuite, en dépit du fait que cette affirmation ne peut être réfutée, il reste qu’un ou deux aspects peuvent sembler la démentir à première vue.
Car d’aucun pourrait dire : Ces concordances sont le fruit d’une composition industrieuse. Avec un peu d’adresse, il est aisé de réaliser une telle chose !
Nous dirons en réponse que deux témoins dignes de confiances suffisent pour plaider une affaire juridique quelconque. Or pour plaider cette affaire qui nous concerne, nous pouvons avoir recours à cent témoins dignes de confiance, qui établiront le fait que nous n’avons eu connaissance de ces concordances que quatre ans après leur apparition dans les écrits, sans l’avoir donc aucunement prémédité.
Je profite de l’occasion pour éclaircir un point : de tels miracles relevant de l’inimitabilité, ne sont pas au degré de l’inimitabilité du Coran en terme d’éloquence. Parce que l’être humain ne saurait parvenir au degré d’éloquence du Coran en empruntant les voies de la rhétorique. Quant à ces miracles d’inimitabilité qui nous concernent, ils ne sauraient être du ressort d’un être humain : la volonté humaine n’intervient aucunement en cela.
Troisième point : Nous indiquerons ici une subtilité relative à la seigneurie et à la qualité divine de miséricorde, à l’occasion de la recherche sur l’indication particulière et l’indication.
Un de mes amis a dit une chose admirable qui fera l’objet de cette question. Il m’a dit en effet, alors que je lui montrais une belle concordance : « C’est très beau. Toute vérité est belle, mais les plus belles sont ce concours providentiel et cette concordance que l’on trouve dans ces Paroles. »
Oui, lui répondais-je ! Tout est beau. Mais soit cette beauté est véritable, c'est-à-dire qu’elle est intrinsèque à la chose, soit elle l’est par ce qu’elle produit. Une telle beauté est liée à la seigneurie générale, la miséricorde embrassant tout et la manifestation de grâce universelle. Mais le signe émanant du monde invisible à travers cette concordance est plus belle – comme tu le fais remarquer – parce qu’elle procède d’une miséricorde particulière, d’une seigneurie particulière et d’une manifestation de grâce particulière.
J’illustrerais ce fait pour le rendre plus aisé à comprendre.
La bienveillance et la miséricorde du sultan englobe l’ensemble des individus de la communauté. Cela se manifeste à travers ses lois et ses institutions. Aussi, tout individu bénéficie-t-il directement de sa bienveillance et de sa libéralité, et se tient-il sous l’ombre bienfaisante de son gouvernement. Ce qui veut dire que des relations particulières s’étendent aux individus à travers cette entité globale.
Mais l’autre aspect de Sa bienfaisance et de Sa miséricorde, correspond à ses faveurs particulières et à ses ordres spécifiques, lesquels sont au dessus de l’ensemble les lois. Et tous ces sujets ne sont pas gratifiés de ces faveurs de la même façon.
De la même manière, toute chose bénéficie dans une certaine mesure des grâces de la seigneurie générale et de la miséricorde universelle du Créateur nécessairement existant, le Sage et le Miséricordieux. Ce qui veut dire que toute chose entretient avec Lui une relation particulière à travers le lot de grâces qu’il reçoit de Lui ; et qu’Il agit sur toute chose à travers Sa puissance, Sa volonté et Son omniscience. Sa seigneurie englobe donc tout, jusqu’aux faits les plus insignifiants. Et toute créature à besoin de Lui, exalté soit-Il, en toute circonstance. A tel point que ses besoins sont satisfaits et que ses actes sont accomplis selon Sa science et Sa sagesse à Lui.
La nature ne peut se soustraire au cadre de cette insigne régence seigneuriale, pas plus qu’elle ne peut y exercer une influence. Il n’est de hasard qui puisse s’immiscer dans Ses divines actions répondant à une sagesse précise. Et nous avons montré de manière incontestable l’absence d’influence de la nature et du hasard sur Ses actions en une vingtaine de passages des « Epîtres » ; nous avons anéantis ces notions à l’aide du sabre coranique et nous avons démontré en nous basant sur des preuves indubitables l’impossibilité totale de leur ingérence dans le cours des événements.
Mais les gens inconscients attribuent à ce qu’ils appellent le hasard les faits dont ils ne connaissent ni la sagesse ni les causes, ces faits qui s’inscrivent dans la seigneurie générale. Et comme ils ne parviennent pas à cerner les lois régissant les actions divines - ces actions divines dont on ne saurait cerner la sagesse dissimulée sous le voile de la nature - ils attribuent cela à la nature.
Il y a en second lieu la seigneurie particulière, l’honneur particulier et le soutient miséricordieux particulier. Ceux qui s’efforcent avec peine d’assumer les contraintes des lois générales sont ainsi aidés par le nom du Clément et Miséricordieux, qui leur apporte un soutien particulier et les préserve de cette gêne et de cette nuisance.
C’est pourquoi tout être vivant, et en particulier l’homme, tient son aide du Très-Haut et tire son soutien de Lui en tout instant. Ses bienfaits et Ses faveurs, lesquelles font partie de cette seigneurie particulière, ne peuvent donc être occultés par le hasard et ne peuvent être attribués à la nature, même pour les gens inconscients.
Compte tenu de ce qui vient d’être dit, il apparaît certain que les signes émanant de l’invisible que l’on trouve dans les miracles prophétiques autant que dans les miracles coraniques, sont des signes particuliers ; et il apparaît également certain que ceux-ci manifestent un soutien seigneurial particulier et une aide divine particulière que ne peuvent feindre de ne pas voir les gens les plus récalcitrants. C’est pourquoi nous en faisons mention, dans le seul but de gagner l’agrément du Très-Haut.
Et nous sollicitions la mansuétude du Seigneur, pour notre insuffisance.
رَبَّنَا لاَ تُؤَاخِذْنَآ اِنْ نَسِينَآ اَوْ اَخْطَاْنَا
« Seigneur, ne nous tiens pas rigueur de nos oublis et de nos fautes. »
Sujet 8
Correspondant à la lettre 8.
( Ce sujet s’articule autour de huit points que nous avons rédigés en réponse à six questions. )
Premier point : Nous sentons, à travers un grand nombre des signes relevant de l’invisible en rapport avec notre service du Coran, que nous bénéficions d’une grande bienveillance divine. Nous avons fait part de quelques-uns de ces signes. Il s’agira là d’en évoquer un nouveau qui correspond à la présence d’un grand nombre de concordances relevant de l’invisible, au sein des Paroles.
Un de ces signes, manifestant une forme de lumière miraculeuse, réside dans l’expression « le noble Envoyé », ainsi que dans l’expression « Que la prière et la paix soient sur lui » et dans le mot béni de « Coran ». Ce signe procédant du monde invisible, si imperceptible soit-il, revêt à mes yeux une importance capitale. Car il confirme la validité des sujets et indique que notre service est agréé, tout en limitant et en brisant l’ardeur de ma fierté.
En effet, il m’apparaît clairement que je ne suis qu’un traducteur des « Epîtres », ce qui ne me laisse plus de marge pour m’en prévaloir. Elles ne font au contraire que m’indiquer les faits sur lesquels doit se porter ma gratitude. Parce que ces signes concernent le Coran, c’est à lui que le mérite revient : ils concourent à manifester son caractère inimitable. Et en cela, notre volonté ne participe aucunement. Elles encouragent par ailleurs les gens abandonnés à la paresse, à œuvrer ; elles accroissent la certitude de l’authenticité de la prophétie ; et elles constituent une faveur de Dieu à notre égard. Le fait d’en faire part revient donc à témoigner des bienfaits divins et participe dans le même temps à opposer aux matérialistes rebelles des arguments solides et à les faire taire. Il convient donc d’en faire mention. Cela ne causera aucune nuisance, s’il plaît à Dieu.
Ainsi, un de ces signes consiste-t-il en ce que le Très-Haut nous a gratifié, par Sa parfaite miséricorde et Sa pleine générosité, pour nous encourager à œuvrer et pour rasséréner nos cœurs – nous qui nous employons au service du Coran et de la foi – d’une faveur subtile matérialisée en une largesse seigneuriale, afin d’indiquer que notre service est agréé et afin d’authentifier nos écrits. Tels sont les signes manifestés à travers les concordances que l’on peut observer dans l’ensemble de nos épitres, et en particulier dans Les miracles d’Ahmad, dans Les miracles du Coran, et dans l’épitre Les fenêtres, où différentes occurrences de mots semblables se trouvent dans un parfait alignement sur une même page.
Ce fait indique qu’elles sont composées par une volonté invisible. Ce qui nous dit en substance : « Des tracés et des agencements miraculeux sont réalisés sans que vous n’en formuliez le vœu ou que vous n’en ayez même conscience. Ne soyez donc pas dupé par votre volonté et vos ressentis ! » C’est particulièrement vrai des Miracles d’Ahmad, où l’expression « Le noble Envoyé » et l’expression « Que les prières soient sur lui » sont pareilles à un miroir et mettent clairement en évidence ces concordances procédant du monde invisible. J’ajouterais que l’expression « Que les prières soient sur lui » se superpose selon une stricte régularité sur plus de deux cent pages – à l’exception de cinq pages – et ce, de la main d’un copiste nouveau et débutant.
Ces concordances, de même qu’elles ne peuvent absolument pas être le fait du hasard - lequel peut parfois faire correspondre deux mots sur vingt – elles ne sont pas davantage le fruit d’une élaboration préméditée par un être faible comme moi, malhabile dans la composition, qui concentre son attention sur l’esprit plus que sur le verbe et qui compose à une très grande vitesse, à raison de quarante pages en deux heures. En outre, je n’écris pas, mais dicte à des copistes.
C’est six ans après la composition des textes concernés que j’ai eu connaissance de ces concordances. Ce fut encore par la guidance du Coran et, en l’occurrence, par le biais du commentaire coranique Ishârât al-i‘jâz. Il se trouve qu’en ce texte, le mot « innâ » présentait une concordance à neuf reprises. Les copistes furent extrêmement perplexes quand ils eurent connaissance des concordances qui me concernent.
Et de même que l’expression « Le noble Envoyé » et l’expression « Que les prières soient sur lui » dans L’« Ecrit » 19 font office de petit miroir d’une des formes de miracles du Prophète, que la prière et la paix soient sur lui, ainsi le mot « Coran » dans l’épitre intitulé, Al-mu‘jizât al-qur’âniyya de la Parole 25, ainsi que dans la dix-huitième indication de l’« Ecrit » 19, apparaît selon une concordance subtile qui présente une des quarante formes des concordances apparues aussi dans l’ensemble des « Epîtres », lesquelles présentent une des quarante formes d’inimitabilité du Coran aux yeux de cette catégorie de gens qui ne se fonde que sur les choses sensibles, ces gens étant eux-mêmes un quarantième des catégories d’hommes. Cette concordance se présente comme suit :
Le mot « Coran » se répète cent fois dans la Parole 25 et dans la remarque 18 de l’« Ecrit » 19. Or l’ensemble des occurrences de ce mot est aligné, à de rares exceptions près.
A la page quarante trois du Rayon 2, les sept occurrences du terme Coran sont alignées.
A la page 56, huit des neuf occurrences de ce mot sont également alignées.
Et à la page 69 – que nous avons devant les yeux – les cinq occurrences de ce mot sont alignées. Les nombreuses occurrences du mot Coran se trouvent ainsi alignées tout au long des pages. Ne font exception que de rares cas, tous les cinq ou six occurrences. On trouve par ailleurs des cas de concordances multiples. A la page 33 – toujours sous nos yeux – on trouve que quatorze des quinze occurrences du mot Am (ou) sont alignées. Dans cette même page, neuf occurrences du mot Al-îmân (la foi) sont alignées, une seule est légèrement décalée en raison d’une virgule ajoutée par le copiste entre les deux mots. Dans cette page encore, deux occurrences du terme Al-Mahbûb (l’aimé), sont alignées selon une disposition très gracieuse : le premier est à la ligne trois et l’autre à la ligne quinze, ce qui crée une parfaite symétrie dans la feuille. En outre, quatre occurrences du mot ‘Ishq (ardent amour) sont intercalées entre eux dans le même alignement.
Les autres concordances sont semblables à celles-ci.
Puis de telles concordances existent immanquablement sous une forme ou une autre dans les « Epîtres », quel que soit le copiste les ayant retranscrites, dans quelque disposition que soient les lignes et les pages. Ce qui ne permet plus aucunement de penser qu’elles sont le fait du hasard ou d’un subterfuge prémédité par l’auteur ou un des copistes. Néanmoins, les concordances apparues à travers certains copistes interpellent davantage que d’autres. Ce qui signifie que ces « Epîtres » doivent être écrit selon une graphie originelle qui leur est particulière, et que certains copistes s’en rapprochent.
Mais un fait étonnant est que ces concordances apparaissent davantage de la main de copistes inexpérimentés. On en comprend que la distinction, la grâce et l’élégance, dans les Paroles, qui sont une forme de commentaire du noble Coran, ne sont la propriété de personne. Je dirais même que le vêtement de tournures rythmées et agencées qui s’ajuste au corps des vérités gracieuses et harmonieuses qui constituent le Coran béni, ne peut être agencé, ni cousu (il s’agit du vêtement) selon la volonté et le goût d’un homme. Leur présence est ce qui nécessite que les choses soient ainsi et qu’une main invisible les agence, les coud et l’en revête à la mesure de ce corps.
Quant à nous, nous ne sommes que des interprètes et des servants, rien de plus.
Quatrième point : Dans votre premier questionnaire constitué de cinq ou six questions, vous exprimez les interrogations suivantes :
Quelles seront les modalités du rassemblement dans l’au-delà ? Les hommes seront-ils rassemblés nus ? Comment les amis et les bien-aimés se retrouveront-ils et comment trouverons-nous l’Envoyé, que la prière et la paix soient sur lui, afin de solliciter son intercession ? Car comment un seul homme pourrait-il faire face à un nombre incalculable de personnes en même temps ? De quelle nature seront les habits des gens du paradis et ceux des gens de l’enfer ? Qu’est-ce qui nous indiquera le chemin ?
Je répondrais que les réponses à ces questions se trouvent pleinement explicitées dans les nobles traditions prophétiques. Nous évoquerons ici notre position sur ce sujet à travers seulement un point ou deux :
Premièrement : Nous avons indiqué dans un des « Ecrits », que l’espace du rassemblement se forme autour d’un cycle d’un an terrestre. Et nous avons dit que la terre envoie ses comptes rendus spirituels jusqu’à ce lieu, à compter de maintenant. Par son mouvement annuel, elle forme un cercle d’existence, lequel forme la base sur laquelle se constituera le lieu de rassemblement, à partir de ces comptes-rendus correspondant à ce cercle. Le globe terrestre, qui est comme un navire divin, videra le petit enfer que constitue son centre en un grand enfer, tout comme sa croute fixe sera déversée dans le lieu de rassemblement.
Deuxièmement : Nous avons démontré de manière indiscutable dans les Paroles, et en particulier à travers les Paroles 10 et 29, l’existence du rassemblement et de son lieu.
Troisièmement : Pour ce qui est du rassemblement et de la rencontre des amis, nous avons démontré ce fait de façon complète dans les Parole 16, 31et 32. Nous avons dit qu’un homme pourra faire face à des millions d’autres en un même instant, et en mille lieux différents, et ce en vertu du secret de la nature lumineuse des êtres.
Quatrièmement : Le Très-Haut a revêtu tous les êtres vivants d’un habit naturel à l’exception de l’être humain. Or, au jour du rassemblement, Il les vêtira d’un habit naturel, si bien que leurs vêtements de tissu seront ôtés. Et ceci en vertu du nom divin Le Sage.
Quand à la sagesse qui réside en les vêtements de tissu en ce monde, elle ne se limite pas au besoin de se protéger du chaud et du froid, à la parure et à la couverture des parties honteuses. La plus importante sagesse réside en ce qui suit :
Être l’indice de la gouvernance de l’homme sur l’ensemble des espèces vivantes et de sa liberté d’en disposer. Car ces vêtements sont constitués de ces espèces. Sans quoi, Dieu aurait pu aisément recouvrir l’être humain d’habits naturels simples. Car n’était-ce cette sagesse, l’homme serait exposé aux moqueries des animaux dotés de sentiments, puisqu’il se couvre et s’enveloppe selon des styles et des modes variés.
Mais au jour du rassemblement, cette sagesse ne sera plus justifiée, et le rapport entre les hommes et les autres espèces vivantes n’aura plus lieu d’être. C’est pourquoi ils n’auront plus besoin de ces vêtements qui représentent toutes ces espèces.
Cinquièmement : quant au guide de la voie à suivre, il sera le Coran pour ceux qui comme toi se rangeaient sous sa lumière et sa bannière. Observe les lettres isolées présentes au début des sourates, comme الۤمۤ ‘Alif-Lâm-Mîm’, الۤرٰ ‘Alif-Lâm-Râ’ ou حٰمۤ ‘Hâ-Mîm’. Apprends ce qu’elles t’enseignent et sois témoin : quel immense livre que le Coran, quel intercesseur fiable, quel guide avisé et quelle lumière sanctifiée !
Sixièmement : Pour ce qui est des vêtements des gens du paradis et de l’enfer, nous avons éclairci ce point dans la Parole 28. La règle mentionnée à cette occasion, concernant les soixante dix parures des Houris est également valable pour les hommes. Parce qu’un être humain au paradis désirera sans aucun doute jouir de l’ensemble des formes de plaisirs du paradis, et à tout instant. Et il est connu que le paradis offre une variété de plaisirs infinie. L’homme y côtoie ces variétés de plaisirs à chaque instant. C’est pourquoi il se revêt et revêt ses houris des plus beaux atours du paradis. Ils sont, lui et ses houris, ainsi qu’une image réduite du paradis.
Ainsi, de même que l’être humain rassemble dans son jardin les diverses variétés de fleurs présentes dans sa région, de même que le commerçant rassemble dans sa boutique des variétés de marchandises sur une liste ou un tableau, ou de même qu’un homme achète ses vêtements et ses meubles auprès des personnes variées qui en font le commerce, ainsi, les gens du paradis, et en particulier ceux qui auront adoré Dieu de tout leur cœur et de tous leurs sens, se verront revêtus de la miséricorde du Seigneur, comme leurs houris seront revêtues de tuniques qui reflèteront l’ensemble des beautés, des bienfaits et des saveurs du paradis. Ce qui satisfera à tous leurs désirs, comblera tous leurs sens, contentera tous leurs membres et facilitera leur appréhension des plus subtiles grâces.
La preuve que ces nombreuses tuniques ne seront pas d’une seule sorte réside en le noble hadîth qui dit en substance que les houris revêtiront soixante dix tuniques et que l’on verra jusqu’à la moelle de leurs os à travers.
Ce qui signifie que du haut de ces tuniques jusqu’en bas seront dispensées des formes de saveurs et de jouissances, de sorte que l’ensemble des sens et des sentiments se délecteront de plaisirs multiples et variés.
Quant aux gens de l’enfer, ils auront accomplis des mauvaises actions et des péchés à travers leurs yeux, leurs oreilles, leur cœur, leur raison, leurs mains et l’ensemble de leurs membres, et de leurs sens extérieurs et intérieurs. Ils seront donc fatalement revêtus d’habits d’essences variées, afin d’être châtiés par leur biais et afin de subir des supplices variés correspondant à chaque sens et chaque membre. Si bien que leurs vêtements constitueront un enfer réduit les entourant. Ce qui ne s’oppose pas à la sagesse et à la justice.
Cinquième point : Vous posez la question suivante : Les aïeux de l’Envoyé, que la prière et la paix soient sur lui, professaient-ils une religion durant la période intermédiaire entre deux religions révélées ?
Je répondrais que des récits indiquent que durant les périodes d’insouciance et d’obscurité spirituelles, ils observaient un culte basé sur l’héritage survivant de la religion d’Abraham, que la paix soit sur lui. Cet héritage demeurait l’obédience de quelques personnes particulières. Il est évident que les hommes descendant d’Abraham, que la paix soit sur lui, et qui constituaient la filiation de lumière qui aboutit à notre maître, l’Envoyé de Dieu, que la prière et la paix soient sur lui, n’avaient pas abandonné la religion vraie et n’avaient pas sombré dans l’impiété.
Le verset وَمَا كُنَّا مُعَذِّبِينَ حَتّٰى نَبْعَثَ رَسُولاً « Nous ne saurions châtier avant d’envoyer un messager. » (17/ 15), indique que les gens de la période intermédiaire bénéficieront du salut. Ces gens ne seront pas tenus responsables de leurs erreurs mineures en matière de foi. Selon l’imam ash-Shâfi‘î et l’imam al-‘Ash‘arî, ils bénéficieront du salut même s’ils tombent dans l’impiété et n’ont pas les bases essentielles de la foi, parce que la responsabilité que Dieu attribue à l’homme commence dès l’instant qu’un messager est envoyé. Cette responsabilité est donc établie pour l’individu, à partir du moment où il est informé de la révélation.
Durant ces périodes où l’insouciance et le passage du temps occultaient les religions des prophètes précédents, ces religions ne constituaient pas une preuve à charge contre les gens. S’ils agissaient conformément à la vérité, ils seront récompensés, mais s’ils n’agissaient pas conformément à cela, ils ne seront pas châtiés pour autant. Car la religion ne plaide pas contre l’individu dès lors qu’elle est cachée et inaccessible.
Sixième point : Vous posez la question suivante : Un des aïeux du Prophète, que la prière et la paix soient sur lui, a-t-il été investi de la prophétie ?
Je répondrais qu’on ne trouve pas de texte affirmant de façon catégorique qu’un des aïeux de l’élu, que la prière et la paix soient sur lui, était prophète après Ismaël, que la paix soit sur lui. Mais deux prophètes ont été envoyés en dehors de ses aïeux. Il s’agit de Khâlid Ibn Sinân et de Hanzala. Un poème célèbre de Ka‘b Ibn Lu’ay, qui était un des aïeux de l’élu, que la prière et la paix soient sur lui, dit ce qui suit :
عَلٰى غَفْلَةٍ يَأْتِى النَّبِىُّ مُحَمَّدٌ · فَيُخْبِرُ اَخْبَارًا صَدُوقًا خَبِيرُهَا
Mohammad, ce prophète, en un temps d’inconscience,
Viendra instruire selon une authentique science.
Cette parole ressemble à celle d’une prophétie miraculeuse. L’Imam Seigneurial, Farûq as-Sirhindî, a dit à ce sujet, en se fondant sur des textes de référence et sur le dévoilement : « De nombreux prophètes ont été envoyés en Inde, mais certain d’entre eux n’ont été suivis par aucune communauté ou n’ont été suivis que par quelques personnes isolées, si bien qu’ils ne se sont pas fait connaitre ou que les gens ne les ont pas qualifiés de prophètes. »
En nous fondant sur cette règle de l’Imam, il est probable que des prophètes semblables aient existés parmi les aïeux du prophète, que la prière et la paix soient sur lui.
Septième point : Vous me demandez : quels sont les récits prophétiques les plus authentiques et les plus probants concernant les parents de l’Envoyé, que la prière et la paix soient sur lui, et son grand-père, ‘Abd al-Muttalib ?
Je répondrais que le « nouveau Sa‘îd » ne possède plus aucun livre à part le Coran depuis dix ans. Et il dit : le Coran me suffit et je n’ai pas le temps de sonder des questions secondaires semblables et de chercher dans l’ensemble des ouvrages de hadîth, quels sont les textes les plus authentiques et les plus probants. Je dirais cependant :
Les parents du noble envoyé, que la prière et la paix soient sur lui, sont des gens promis au salut et au paradis, et ils sont des gens de foi.
Et il ne fait aucun doute que le Très-Haut ne blessera pas le cœur de Son bien-aimé, que la prière et la paix soient sur lui, et qu’Il n’affectera pas cette très délicate sensibilité qui remplit son cœur béni.
Si l’on objecte : S’il en est ainsi, pourquoi n’ont-ils pas été conduit à la foi et pourquoi n’ont-ils pas vécu jusqu’à la révélation ?
Je répondrais que le Très-Haut, par Sa très vaste clémence, a fait en sorte que les parents de l’Aimé, que la prière et la paix soient sur lui, ne lui soient pas redevables [de ses enseignements], pour ménager sa sensibilité. Car la Miséricorde du Très-Haut implique que son noble Bien-aimé, que la prière et la paix soient sur lui, soit satisfait et que ses parents soient heureux. Il a ainsi fait en sorte qu’ils ne soient redevables que du Seigneur, pour ne pas descendre du rang de parents au rang de fils spirituels. C’est pourquoi Dieu n’a pas inclus ses parents et son grand-père dans sa communauté en apparence, tandis qu’Il leur a accordé les caractéristiques, les vertus et la félicité de cette communauté.
Assurément, si un militaire élevé au grade de commandant voyait se présenter devant lui son père au grade de sergent, il serait partagé entre deux sentiments contradictoires. C’est pourquoi le Sultan, par miséricorde, ne donne pas autorité à son noble commandant sur son père.
Huitième point : Vous me demandez quels sont les avis les plus avisés concernant son oncle Abî Tâlib ?
Je répondrais que les shiites sont d’avis qu’il était croyant, quant au sunnites, la plupart d’entre eux ne sont pas de cet avis. Mais voila ce que je sens en mon cœur:
Abû Tâlib vouait à la personne de l’Envoyé, que la prière et la paix soient sur lui, un amour très sincère. Il aimait sa personne mais pas sa fonction d’Envoyé. Or il ne fait aucun doute que cet amour sincère et cette forte compassion à l’égard de l’Envoyé, que la prière et la paix soient sur lui, ne peut pas être vains ; ce sentiment ne peut être insignifiant aux yeux de Dieu.
Assurément, Abû Tâlib, qui vouait à l’aimé du Seigneur des mondes un amour sincère, le protégeait contre ses ennemis et le gardait sous son égide bienveillante, même s’il devait entrer en enfer pour n’avoir pas manifesté une foi satisfaisante – par honte, par conservatisme tribal, par esprit clanique ou par d’autres sentiments de cette nature, mais pas par entêtement ou par dénégation – pourrait être gratifié par Dieu d’un paradis créé spécialement pour lui au milieu de l’enfer, pour le récompenser de ses bonnes actions. Le Seigneur transformerait ainsi son enfer particulier en paradis particulier, de même qu’Il crée parfois une herbe épanouie au milieu d’un hiver glacial, et de même qu’Il transforme l’étroite prison – comme le voient certains de Ses serviteurs – en un palais sublime.
وَالْعِلْمُ عِنْدَ اللهِ لاَ يَعْلَمُ الْغَيْبَ اِلاَّ اللهُ
سُبْحَانَكَ لاَعِلْمَ لَنَاۤ اِلاَّ مَاعَلَّمْتَنَاۤ اِنَّكَ اَنْتَ الْعَلِيمُ الْحَكِيمُ
Et la science appartient à Dieu…Nul ne connait l’invisible en dehors de Lui.
« Gloire à Toi. Nous ne possédons de sciences que celles que tu nous enseignes. Tu es le Savant, le Sage. »